Nestor (Nestor-Joseph) CRAISSE – 1887-1959

‘Maman Nestor’.
« J’ai connu le bon Père Nestor pendant de longues années, aux études, à
Louvain, à Bure, à Sart-les-Moines et parce que je le connaissais, je l’ai
aimé comme un frère, comme un ami incomparable, Cela date de
1905 ou 1906. Il me suivait d’un an dans les études. Tous deux, à cause du
service militaire, nous avons été ordonnés sous-diacres au début de notre
philosophie, mais nous avons attendu 12 ans le diaconat! Pour les
ordinations, nous étions chargés de l’organisation matérielle des fêtes et
l’on nous appelait famillèrement’les deux vieux garçons qui attendent’.
Jour et nuit, à Bure, à Sart-les-Moines, il était tout à ses enfants et le
soir, avant de prendre du repos, il allait encore faire un tour au dortoir.
Le Père Nestor était toujours calme, heureux,
joyeux, non pas d’une joie exubérante, mais tranquille, communicative. I1
faisait bon vivre avec lui. I1 avait un cœur maternel. En quittant Bure, il
se mit à pleurer devant moi comme une mère qui vient de perdre ses enfants.
Même pendant l’incendie en juin 1938, il resta impassible. I1 eut encore la
joie de s’occuper des enfants déshérités à Marchienne- Dôcherie … ».
P. G. Wélès.

Religieux de la Province de Belgique.

Les premiers pas dans la vie.

Nestor-Joseph Craisse naît le 6 août 1887 à Erpigny (Erezée) au diocèse de Namur, en Belgique. Il est alumniste à Bure pour les cours de grammaire (1901-1905) et à Taintegnies pour ceux d’humanités (1905-1907). Il prend l’habit à Louvain le 11 septembre 1907, des mains du P. Emmanuel Bailly, sous le nom de Frère Nestor avec 29 autres compagnons. Le noviciat est transporté en 1908 à Gempe: c’est là qu’il prononce, à 21 ans, ses premiers vœux qui sont aussi perpétuels le 8 décembre 1908. A cause de son âge et de la loi belge qui à l’époque dispense du service militaire en temps de paix ceux qui sont dans les ordres sacrés, il peut recevoir avec induit le sous-diaconat le 19 décembre suivant, au cours de sa deuxième année de noviciat. Il va à Louvain faire ses études de théologie de 1909 à 1912 et enseigne deux ans (1912-1914) à Gempe et Bure. Mobilisé comme brancardier pendant toute la guerre de 1914 à 1918 sur le front de l’Yser, il se fait estimer et aimer aussi bien des gradés que des soldats. Libéré en 1919, il peut de nouveau franchir la porte de la maison d’études de Louvain pour y faire sa théologie (1919-1922), il y est ordonné prêtre le 23 juillet 1922 par Mgr Nicotra, nonce apostolique à Bruxelles.

Un éducateur hors pair, proche des jeunes.

À part une année passée comme économe à Zepperen, la vie du P. Nestor peut se partager entre Bure et Sart-les-Moines. Bure le voit comme supérieur de 1925 à 1934, puis de 1937 à 1941 (1). C’est lui qui préside à la réouverture de cet alumnat qui a fermé ses portes par obligation en 1920. Il s’y dépense inlassablement et y fait vivre l’esprit fraternel, familial de l’Assomption. La bonté est la définition même de son caractère et de son tempérament naturel,

comme s’il avait personnalisé la parole évangélique, contenue en Matthieu 7, 2: « Comme vous aurez jugé, vous serez jugés vous-mêmes; comme vous aurez mesuré, vous serez mesurés à votre tour ». A Sart-les-Moines, le P. Nestor est tour à tour professeur (1923-1925), supérieur (1934-1937) et économe (1941-1948). Ce n’est pas pour lui une petite besogne de trouver pendant la guerre la subsistance des 80 alumnistes du vieux prieuré.

Un aumônier par le cœur.

En 1948, il est nommé aumônier de l’orphelinat de Marchienne-Dôcherie, à proximité de la maison de Sart-les-Moines à laquelle il est rattaché. K Il ne nous souvient pas d’avoir vu le P. Nestor calculer avec lui-même: ce religieux est donné entièrement corps et âme. Il est un Père qui comprend, auquel on peut tout dire ». Il sait gagner la confiance de ces jeunes, leur rendre les services qu’ils attendent de lui, en restant un confident sûr, prudent et discret. Lui-même s’est fixé une règle de conduite: aller aux âmes de mes enfants et ne pas les attendre. Il cherche à approfondir les points relatifs à l’éducation de jeunes inadaptés. Des réflexions établies sur l’observation du comportement de ces jeunes montrent la pertinence de son regard d’éducateur: Conduire comme éduquer, ce n’est pas mettre en tutelle ou en veilleuse, c’est mettre en valeur. L’enfant dépourvu, le gamin malheureux, c’est celui que tout le monde rejette et qui peut trouver chez le Père Nestor la force d’un réconfort, le dépassement grâce à une compréhension affectueuse. En 1956, on se souvient qu’il passe une partie de ses vacances de l’été aux côtés de ces jeunes, leur racontant des histoires, raccommodant des jouets abîmés, taillant des flèches et des arcs, distribuant des serpentins et des sifflets sans oublier les fameuses tombolas… Il trouve dans sa foi la force de livrer sa vie à celle de ces jeunes: « M’identifier chaque jour davantage activement à Celui dont je suis l’image. Dire ma messe chaque jour comme si c’est la dernière ». On a pu dire de lui qu’il vivait dans une action de grâce continue puisqu’il a fait de sa vie une oraison jamais écourtée. Retour au Maître. La santé du P. Nestor décline depuis 1953. Il doit, à cause du diabète, s’imposer un régime de piqûres à l’insuline et suivre un régime de restriction alimentaire. En septembre 1957, il est hospitalisé à la clinique Saint-Joseph de Gilly. Le diagnostic médical révèle un cancer, une tumeur au pancréas. Le 4 février 1959, le P. Nestor meurt à l’hôpital. Le 6 février suivant, son corps est transféré à la chapelle du collège de Gosselies et le 7 février ont lieu les funérailles dans l’église paroissiale Saint Jean-Baptiste. Il est inhumé au cimetière de Gosselies, aux côtés du P. Norbert Mathieu décédé en 1918. (1) C’est sous le supérioriat du P. Nestor, le 8 juin 1938, qu’une partie importante de l’alumnat de Bure, y compris de son aile nouvelle occupée depuis moins d’un an, est détruite par le feu. Absent ce jour-là, il accompagne des élèves pour la confirmation.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1960, p. 95. Lettre à la Famille 1959, p. 243-244. Contacts, 1959, n° 96. On conserve du P. Craisse dans les ACR une abondante correspondance (1907-1947).