Pargoire (Michel-Abel) DARROUZES – 1912-1990

De savants travaux.

« Je vous adresse ci-joint un
‘Nihil obstat’ pour votre ouvrage de Nicétas Stethatos, Opuscules
théologiques. Je vous serais reconnaissant de me retourner sans tarder ces
quatre exemplaires munis de
« l’imprimi potest » La révision de votre manuscrit a été un peu retardée,
le P. Périchon qui l’effectue achevant ces jours-ci un très gros travail.
Il va s’y remettre incessamment et nous vous communiquerons ses remarques
dès qu’il aura terminé. Prière de renvoyer, s’il vous plaît, au demandeur,
le P. Mondésert.

Claude Mondésert, s.j

« Je vous envoie par le même courrier un volume en
hommage ‘Syméon le nouveau Théologien’ qui est enfin paru. D’autre part,
comme je viens d’achever un autre manuscrit qui sera imprimé à Athènes, je
vous prie de bien vouloir désigner le ‘censor deputatus’ qui pourra vous
certifier l’orthodoxie parfaite de ce volume qui aura pour titre
Epistoliers byzantins du Xième siècle. Je pense que le P. Grumel serait le
plus à portée.
».

J. Darrouzès, 25 février
(1960?).

Pargoire (Michel-Abel) DARROUZES

1912-1990

Religieux de la Province de France.

Vocation landaise.

Michel-Abel Darrouzès est né à Nassiet (Landes) le 3 avril 1912, pays natal des PP. Romuald Souarn et Adéodat Dugachard. Du ‘pin des Landes’, le jeune Michel a gardé la rudesse de l’écorce, la saveur et le parfum de la sève, la solidité d’un tronc que met à l’épreuve, un soir de tempête, la fragilité de ses racines ensablées. Il quitte à 10 ans l’école communale et son instituteur sectaire, ce jeune landais qui a eu le courage de déclarer sa vocation cléricale dans une narration. Sa formation secondaire se déroule dans les alumnats de Saint-Maur (1922-1926) et Poussan (1926-1928). Il entre au noviciat de Scy- Chazelles le 28 octobre 1928 et prend le nom de Pargoire. Nous ignorons d’où vient le prénom de Jean qui lui est parfois attribué. Le 1er novembre 1929, il prononce ses premiers vœux. Le P. Savinien Dewaele, son maître des novices, reconnaît que « le Frère Pargoire a fait des efforts dignes d’éloges pour vaincre son caractère. Il lui reste beaucoup de travail mais il me semble bien lancé. Il peut faire un sujet d’élite. Très attaché à la famille, il a fait ses délices des circulaires des Supérieurs généraux ». Après son noviciat, le Frère Pargoire reste sur place pour une année d’études complémentaires. Il va ensuite étudier la philosophie à Saint-Gérard en Belgique (1930- 1932), enseigne une anné à Cahuzac (Gers) et part faire son service militaire (1933-1934). Pour la théologie, il se rend à l’Angelicum de Rome où il prononce ses vœux perpétuels le 21 mai 1936 et où il est ordonné prêtre le 12 mars 1938. Plus que ses études, il semble que ce soit le contact avec les maîtres des Etudes orientales que sont les PP. Jugie, Salaville et Vailhé qui le fixe dans sa vocation de chercheur aux Etudes Byzantines. Mais dès cette époque, les grandes lignes de sa personnalité sont fixées: « Extérieur fruste quant aux manières et à l’allure,

une nature riche derrière les bizarreries et originalités, des qualités de cœur et de dévouement constantes, relations parfois tendues avec son entourage ».

Un chercheur émérite, plein de modestie. En 1938-1939, il est professeur à l’alumnat de Cahuzac (Gers). La déclaration de guerre le mobilise quelque temps. Il est nommé professeur de Seconde à Blou (Maine-et-Loire) de 1940 à 1942, économe de Cahuzac (1942-1944). En 1945, il est étudiant à Toulouse. Passeur infatigable des frontières interzones et franco-espagnole il raconte volontiers les tours qu’il joue impunément aux occupants et l’on a facilement recours à lui pour les passages risqués ou dangereux. Licencié-ès-lettres, il se rend à Paris dans la perspective des Etudes byzantines. Ne pouvant gagner Bucarest, il commence ses recherches dans les manuscrits grecs de la Bibliothèque Nationale et s’initie à la paléographie auprès du professeur Dain et avec le P. Venance Grumel. Dans des conditions rocambolesques, il gagne Bucarest en mars 1947, rapatrie la bibliothèque des Etudes byzantines, est arrêté avec deux confrères le 7 octobre 1947 sous un fallacieux prétexte et n’est libéré le 21 novembre qu’après avoir dû manifester sa volonté de quitter la Roumanie de son propre chef. De retour à Paris, il collabore à l’institut des Etudes byzantines, collecte des manuscrits dans tous les grands centres universitaires d’Europe et publie de nombreux ouvrages savants qui lui ouvrent les portes du C.N.R.S. (1962). Il obtient sans difficulté un doctorat (1969) et le titre de Maître de recherches (1971), fonction qu’il exerce jusqu’à sa retraite en 1977. Sa fiche de présentation à ce titre comporte l’énumation sur cinq pages de ses travaux, recherches éditions, articles. L’encyclopédie Larousse consacre sa notoriété en lui consacrant une notice. En 1980, il doit encore déménager sa chère bibliothèque presque sur son dos, en utilisant un charriot-ascenseur artisanal de sa propre confection. Lui-même quitte la rue François 1er pour Sceaux (1980-1989) et Vincennes (1989- 1990). Le 25 juin 1990, lui qui se proclame volontiers son propre médecin, demande une assistance médicale. Il est conduit en ambulance à la clinique la plus proche, Wilson, de Montreuil. Il meurt le 26 juin 1990, ne se réveillant pas de son sommeil. Les obsèques sont célébrées à Vincennes le 2 juillet suivant. Le corps du P. Pargoire est inhumé au cimetière parisien de Montparnasse. Le P. Zago, dans son homélie, met en valeur l’existence insolite de ce religieux, humble et dépouillé, homme bourru et sensible, qui vivait entre son bréviaire, ses textes grecs et sa boîte à outils. Le Docteur n’avait d’ailleurs pu prescrire la lettre d’hospitalisation qu’en écartant, sur le bureau de sa cellule, l’amalgame étrange d’un monceau de textes grecs et d’instruments d’atelier: marteau, tenailles et poinçons. Le lundi précédant sa mort, le P. Pargoire se penchait encore sur le Vatopedinus 164, pour vérifier le texte d’un sermon de Michel Psellos sur la Crucifixion. Homme fidèle, pendant trente ans, il est allé aider un prêtre de Seine-et-Marne pour les célébrations du dimanche. Il laisse à tous le souvenir d’un savant à la curiosité féconde, d’un confrère original mais non sans humour et d’une générosité de service égale à sa science.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Documents Assomption, Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 98-100. Assomption France, Nécrologie année 1990, p. 172-176. Encyclopédie Larousse, vol 5. Revue des Etudes byzantines, t. 49 (1991), 337-347. La Croix, 17 juillet 1990 (article du P. Failler). Des rapports d’activité de l’Institut byzantin (1968-1973) et quelques correspondances (1933-1971) du P. Darrouzès figurent dans les ACR. Ludwik Biskupski L’Institut Français d’Etudes Byzantines et son activité scientifique et littéraire 1895-1970, Istanbul, 1970. 384 p. Notices Biographiques