Michel-des Saints (Michel-Henri) CAULIEZ – 1879-1969

Maranville, 1950.
« Je vous remercie de votre bonne lettre et de votre souvenir. Il me reste
à vous renouveler tous mes souhaits de fécond et saint ministère et
apostolat, quand le temps en viendra. Pour l’exposition que vous préparez,
vous savez que nous ne sommes pas chez
nous à Maranville. La maison et les œuvres existaient avant que nous y
arrivions. La petite notice ci-jointe vous donnera quelques détails sur
l’Archiconfrérie dont nous assumons la direction. La
‘Gerbe’ est réduite depuis la guerre à une circulaire trimestrielle. La
Maison de retraite de vieux prêtres du diocèse n’a pas d’intérêt. La Maison
des Retraites de divers groupements d’A.C. ne réclament de nom que
l’entretien des bâtiments et la nourriture des retraitants. Le vieux
château, la ferme et l’exploitation agricole ne donnent que des tracas au
P. Econome. Six paroisses nous sont confiées: Maranville, Rennepont,
Vaudrémont, Braux-le-Châtel, Montheries
et Lavilleneuve-au-Roi: un peu plus d’un millier d’âmes, mais bien peu de
pratiquants. Je vous joins quelques vues. Avec mes sentiments fraternels ».
P. M. Cauliez, 27.03.1950.

Religieux de la Province de Lyon.

Première destination, l’Orient.

Né le 22 novembre 1879 à Robecq (Pas-de- Calais), le jeune Michel quitte Robecq après ses études primaires pour gagner les alumnats voisins d’Arras (1893-1896) et de Clairmarais (1896-1898). Il est au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis) depuis le 28 août 1898, sous le nom de Frère Michel-des-Saints, quand toutes les maisons de la Congrégation en France connaissent l’épreuve des perquisitions, signes avant-coureurs du procès de 1900 et de la dissolution. A part Miribel-les-Echelles, toutes doivent fermer leurs portes et sont soumises à l’expropriation forcée: les religieux sont tenus de se séculariser ou de quitter le soi français. Le Frère Michel n’hésite pas, il rejoint le noviciat de Phanaraki en Turquie où il prononce ses premiers vœux le 10 septembre 1899 et gagne Notre-Dame de France à Jérusalem pour ses études de philosophie (1900-1902) et Kadi-Keuï pour celles de théologie (1904-1907). Entre temps, il lui a été demandé le service du professorat à Koum-Kapou, sur la rive européenne d’Istanbul (1902-1904). Il prononce ses vœux perpétuels le 8 septembre 1900 à Phanaraki et est ordonné prêtre par Mgr Tacci à Istanbul le 25 mai 1907. Comme il ne lui est pas possible de revenir en France, le P. Michel reste en Orient, affecté à un service d’enseignement à Phanaraki (1907- 1914). Survient la déclaration de guerre d’août 1914 qui le mobilise presque cinq ans (août 1914-mars 1919), d’abord dans un corps d’armée à Béthune, puis comme interprète à la Navale (Toulon) à cause de sa connaissance des langues de l’Orient, notamment du grec. En 1919, il retourne en Orient mais cette fois pour le service pastoral de la paroisse de Kadi-Keuï où il est vicaire, puis curé (1919-1922) et de Gallipoli (1922-1924).

C’est à regret qu’il quitte les horizons de la mer de Marama et de la mer Egée lorsqu’en 1924, il est désigné comme supérieur de l’alumnat de Scherwiller en Alsace (Bas-Rhin). La tache ne lui est pas facile, les élèves ne connaissent guère le français et lui ignore tout de la langue de Goethe. Il laisse à son économe le P. Nicolas Rauscher, alsacien, le soin des relations extérieures, se réservant pour lui-même une grand part de la formation des jeunes qu’il prend très au sérieux et pour laquelle il apporte un degré de surveillance et des méthodes plutôt sévères. De la m^me manière, il accomplit ce service à Saint-Sigismond de 1930 à 1939, toujours soucieux d’une vie liturgique étoffée et d’un amour du travail poussé à la perfection. Durant le seconde guerre mondiale, de 1940 à 1945, il est nommé supérieur de la communauté et de la paroisse de Carnolès-Menton (Alpres-Maritime). Sans être curé, il est desservant de la chapelle Saint-Joseph confié aux religieux. C’est ainsi qu’il renoue avec le ministère pastoral, laissé en Orient, mais retrouvé avec joie sur les bords occidentaux de la Méditerranée. De 1946 à 1952, un travail semblable lui est confié dans le secteur de Maranville (Haute-Marne) jusqu’au jour ou, eu égard à son age, les supérieurs lui proposent, dans le voisinage, l’aumônerie d’un orphelinat, à Saint-Loup. Pendant neuf ans, il se met au service des religieuses et des enfants pour leur formation spirituelle à laquelle il attache un grand soin et dit lui-même éprouver un véritable plaisir. Mais en 1963, à la suite d’une attaque, il est frappé d’hémiplégie et doit avec beaucoup de regret quitter la région pour gagner la maison de repos de Lorgues.

A l’heure où tombe la lumière.

Lorgues est sa dernière étape de vie (1963-1969). Il se montre pleinement lui-même malgré son handicap. Homme énergique, il ne capitule pas. Il s’efforce d’être le moins à charge, dérangeant le moins possible le service d’infirmerie. Il se tient à son bureau, lisant beaucoup et priant. D’une conversation agréable, riche d’une longue vie sacerdotale et apostolique, il aime échanger sur les événements de la vie politique et de la vie de l’Église. A 90 ans, il garde sa chevelure noire et une allure encore vaillante. Le 6 octobre 1969, après trois jours de maladie au lit, il meurt. Ses obsèques sont célébrées sur place et il est inhumé dans le caveau des religieux, au fond de la propriété.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. novembre 1970, p. 139-140. Note biographique du P. Rogatien Pellicier (1969), 2 pages. Lyon-Assomption, novembre 1969, n° 20, p. 16-17. Le P. Michel-des-Saints Cauliez a laissé dans les ACR une très importante correspondance, de 1903 à 1957, des rapports sur Saint-Sigismond (1930-1939) et Maranville (1950-1951) oÙ il a été supérieur. Il est l’auteur d’un opuscule ‘Le carquois de Saint Augustin ou pieux élans du cœur vers Dieu’, Paris, Bonne Presse, 1912, 141 pages.