Melaine (Yves-Marie) LE MENTHEOUR – 1889-1982

Kerbernès, 1962.
« Je m’excuse de mon retard à vous répondre. J’ai eu quelques ennuis de
santé, sans gravité. Mais bientôt 73 ans, ça compte et c’est le plus grave!
Vous savez d’avance notre avis, au sujet du projet du 3ème triennat pour le
P. Ephrem [Guénégan]. Tous trois, Frère Marcel [Balcon], Frère Vincent
[Mazé] et moi- même souhaitons vivement
que le P. Ephrem continue à diriger la maison de Kerbernès dont il assure
depuis 6 ans la prospérité et le rayonnement.
Il a l’estime des autorités religieuses et civiles. Nous en aurons une
nouvelle preuve le
15 courant, à l’occasion de l’inauguration officielle de la nouvelle serre
et de la bénédiction du transformateur récemment installé. De nombreuses
personnalités, Vicaire général, Préfet, Députés, Conseil1ers, et j’en
passe, seront là pour témoigner leur sympathie à notre oeuvre, mais aussi à
celui qui la dirige avec dévouement et compétence. Les travaux en cours,
comme ceux envisagés, postulent le maintien du P. Ephrem à la tête de
l’?uvre de Kerbernès.
Je vous remercie de l’heureuse promesse que vous nous faites de nous
envoyer prochainement de l’aide. Il est temps de rajeunir 1es cadres…
».

Religieux de la Province de France.

Le cours d’une vie.

Né à Landeleau, le 23 juillet 1889, au c?ur montueux du Finistère, Yves-Marie entre aux vocations tardives de Sart-les-Moines en Belgique en 1907. Le 14 août 1910, il prend l’habit assomptionniste et le nom d’un moine qui fut, dans le premier tiers du VIème siècle, évêque de Rennes et conseiller de Clovis. Profès perpétuel à Limpertsberg le 15 août 1912, il poursuit ses études de philosophie et de théologie à Louvain où il est ordonné prêtre le 12 mai 1918. D’abord professeur de sixième à Saint-Maur (Maine-et-Loire), il devient en 1924 curé de Saint-Coutant, dans le pays que la Répartition d’alors appelle la ‘Chine du Poitou’. L’année suivante, il est vicaire à Melle (Deux-Sèvres) et, en 1927, curé de Tasdon, quartier ouvrier de La Rochelle (Charente-Maritime). En 1933, il est nommé supérieur de la maison des vocations tardives de Blou (Maine-et-Loire), près de Saumur, auxquelles s’ajoutent en 1939 les élèves de troisième issus de Saint-Maur et de Cahuzac (Gers) et, après la débâcle, tous les alumnistes de second cycle qui ne peuvent rejoindre Cavalerie en Dordogne où est organisé ‘un noviciat de guerre’. En 1941, il redevient curé de Tasdon. De 1949 à 1952, il est économe de la maison d’études de Layrac (Lot-et-Garonne). Curé du Thoureil près de Saint- Maur, il passe une année au bord de la Loire. Et c’est sur la rive droite de l’Odet, à Kerbernès (Finistère), qu’il s’assume la direction de cette oeuvre sociale qu’est l’orphelinat agricole dont il est supérieur de 1953 à 1956, puis professeur jusqu’en 1965. Après un an de repos à Blou où son frère, le P. Guénolé est supérieur avant de partir à Chanac (Lozère), il est sollicité pour deux années de pastorale en monde rural dans le secteur de Villefranche-duPérigord (Dordogne).

De 1970 à 1976, il peut bénéficier de huit années de relative activité à Pont-l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime). En juin 1976, il rejoint la maison de repos de Layrac où le retrouve son frère, le P. Jean-Gualbert en septembre 1979. Le P. Melaine meurt à Layrac aux premières heures du 4 décembre 1982, âgé de 94 ans, doyen des religieux. Le P. Alfred Farne prononce l’homélie aux obsèques du P. Melaine, dont nous extrayons les quelques lignes suivantes:

Les dons reçus et multipliés du P. Melaine.

« La première des bénédictions qu’il a reçues, ce fut assurément la famille chrétienne dans laquelle il est né… La seconde, c’est sans doute l’heureux caractère dont il a été gratifié. Tous savent en effet combien la joie lui était naturelle. Il ne compliquait pas les choses, il ne compliquait pas la vie, il prenait les choses comme elles venaient, autant que possible avec le sourire. A ceux qui étaient anxieux, angoissés, il savait dire le mot qui pacifie. Il savait, devant eux, interpréter leur situation de manière à la rendre acceptable. Avec la paix, il apportait la joie. Il était aimablement facétieux. Il aimait taquiner et se faire taquiner. Tous connaissent son rire bon enfant et communicatif.. Optimiste, il était naturellement entreprenant. A Tasdon, il ouvrit un cinéma, le Ciné-bleu, qui remporta de vrais succès. On y tourna un jour Le pays du sourire: ce titre-symbole suffit à dire l’effort que le P. Melaine savait mettre en oeuvre pour créer de la joie autour de lui. Dans la même paroisse de Tasdon, il fit oeuvre de pionnier en fondant une équipe de J.O.C.F., la première de tout le diocèse qui fut à l’origine d’une heureuse influence et d’une véritable animation pour la vie spirituelle. Il est un autre trait que je veux relever dans la vie du P. Melaine, c’est la vivacité de sa foi et de son espérance. Il a su transfigurer sa joie dans J’espérance qui la fait déboucher dans l’infini. Même dans les jours de disgrâce de la vieillesse, elle ne s’est pas démentie. Homme de prière jusqu’à la fin, le P. Melaine faisait de la chapelle son pôle d’attraction. Au cours d’une nuit, j’ai été réveillé par le pas du P. Melaine marchant dans le corridor. Ce pas, je le connaissais bien parce qu’il arrivait au P. Melaine de ne pas retrouver sa chambre. Il pouvait être entre 23 heures et 24 heures. Je me suis levé pour le reconduire chez lui, mais il avait disparu. Alors naturellement je me suis rendu à la chapelle et qui ai-je trouvé? Le P. Melaine et le P. Brunet qui prenaient place dans les stalles, apparemment pour célébrer l’office des Matines, comme de bons moines de stricte observance! Et il est réconfortant de penser qu’à présent ils viennent de se retrouver tous les deux dans un sanctuaire plus parfait, pour chanter ensemble les louanges du Seigneur…».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (II) 1981-1983, p. 70-72. A Travers la Province (Paris), 1983, n° 26, p. 7-10. Voulez-Vous? (Layrac), 1983, n° 123, p. 19-21. Lettre du P. Melaine Le Menthéour au P. Yves [Tanguy] Jointer, Kerbernès, 1962. Du P. Melaine Le Menthéour, dans les ACR, rapports sur Kerbernàs (1953-1956), correspondances (1919-1962).