Michel-le-Nobletz (Alain) KERANDEL – 1890-1974

Séjour en Bretagne.

« Le P. Tanguy Jointer, Provincial de Bordeaux, voudra bien, j’en suis sur,
appuyer et motiver ma demande. Il s’agit d’une prolongation de 15 jours de
vacances en Bretagne que je n’ai pas revue depuis 4 ans. Je suis à Lorgues,
au repos, vous le savez. Je ne saurai trop vous remercier. Pour un Breton
de vieille souche, revoir la Bretagne, ça compte dans une vie. Le voyage
est long depuis Lorgues jusqu’à la région de Brest. j’ai encore ma soeur
religieuse à Sainte-Anne d’Auray, qui est âgée de 85 ans. Elle sera
heureuse de me revoir sans doute pour la dernière fois, ainsi que mon frère
âgé de 71 ans et père de deux religieuses. Dans ce pays de foi, 1es neveux,
1es nièces,
1es petits-neveux et petites- nieces sont nombreux, vous le supposez bien.
Je les reverrai aussi. Si votre réponse est favorable, je pense avec
l’autorisation de mon
Supérieur [P. Girard Pellegrin] me diriger vers la Bretagne, dans le
courant de juillet ».

Père Michel-le-Nobletz
Kérandel, Lorgues, 21 mai
1963.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Une recrue du P. Marie Auguste-Leclerc.

La vie terrestre d’Alain Kérandel commence le 10 août 1890, à Lannilis (Finistère), petit canton découpé sur le crâne armoricain par l’Aber Wrach et l’Aber Benoit. La famille d’Alain fait souche à Plouguerneau là où ira habiter, à Saint Quénan, son frère Jean-Marie, père de huit enfants dont deux deviendront religieux assomptionnistes, Emmanuel et Gwénael. Jean-Marie sera fusillé par les Allemands en 1940. C’est le P. Marie-Auguste Leclerc, recruteur patenté dans toute la Bretagne, qui facilite l’entrée d’Alain au Bizet en 1905, alors que vient d’arriver à Plouguerneau, comme vicaire, l’abbé Christophe Nicolas qui prendra en 1908 au noviciat de Louvain-Gempe le nom de Père Matthias. En 1908, Alain rejoint Taintegnies (1908- 1910), alors alumnat d’humanités. Le 14 août 1910, il prend l’habit sous le nom de Frère Michel-le- Nobletz, nom d’un missionnaire breton qui mourut au Conquet en 1652, évangélisateur de la région côtière. D’août 1910 à mai 1912, Frère Michel suit la vie du noviciat, transféré de Gempe à Limpertsberg (Luxembourg). Il rentre alors dans sa famille et fait un essai de vie au séminaire de Quimper en deux séjours (1913-1914 et 1919- 1920). Entre temps, il est mobilisé pendant cinq ans, caporal-infirmier, période éprouvante durant laquelle il reçoit la Croix de guerre et 4 citations. L’ancien novice frappe à nouveau à la porte du noviciat à Saint-Gérard (1921). Il y prononce ses premiers v?ux le 25 septembre 1922. Il gagne alors Louvain pour les études de théologie. Il est reçu profès perpétuel le 19 octobre 1924 et ordonné prêtre le 26 juillet 1925.

Les raisins verts de la Chine du Poitou.

Le P. Michel est envoyé aussitôt à la communauté de Melle (Deux-Sèvres) en train de se constituer en 1925,

après de brefs essais d’implantation dans les environs à Saint-Coutant et Exoudun. L’alumnat Saint-Joseph de Melle ouvre ses portes en 1926. Le P. Michel a la responsabilité pastorale de Saint-Vincent et de Maisonnais de 1926 à 1929. Il donne quelques cours de géographie aux alumnistes. De 1929 à 1932, il évangélise le secteur le plus ingrat du Mellois, Chey, Chenay, Sepvret reliés par la route Melle-Lusignan. Les routes de campagne sont difficilement praticables, les familles assez éloignées de toute pratique religieuse, la confession protestante répandue sous sa forme la plus radicale, réformée. Le P. Michel visite toutes les fermes, dans des granges il monte des groupes théâtraux, fait jouer les textes de Pierre l’Ermite et sillonne le Mellois avec son véhicule ‘citron’, légendaire, chargée du bric à brac nécessaire pour improviser une scène itinérante.

Un champ fertile, le recrutement d’alumnistes.

Chaque année, le P. Michel revient au pays natal et prend la relève du recrutement, tenu auparavant par le P. Marie-Auguste Leclerc. Il écrit le 1er juillet 1931: « Dans l’Ille-et-Vilaine, j’ai trouvé dix enfants qui feront honneur à Saint-Maur. Ma Citroën marche bien, quel merveilleux instrument de travail! ». Il faut dire que son véhicule, souvent au garage, a besoin de fréquents ‘exorcismes mécaniques’ et de nombreux fils de fer pour ne pas perdre de pièces en cours de chemin! En 1932, le P. Michel descend vers la vallée du Lot pour prendre en charge les paroisses de Condat-Fumel (Lot-et-Garonne). Il abat les cloisons du presbytère et organise une véritable salle paroissiale. Il contraint la municipalité à faire poser un escalier en ciment à la place d’un escalier en bois vermoulu, enlevé précédemment mais non remplacé. Il continue à susciter des vocations théâtrales, moyen pour lui d’être en contact avec des jeunes et les emmène à Lourdes pour les ‘convertir’. Le Père est toujours en mouvement: pendant la guerre, à vélo, le P. Michel prend en charge les clochers voisins, Soturac, Cavagnac, Aglan… De 1946 à 1959, il se cantonne dans la plaine du Lot, au bénéfice de la cité en expansion de Montayral. Pour son jubilé sacerdotal, en 1950, il bénéficie d’un pèlerinage gratuit à Rome (novembre-décembre). Le 29 décembre 1959, le P. Michel est accueilli, cardiaque, à Lorgues (Var). Selon ses possibilités, il assure encore bien des services à Salernes dont le curé, l’abbé Satou, est un léonard comme lui. Il se considère toujours comme ‘la roue de secours’ de service. Il meurt à Lorgues, le 31 juillet 1974, presque à 84 ans accomplis. Il reste une figure de missionnaire conquérant, aux légendaires actes de bravoure militaire, de belle allure pleine d’entrain, dédaigneuse des obstacles, aux longues enjambées et à la tête fièrement dressée. On avait fini par le croire invulnérable, cet apôtre du Mellois, bien dans la lignée de son patron, Michel-le-Nobletz du XVIIème siècle.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1975, p. 263. ART Informations, 1975, n° 51, p. 4. A Travers la Province (Bordeaux), décembre 1974, n° 227, p. 7-9. Lettre du P. Michel-le-Nobletz Kérandel au P. Wilfrild Dufault, Lorgues, 21 mai 1963. Du P. Michel-le-Nobletz Kérandel, dans les ACR, correspondances (1920-1967), rapports sur Saint-Maur (1966-1967).