Morand (Charles-Martin) OHREL – 1884-1973

Dinsheim, 1904.
« Un pauvre religieux de France s’adresse à vous pour demander à votre cœur
pastoral de vouloir bien abriter une vocation qui fut mon bonheur pendant
six ans. A treize ans, j’ai quitté le monde pour me conserver au service de
Dieu dans la petite Congrégation des Frères de la Doctrine chrétienne de
Nancy. Dès l’âge de 15 ans, je fus admis au noviciat. Mes
vénérés supérieurs jugèrent à propos de me donner le saint habit au bout de
ma première année. C’est avec une joie inexprimable que j’ai échangé les
haillons du monde pour les livrées de Jésus-Christ. Mon noviciat terminé,
je fus envoyé comme chef de discipline au pensionnat de Nancy, puis comme
professeur à la Ferté- sous-Jouarre. C’est là que m’ont atteint les lois
iniques de la franc-maçonnerie. J’ai travaillé dans une pharmacie; puis je
me suis retiré dans ma famille en Alsace. Je m’y ennuie et mon curé m’a
conseillé d’écrire aux
Religieux de l’Assomption pour qu’ils me prennent parmi eux. J’aimerais
reprendre des études afin de devenir prêtre. Je me jette dans les bras de
la divine Providence, à 19 ans. Le 5 mars aura lieu le tirage au sort, je
me remettrai à l’année prochaine comme étudiant ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français de la Province d’Amérique du Sud. Résumé biographique. Charles-Martin Ohrel est né à Dinsheim (Bas-Rhin), le 19 octobre 1884. L’Alsace vit alors à l’heure allemande. D’abord entré dans une Congrégation de Frères, rendu à sa liberté après les mouvements d’expulsion des Congrégations enseignantes en 1901, le jeune Charles-Martin demande son entrée dans la famille de l’Assomption en 1904. Il est envoyé à la maison belge des vocations tardives de Sart-les-Moines (1904-1905). Il prend l’habit le 13 septembre 1905 à Louvain et prononce ses premiers vœux sous le nom de Frère Morand, le 18 septembre 1906. Le P. Benjamin Laurès son maître des novices le présente comme un jeune religieux ayant fait une bonne année de noviciat, qui met un peu d’affectation en toutes choses et manque de simplicité aux yeux de ses confrères. Il a eu quelques initiatives inconsidérées, mais il se montre docile et de-mande facilement conseil. je crois que ses études ont été très insuffisantes et qu’il a besoin d’apprendre sérieusement le latin. Le Frère Morand va étudier la philosophie, sous la direction du P. Merklen. Le bâtiment du scolasticat se trouve dans un autre aile que celle du noviciat (1907-1909). Pour passer de l’une à l’autre, il suffit de traverser une cour. Le Frère Morand prononce ses vœux perpétuels le 13 septembre 1907. On l’envoie alors en maison d’œuvre selon l’usage de l’époque pour séparer le temps des études de philosophie de celles de théologie et être éprouvé à l’enseignement. Il est professeur au collège de l’Assomption à Worcester aux U.S.A., de 1907 à 1912. On lui confie diverses classes pour le chant, les sciences et l’instruction religieuse. Ayant fait ses preuves, il peut se rendre à Notre-Dame de France à Jérusalem pour les études de théologie (1912-1915), Page : 89/89 terminées à Rome en 1915. Le Frère Morand est ordonné prêtre le 17 mai 1914. Ayant refusé de servir l’armée allemande, il est considéré comme insoumis et il est jugé préférable de l’éloigner des pays en guerre. Il est envoyé pour un court séjour en Espagne, à Elorrio. En 1917 il part pour le Chili où il va passer toute sa vie. Il y connaît pratiquement deux postes: Lota (1917-1950) et Santiago-El Golf où il est curé de 1952 à 1962, puis vicaire jusqu’à sa mort survenue le 18 juillet 1973, parvenu à l’âge respectable de 89 ans. Echos de la vie du P. Morand au Chili, pour son jubilé. « Lota, cœur de la longue activité apostolique du P. Morand au Chili, est une petite ville du pays située à 600 km au sud de Santiago. C’est le premier centre minier du Chili, avec environ 35.000 habitants quand le P. Morand y arrive en aval 1917. Il n:y a que deux prêtres pour toute la ville qui à l’époque est le théâtre sanglant de révolutions sociales. A l’instigation d’éléments subversifs encouragés par la complicité de certaines autorités publiques, les ouvriers du charbonnage ont décrété la grève générale. Des bandes ennemies s’affrontent en pleine rue, les rouges contre les jaunes. Le sang commence à couler. Le P. Morand multiplie sa présence sur les lieux de conflit, administrant en un seul jour 20 à 30 victimes, tous blessés au poignard. On déverse les cadavres dans une fosse de 30 m. de long sur 3 de large. Le P. Bruno Delpouve, depuis 6 mois à Lota, garde la nostalgie de la vie paisible au couvent de Los Andes où il a résidé 23 ans (1898-1921). Il répète à son confrère que toute rédemption ne se paie qu’avec le sang, du sang pur et innocent. Le P. Bruno trouve la mort le ler octobre, d’une balle perdue échangée entre camps opposés. Le P. Morand improvise une oraison funèbre devant l’archevêque de Conception dont l’émotion paralyse la voix. C’est dans ces circonstances tragiques que le P. Morand devient curé de Lota. Il imprime à la paroisse un allant extraordinaire, donnant la priorité de son action à l’œuvre scolaire, en créant le lycée Saint-Jean pour les garçons et l’Institut Sainte-Philomène pour les filles. Dans sa pensée, C’est grâce au sang versé du P. Bruno qu’il put acheter la paix sociale dans la cité de Lota et y construire un foyer de vie chrétienne. A Santiago, à la paroisse Notre-Dame des Anges, après 10 ans de bons et loyaux services, il passe la main au P. Pedro Vargas. Il est arrivé à l’âge de 78 ans, mais selon lui, puisque le Seigneur le maintient en bonne santé, il se doit de rester en état de service, car la meilleure façon de ne pas rouiller, c’est de servir! ». Page : 90/90

Bibliographies

Bibliographie et documentation : B.O.A. mars 1975, p. 267. Lettre de Charles Ohrel à un Supérieur de l’Assomption, Dinsheim, 22 février 1904. [Nous n’avons pas trouvé trace d’une notice biographique dans le bulletin Chile- Argentina de l’époque, seulement l’annonce, manuscrite, de son décès dans le numéro de juin-juillet 1973]. Sur le P. Morand Ohrel, article du P. Albert Henry, Le Jubilé d’un prêtre trop bon, Santiago, mai 1965, 5 pages. Dans les ACR, du P. Morand Ohrel, correspondances (1909-1928), rapports sur Lota (1934- 1935). Notices Biographiques