Nicéphore (Nicolas) CARELLAS – 1890-1913

Souvenir du P. Merklen sur
Nicéphore Carellas.
« Fils d’un modeste pêcheur des environs de Constantinople, de religion
orthodoxe, ce jeune assomptionniste, l’un des très rares enfants recrutés
sur la volonté de Léon XIII parmi les familles orthodoxes pour être élevés
catholiquement et
devenir prêtre catholique dans le rite grec, a été incontestablement, avec
le Fr. Gérard Boudou tué pendant la guerre, le religieux le plus
intelligent, intellectuellement le plus complet que j’ai connu à Louvain.
Quoique grec, il avait toutes les qualités de mesure, d’équilibre, de
compréhension, de bon sens dont sont habituellement dépourvus les
Orientaux. Il comprenait à la perfection l’enseignement des commentateurs
de Saint- Thomas. I1 avait un besoin extrême de dormi r longuement. I1
souffrait de ce que son frère avait abandonné ses parents, déclarant que
puisque Fr. Nicéphore ne pourvoyait pas à leurs besoins, lui-même ne se
voyait pas obligé de vivre avec eux et de les aider. I1 mourut
prématurément avec le plus grand calme à Gallipoli le 19
décembre 1913 entre les bras du P. Tiburce en disant: je vais trouver le
bon Dieu … ».

Carnets Merklen.

Religieux grec, de citoyenneté turque.

Un ‘vrai fils’ de l’Orient à l’Assomption.

Nicolas Carellas est né le 13 novembre 1890 à Callicratia, petit village turc situé au bord de la Marmara près de Beuyuk-Chékmédjié, non loin des fortifications qui furent le théâtre d’affrontement des troupes turques et bulgares pendant les conflits balkaniques 1912-1913. Grec d’origine, de religion orthodoxe comme toute sa famille, Nicolas fréquente d’abord l’école du village avant d’être accepté comme alumniste à Koum-Kapou (1900-1906) où il adopte la confession catholique et se révèle comme un élève brillant, doué et travailleur, avide de connaissances. Calme, il se fait remarquer pour son amour des traditions de la liturgie byzantine que ses dons de poète et de peintre savent mettre en valeur. En 1906, il traverse le Bosphore pour Kadi-Keuï où il fait une première année d’humanités et pour Phanaraki où s’accomplit la seconde (1907- 1908). Il souffre des divisions que son passage à la foi catholique fait naître dans sa famille. Il part en juillet 1908 pour Louvain d’où il gagne Gempe pour le temps de noviciat. Il prend le nom de Frère Nicéphore et prononce ses vœux perpétuels le 28 août 1910. Après sa profession, il retourne à Louvain étudier la philosophie (1910-1912). Au mois d’août 1913, il revient avec le pèlerinage de Jérusalem en Orient, visite quelques jours sa famille et est accueilli dans la maison de Gallipoli, située sur la partie européenne de la Turquie où l’Assomption a ouvert une mission en 1894. La communauté se compose de cinq membres: les PP. Clément Laugé, supérieur, Tiburce Donche, Léandre Gayraud, Bertin Liébaux et lui-même, le benjamin animé d’un grand désir de se dévouer à l’apostolat.

Un professeur de courte durée.

Des études de philosophie qu’il aime et où il s’est distingué, Fr. Nicéphore passe à la classe enfantine où l’on apprend à lire et à écrire à une vingtaine de petits enfants grecs, arméniens, turcs et juifs, fonction qui exige beaucoup de patience et beaucoup d’attention. Avec son caractère calme et tranquille, Fr. Nicéphore se fait aimer de ses petits turbulents pendant les trois mois de répit que lui laisse la maladie. Chantre de la chapelle grecque et organiste de la chapelle latine, il continue à mettre à profit ses dons artistiques quand le lui permettent ses nombreuses occupations. C’est ainsi qu’il entreprend une peinture de Saint Clément en l’honneur de son Supérieur, tableau qui va rester inachevé.

Frappé par la fièvre typhoïde.

En novembre, il ressent de fortes indispositions avec la persistance de fièvre et d’hémorragies et doit s’aliter. Il est atteint d’une fièvre typhoïde qu’un médecin militaire turc cherche à entraver. Le supérieur, le P. Clément Laugé, conscient du danger, propose au Frère le 14 décembre le sacrement de l’Onction des malades. Averti, le père du malade, Dimitri Carellas qui a beaucoup à souffrir du climat intolérant de son milieu où l’on confond sans distinction religion et patrie, peut le 19 décembre rendre visite à son fils qui le reconnaît mais ne peut lui parler. Le Frère Nicéphore meurt ce même jour, vendredi 19 décembre 1913, à l’âge de vingt-trois ans. Le lendemain ont lieu sur place, à Gallipoli, les obsèques du Frère Nicéphore; des prières sont accomplies les jours suivants dans les différents rites qui symbolisent la vie de ce religieux tout adonné à l’Union des églises. On distribue les collybes, mélange de blé bouilli avec des douceurs pour évoquer l’immortalité de l’âme et les joies du paradis.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1914, n° 207, p. 54-57. Notice sur le Fr. Nicéphore par le P. Marie-Alexis Gaudefray. Missions des Augustins de l’Assomption, 1914, n° 215, p. 38-40. Journal du P. Mercklen 29.08.1942 (ACR: i 532, p. 63-65).