Miguel (Hendrik) KLEVERLAAN – 1882-1924

Précisions posthumes.
La Lettre à la Famille du 1er janvier 1948, n° 40, lance un appel à ses
lecteurs pour obtenir un certain nombre de renseignements biographiques qui
font défaut sur l’Ordo, du fait que ni Les Souvenirs, ni l’Assomption ni La
lettre à la famille ni les différents Registres ne permettent de compléter
certaines lacunes. Ainsi, page 4 de la revue citée au début, est-il fait
mention du Frère Miguel Kleverlaan, convers, mort à Santos Lugares le 2
juin 1924. Sa notice ne signale pas sa date de naissance. Le Frère est
Hollandais, est passé par Boxtel qui pourrait fournir le renseignement. Un
lecteur a entendu l’appel puisque le n°
44 du 1er mars 1948 peut fournir l’indication recherchée: Le Frère Miguel
Kleverlaan est né le 25 juin 1882. Et le rédacteur de se réjouir [avec
nous]: Ainsi donc, toutes les dates de naissance qui manquaient dans l’Ordo
sont
désormais repérées. Le présent travail en a bénéficié.
Modestie à part, chemin faisant, le présent rédacteur atteste qu’il n’est
toujours pas inutile, à la veille des 150ans de vie de la Congrégation, de
reprendre nominativement chaque notice pour parfaire ce lent travail de la
mémoire et
de la précision historiques.

Religieux hollandais de la Province de Bordeaux.

Un parcours inédit.

Hendrik Kleverlaan est né le 25 juin 1882 à Almaar aux Pays-Bas, diocèse de Haarlem. on sait simplement de lui qu’il prend l’habit religieux le 14 octobre 1913 à Louvain et qu’il prononce ses premiers v?ux à Buenos-Aires en 1918 et ses v?ux perpétuels également en Argentine, à Santos Lugares, le 19 janvier 1922, à 40 ans, sous le nom de Frère Miguel. On ne lui connaît que trois résidences: Boxtel (?), Louvain (1913) et Santos Lugares (1913-1924) où il meurt à l’hôpital, à 42 ans, le 2 juin 1924. Nous saluons la mémoire de ce religieux coadjuteur qui, né aux Pays-Bas, illustre, l’un des premiers quant à ses origines, la vocation missionnaire de l’Institut. Grâce à une correspondance du P. Séraphin Protin (1878-1946) au P. Félicien Vandenkoornhuyse (1864-1943), datée de Buenos-Aires le 5 juin 1924, nous pouvons apporter quelques lumières sur le parcours inédit de ce religieux passé du vieux continent au nouveau monde:

« Le Frère Miguel était depuis 10 ans en Argentine où il est arrivé avec moi en novembre 1913. La plus grande partie de son temps, il la passa à Santos Lugares et il n’y a qu’une voix pour dire son dévouement inlassable et très humble. A la tâche il s’est beaucoup fatigué, sans jamais se plaindre. On le voyait maigrir, mais aux questions qu’on lui posait, il répondait invariablement qu’il se sentait bien et il continuait son travail. Après Pâques, il se sentit grippé et se soigna un peu rondement avec les moyens de fortune dont on dispose dans une oeuvre qui demande le travail de la Grotte, de la paroisse, avec un personnel réduit. Après une amélioration, survint une rechute, puis le Frère traîna jusqu’au jour où l’on jugea nécessaire de l’amener en ville. Puis après 48 heures passées à Lavalle,

on le conduisit à un hôpital où se trouvent des S?urs de Charité. Là il parut se reprendre un peu et la Soeur qui le soignait nous dit même qu?elle le croyait sauvé. Mais soudain la fièvre reprit de plus belle pour monter jusqu’à 40′. Cependant les médecins n’arrivaient pas à diagnostiquer la maladie exacte jusqu’au jour où se déclara l’intoxication par suite de l’endurcissement du foie, sans que les injections pussent rien contre le mal. Au milieu de tout cela, le Frère conservait un calme, une douceur, un esprit surnaturel admirables. Je crois qu’il a beaucoup prié, médité durant tous ces jours d’incertitude et que son sacrifice était bien fait quand Notre- Seigneur vint le chercher. Un soir que j’allais le voir, je lui dis: ‘Frère, je suis venu il y a un moment, mais je ne vous ai pas parlé parce que vous dormiez. Il me répondit: le ne dormais pas, mais je ferme les yeux pour mieux réfléchir’. Vous savez qu’il était silencieux d’habitude. Ce n’était pas misanthropie de sa part, mais réflexion. Et que de fois ses répliques fines, piquantes, mordantes, révélèrent un don singulier d’observation! Il avait communié, mais entre 13 heures et 14 heures 30, le mal se précipita tellement qu’à peine le P. Georges Neusch put-il arriver à temps à l’hôpital pour lui donner l’Extrême-Onction. Il s’éteignit comme une lampe épuisée. Sa vie s’était réellement consumée au service de Notre-Seigneur et de la Très Sainte Vierge. L’enterrement à Santos Lugares fut très touchant. Tout le pueblo était là, ému et priant. Beaucoup ne connaissaient le Frère que sous la formule ordinaire de Hermanito. Lui ne parlait avec personne du dehors, mais on le voyait toujours avec édification courir, voler à son travail: ce sont les expressions mêmes des fidèles. Les Petites-S?urs de l’Assomption, les S?urs de l’Enfant-Jésus nous accompagnaient au service funèbre que nous fîmes solennel. Puis, avant d’emporter le corps au cimetière, nous le portâmes devant la Grotte de Lourdes afin que la Sainte Vierge lui donnât un dernier regard maternel. Ce fut un moment de profonde émotion qui nous fit du bien à tous. Les fidèles pleuraient en entendant les quelques paroles qui commentaient cet acte si simple et si pénétrant. Le Frère Miguel repose maintenant au cimetière de San Martin ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1924, n° 95, p. 149; n° 98, p. 173; n° 100, p. 189-190. Lettre à la Famille 1948, n° 40, p. 4 et n° 44, 20.