Modeste (Maurice) AUGADE – 1910-1982

La vie à la caserne.

J’ai tardé à donner de mes nouvelles. Je suis au régiment depuis une
quinzaine de jours, je me suis mis en relation avec l’aumônier… Nous
avons à étudier les chevaux, les canons et le commandement d’une
batterie. Nous faisons une heure de marche, une heure de cheval et deux
heures d’instruction militaire par jour. Nous avons ensuite à faire la
propreté des chevaux et des écuries…

Il y a ici trois séminaristes, un planton du colonel, un brigadier de
chambrée, un infirmier et deux religieux, un Marianiste, un Assomptioniste,
votre serviteur. J’en profite pour vous demander de bien vouloir me rendre
le service que vous rendez ordinairement à nos reliigieux soldats…

Toutes les revues de la Bonne Presse, sans exception, trouvent dans la
chambrée un public sympathique et avide de nouvelles… Ici nous avons
beaucoup d’exercices à faire et de bonnes tartines de règlement militaire à
apprendre. Cela ne m’empêche pas de m’ennuyer beaucoup. J’ai fait
connaissance avec l’adjudant-chef du poste et des prisons qui est mon
compatriote. Il me sera plus facile d’obtenir des permissions
… ».

Religieux de la Province de France.

La chaine des relations humaines dans l’éveil d’une vocation.

Maurice est né le 2 septembre 1910 à Ressouches de Chanac en Lozère. Il connaît l’Assomption par le P. Didier Nègre qui deviendra le fondateur de l’alumnat du Christ-Roi de Chanac, les familles de l’un et de l’autre étant étroitement liées. Il entre d’abord dans l’école séraphique de St Laurent de Brindes à Val-Brian (Drôme) jusqu’à la classe de troisième inclusivement, puis il fait une année du secondaire 2ème cycle à Saint-Denis (Seine-Saint- Denis) où sous la direction du P. Didier Nègre l’Assomption anime une maison de vocations d’aînés. Le P. Savinien Dewaele l’accueille comme postulant à Scy-Chazelles (Moselle) le 9 avril 1928 et l’accepte comme novice coadjuteur le 14 octobre suivant. Il prononce ses premiers vœux le 15 octobre 1929 au noviciat des Essarts (Seine- Maritime), alors dirigé par le P. Léonide Goyo et où il demeure jusqu’à son service militaire accompli à Castres (1931-1932) qu’évoquent les seules correspondances qui aient été gardées de lui.. Maurice qui reçoit le prénom de Modeste en religion est alors prêt pour une longue vie de service.

Dans l’humilité et la profondeur d’une vie donnée. Modeste accomplit les humbles tâches familiales et quotidiennes à l’ intérieur des communautés de Davézieux en Ardèche (1932-1937) et de Vérargues dans l’Hérault (1937-1963). Partout il se révèle comme un religieux fidèle, courageux pour son travail de commissionnaire et de jardinier et soucieux de relations humaines chaleureuses. Seule irrégularité dans un parcours très unifié, la mobilisation temporaire en 1939 où il doit regagner la caserne. Le P. Xavier Korbendau qui l’a bien connu à cette époque rapporte à son sujet une anecdote savoureuse qu’il tient d’un confrère, le P. Elisée Rathoin alors curé de Vérargues:

Notices Biographiques A.A Page : 105/105 rentrant à la communauté après avoir porté la communion à un malade, il partage sa satisfaction de voir fructueuse une prédication de mission donnée aux paysans de la région. L’un d’entr’eux, croisé en chemin, n’a-t-il pas arrêté sa mule pour s’agenouiller au passage du Saint-Sacrement? Ce ‘brave paysan’ n’est autre que le frère Modeste! Ne dit-on pas qu’il faut toujours commencer à prêcher pour sa propre paroisse et donc pour sa propre communauté?

Après avoir quitté Vérargues, Modeste vient à Nimes où il est surtout chargé de l’entretien (1963-1965); il passe ensuite une année à la paroisse Sainte-Thérèse de Montpellier. Au mois d’août 1966, il arrive à Lorgues (Var) où durant neuf ans il assume la responsabilité du jardin et de la vigne. En 1975, il sollicite du Père Provincial la permission de se retirer à la maison de repos de Chanac, son pays natal, où vivent son frère et sa belle-sœur. Il y reste jusqu’à la fermeture de la maison et doit revenir à Lorgues le 1er octobre 1979.

Dans la dernière ligne droite, le temps de la vieillesse.

Les premières années, il lui est toujours agréable d’aller jusqu’au cœur du village et de faire le tour du marché le mardi matin, occasion de rendre service et de bavarder familièrement avec des gens de son âge. La maladie et les infirmités ne l’épargnent pas, il souffre surtout d’un oedème du poumon, sans compter les autres misères de l’âge-, les déplacements lui deviennent pénibles au point que dans un premier temps il doit user d’une voiturette et qu’ensuite il ne quitte plus guère sa chambre et même son lit. De lui-même il demande le sacrement des malades, car il est conscient que sa fin approche. Il exprime ce souhait que la Vierge vienne le chercher à l’occasion d’une de ses fêtes, mais c’est le 1er mai 1982 que tout doucement, sans agonie, il entre dans la paix du Seigneur. Ses obsèques sont célébrées le 3 mai suivant, présidées par le P. Korbendau, un ancien confrère qui le tenait en grande estime.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (11) 1981-1983, p. 48-49. A Travers la Province (Paris), 15 mai 1982, n° 21, p. 15-17. Le Fr. Modeste, militaire en 1931-1932, a écrit depuis Castres un certain nombre de lettres qui ont été reproduites dans la la Lettre à la dispersion: 1931, n° 416, p. 320; n° 419, p. 375; n° 448, p. 216; n° 456, p. 280; de même en 1939, lors de la mobilisation, n° 806, p. 492; n° 813, p. 548; n° 806, p. 492.