Médard (Philibert Francois) HUDRY – 1881-1952

Un gestionnaire heureux.
« Je suis heureux de pouvoir enfin vous annoncer que les négociations que
depuis près d’un an je poursuivais à propos des dommages de guerre de Gempe
ont enfin abouti. Les pessimistes qui ont toujours douté du résultat ont
failli
avoir raison. Deux fois la
chose a été classée et deux fois je l’ai fait revenir à flot.
Comme j’ai pour principe qu’avec de la persévérance, de la méthode et de
l’ordre, on peut arriver à tout, j’ai manœuvré quand même, cherchant un
nouveau moyen quand un autre n’avait pas réussi et ainsi j’ai pu le 13
courant, devant le tribunal des dommages siégeant à Tirlemont, faire
admettre mes conclusions et faire
reconnaître que le gouvernement me doit du fait de la guerre une somme de
6050 francs. J’ai en mains la copie du jugement en bonne et due forme
valant titre et stipulant que je serai
indemnisé en deux fois, soit
2550 la première fois et 3500 la seconde. On stipule que cet argent doit
être affecté au réemploi, mais ceci ne me préoccupe pas. Il y a bien des
moyens de se tirer d’affaire. D’ici un mois et demi je pense bien avoir
reçu la première tranche, mais pour la seconde ce sera plus dur, le
gouvernement n’étant pas riche ».

Religieux de la Province de Lyon.

Une prédisposition à la charge de l’économat.

Philibert François Hudry est né à Bogève (Haute- Savoie), le 29 septembre 1881. Accompagné d’un compatriote qui va devenir le P. Raymond Janin, il entre à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) en 1895 pour y faire ses études de grammaire jusqu’en 1898. C’est l’époque post- héroïque’ des débuts, où le P. Théodore Defrance dirige la maison. La vie y est encore dure, partagée entre le travail manuel et l’étude. On y gagne le pain à la sueur de son front, heureux mariage des équilibres qui donne à l’Assomption de bonnes recrues. C’est peut-être à cause de ce genre de vie que l’on mène à Notre-Dame des Châteaux que le futur Père Médard gardera toute sa vie un véritable culte pour l’austérité. En 1898, il va faire ses humanités à Brian (Drôme), sous la houlette paternelle du P. Henry Couillaux, avec pour condisciples le jeune Senaux (futur P. Flavien) et Jacques Megnin, futur évêque d’Angoulême. Les facilités de l’époque permettent d’éviter le service militaire en profitant d’une loi, à condition de passer 10 ans hors d’Europe à des fins culturelles. C’est ainsi qu’en 1900, le jeune Philibert, entré au noviciat le 7 octobre, sous le nom de Frère Medard, commence son noviciat à Phanaraki (Turquie d’Asie). Profès annuel le 7 octobre 1901, le Frère Médard, profès perpétuel le 7 octobre 1902, accomplit ses études de philosophie à Kadi-Keuï où le futur archevêque d’Athènes, le P. Louis Petit dirige à la fois les byzantinistes et les jeunes religieux étudiants qui se trouvent parfois être les mêmes personnes! A Kadi-Keuï, le Frère Médard est déjà chargé de l’économat. En 1907, il gagne Notre-Dame de France à Jérusalem pour les études de théologie, sous la direction du P. Athanase Vanhove et du P. Zucher, régent des études.

Ses professeurs se nomment Gabriel Jacquemier et Joseph Germer-Durand, ce dernier fervent archéologue amateur. Mais le Frère Médard, peu enclin aux études spéculatives, offre volontiers ses services à l’économat. C’est durant ce séjour à Jérusalem que le Frère Médard est opéré de l’oreille. Il en garde la vie durant une demi-surdité. Il est ordonné prêtre le 11 mars 1911

Un homme de service.

L’obéissance religieuse dirige le P. Médard vers la Belgique, à Gempe d’abord (1911-1919), puis au Luxembourg (1919) où il doit procéder à certaines liquidations assez désagréables après la première guerre mondiale. Ses postes sont variables en fonction des besoins urgents: Louvain (1920), Le Bizet (1921), Sart-les-Moines (1921-1922). Partout il lui faut réparer les dommages dus à la guerre, aménager (Scherwiller, Bas-Rhin). De 1922 à 1934, on le voit à Phanaraki, gardant une maison vidée de ses habitants, et assurer aussi le service de la chapelle et de l’aumônerie des Sœurs Oblates. En 1932, il est économe à Karagatch, en 1934 économe à Scherwiller. En 1935 on lui demande d’aller prêter main forte au P. Marchand en qualité de vicaire à la paroisse de La Ginouse, près de Toulon (Var), que Mgr Simeone, évêque de Fréjus, vient de confier à l’Assomption. En 1946, le P. Médard retrouve sa Savoie natale: il est chargé d’une des quatre paroisses que la province de Lyon vient de prendre en charge au diocèse de Tarentaise. Très éprouvé par le climat plutôt dur de la région, il accepte de prendre un poste moins pénible, l’aumônerie d’un sanatorium en Isère, entre Miribel-les-Echelles et Saint- Laurent du Pont, à Villette. Connaissant l’habileté du P. Médard à rétablir des situations financières difficiles, le Provincial de Lyon l’envoie à Marseille à l’œuvre du Foyer du Marin, une oeuvre que la seconde guerre mondiale a désorganisée. Sa santé éprouvée motive son retour au sanatorium de Villette. Il seconde volontiers le curé âgé de Saint Laurent du Pont. Le 14 novembre 1951, le P. Médard arrive à Lorgues (Var), usé. C’est là qu’il meurt le 16 octobre 1952, à l’aube de ses 72 ans. Il repose dans la chapelle mortuaire de la propriété au fronton de laquelle sont inscrites les paroles: Venez, les bénis de mon Père.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. avril 1953, p. 35. Lettre à la Famille 1952, n° 146, p. 93-94. Lettre du P. Médard Hudry au P. Joseph Maubon, Sart-les-Moines, 25 novembre 1921. Dans les ACR, du P. Médard Hudry, correspondances (1907-1936), rapport sur le noviciat des Frères Convers (1914).