Mgr Henri-Joseph-Marius PIERARD – 1893-1975

Butembo, 1966.
« Si je m’attendais à recevoir une lettre du monastère des Clarisses
d’Ensival! Elle me fut un rayon de soleil en ces heures décisives pour
notre diocèse. Ecoutez-vous la radio? Alors vous aurez entendu parler de
catastrophe
à Béni, suite aux tremblements de terre qui ne cessent depuis la nuit du 19
au 20 mars.
L’une de nos missions au Nord-Est, qui n’est plus occupée par nous depuis
la
rébellion de 1964, a beaucoup souffert: 23 morts parmi nos gens. Ce soir la
radio donne de bonnes nouvelles, elle
annonce la nomination du nouvel évêque élu de Béni, Mgr Emmanuel Kataliko
qui
va me succéder. Ma démission remonte à Pâques 1965 et Rome met sagement ma
patience à l’épreuve. A 73 ans on n’a plus la main assez
ferme pour tenir le gouvernail d’une jeune Eglise pleine de vie et de
sainte impatience. Mon successeur, l’un des fils du pays, n’a que 34 ans,
je l’ai ordonné prêtre à Saint-Pierre
de Rome en décembre 1958. Il a pris dans la ville de Rome, avec l’amour de
l’Eglise et du pape, son doctorat en
théologie et sa licence en sciences sociales. Il était de retour au Congo
en août 1963. C’est un saint prêtre, sympathique à tous. Mettez- vous à
prier pour lui, car ce sera dur ».

Notices Biographiques A.A

Religieux belge, évêque de Béni au Congo (1938- 1966). Préliminaires. Henri-Joseph-Marius Plérard est né à Felenne, dans les Ardennes belges, le 26 juin 1893. Son père étant employé des douanes, la famille connaît plusieurs résidences successives. A 13 ans, il commence ses humanités à l’Assomption, à Bure (1906-1909), puis à Taintegnies (1909-1911). Le 14 août 1911, il prend l’habit au noviciat de Limpertsberg (Grand- Duché de Luxembourg). Profès annuel le 15 août 1912, il est professeur temporaire à Bure (1913) et au Bizet (1913-1914). En 1914, le Frère Henri est mobilisé comme brancardier et passe toutes les années de la grande guerre sur le front de l’Yser. Le 15 août 1921, il prononce ses vœux perpétuels à Louvain où il étudie la théologie (1921-1925) après avoir fait deux ans de philosophie à Taintegnies (1919-1921). Il est ordonné prêtre à 32 ans, le 26 juillet 1925. Jeune prêtre, il enseigne la poésie à Sart-les-Moines (1925-1929), rêvant déjà ardemment de mission lointaine. Il attend le 12 septembre 1929 avant de débarquer à Béni au Congo belge où les Pères du Sacré-Cœur cèdent un territoire de leur immense diocèse de Stanleyville. En mission au Congo. Episcopat. Avec quelques confrères, le P. Henri fait partie de la première équipe des religieux assomptionnistes missionnaires au Congo. Il trouve la mission de Béni, fondée récemment, ayant déménagé pour la seconde fois en raison de la maladie du sommeil qui sévit dans la plaine de la Semliki. Il succède au Père Doche, un broussard héroïque. En 1934, il est nommé supérieur de la mission ‘sui juris’ et le 14 juin 1938, il devient le premier vicaire apostolique de cette juridiction. Le 21 novembre 1938, il est sacré à Mulo évêque de Béni. A.A Il a la joie presque 30 ans plus tard de sacrer son successeur, Mgr Kateko qui transfère le siège épiscopal à Butembo, ville devenue plus importante et plus centrale. A l’arrivée des religieux Assomptionnistes, tout est encore embryonnaire. La vie est rude, tout est à créer, postes de mission, bâtiments du culte, hôpitaux et dispensaires, séminaires et structures scolaires, première évangélisation. Il accorde beaucoup d’attention à une desserte rapprochée des populations, multipliant les postes de brousse. Le diocèse doit en particulier à Mgr Piérard la fondation du séminaire de Musienene en 1942, la création de deux congrégations-. les Sœurs de la Présentation et celle des Frères de l’Assomption en 1954. Léopold Il reconnaissait lui-même que pour développer le Congo, il avait d’abord fait appel aux sociétés pour qu’elles apportent les capitaux, puis, dans un deuxième temps, aux missionnaires parce qu’ils ne coûtaient rien à la couronne! Le diocèse doit sa création à la foi et à la sueur de ces premiers religieux, souvent sans autres ressources que celles de leur foi et de leur générosité apostolique. Inspecteur des écoles, procureur jusqu’en 1950, Mgr Henri sait promouvoir l’église locale avant toute autre considération, de là son souci d’établir des congrégations diocésaines en s’aidant pour la formation des premières recrues des Assomptionnistes et des Oblates. Ce n’est qu’en 1965 qu’il accorde un contrat à la Congrégation dont il fait partie. L’homme est facilement primesautier, de relations directes et aisées, écoutant ses conseillers et faisant confiance à ses collaborateurs. Simple, il aime le contact avec les artisans de l’évangélisation sur le terrain: missionnaires, catéchistes, chefs chrétiens des communautés locales. D’une profonde dévotion mariale comme le souligne sa devise épiscopale ‘Trahe nos, Virgo Assumpta’, il souhaite la fondation d’une basilique mariale au Ruwenzori pour établir un centre de pèlerinage. A défaut, il encourage le développement de la Légion de Marie. Les nouveaux postes sont placés sous le vocable de Marie: Marie Médiatrice à Muhangi, Notre-Dame des Anges à Bunyuka, Notre-Dame de Lourdes à Mbingi et Kyondo, Marie-Immaculée à Kitatumba. Il insiste pour obtenir le concours de congrégations religieuses européennes.Oblates en 1935, Filles de Marie Notre- Dame de Jeanne de l’Estonnac Pendant les événements de 1964, il reste à son poste, est fait prisonnier par les Mulélistes avec un groupe de 5 prêtres. Seul un heureux hasard leur épargne de justesse le sort de quatre Frères de Foucauld massacrés. Son tempérament très énergique et optimiste s’accorde avec la beauté des lieux, des paysages, de la flore. Aimant la nature, il collectionne les fleurs et les plantes rares. En 1965, Mgr Piérard présente sa démission. Il suggère à son successeur, nommé en 1966, Mgr Kataliko, de prendre pour emblème de son blason ‘Marie, Mère de l’Eglise’. Lui-même se retire à Musienene (1966-1973). Devenu octogénaire, il se résigne à rentrer en Belgique, mais, avant son départ, il a la joie d’accueillir sur le territoire de son ex-diocèse les Orantes de l’Assomption pour épauler par la prière les missionnaires dans leur travail apostolique. il séjourne quelque temps à Saint-Vaast (Centre Emmaüs), puis à Korbeek-Lo près de Leuven. Ses dernières années sont éprouvantes, car il est tenaillé par des scrupules. Mgr Henri Plérard meurt le 5 mars 1975 à l’hôpital du Sacré-Cœur à Louvain. Il est inhumé le samedi 8 mars suivant au cimetière de l’abbaye de Park (Heverlee) à Louvain.

Bibliographies

Bibliographie et documentation., Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980 p. 9-10. L’Assomption et ses (Euvres, 1975, n° 582, p. 28-29. Belgique-Sud As 5omption, mai 1975, n° 72.- ‘En souvenir de Mgr Henri Piérard’. Lettre de Mgr Piérard à une religieuse, Butembo, 28 juin 1966. Marc Champion, Religieux défunts 1929-1994, Province du Zaïre, Butembo, 1994, p. 20-21 et supplément Testament, pages annexes 1-14. De Henri Piérard, dans les ACR, correspondances (1908- 1968), rapports sur la mission au Congo (1929-1930, 1950-1955) . Le diocèse de Butembo détient les circulaires et les actes du ministère épiscopal de Mgr Henri Piérard. Par ailleurs, Mgr Henri Piérard a fondé la Congrégation congolaise des Sceurs de la Présentation de Notre-Dame et a présidé au lancement de celle des Frères de l’Assomption, également congrégation autochtone. Sur les débuts de l’Assomption au Congo, cf L’Assomption et ses OEuvres, 1934, n° 398, p. 551-553: 1935, n° 406, p. 67-69; n° 412, p. 164-167; n° 413, p. 178-182; 1936, n° 414, p. 211-213; n° 415, P. 221-223; n° 418, P. 263-266 … Notices Biographiques