Pascal (Pierre-André) SAINT-JEAN – 1881-1964

Vendôme, 1959.
« Je ne me reproche qu’à moitié mon habituel silence: le temps des
supérieurs majeurs est tellement précieux qu’il vaut mieux ne pas trop leur
en dérober sans réelle nécessité. Je crois bien faire cependant
de vous dire que je suis encore en vie et que mon isolement
me donne en plus la nostalgie de la vie de communauté. J’ai été éprouvé
dans ma santé par deux chutes insignifiantes qui auraient pu avoir de
funestes conséquences. J’ai eu presque la tentation de vous demander un
voyage à Rome à l’occasion de l’élection du nouveau pape, Mgr Roncalli, que
j’ai souvent reçu à Varna, qui m’accueillait si bien à Sofia, que j’ai revu
à Constantinople, à Jérusalem, à Beyrouth, avec qui je me suis entretenu
longuement à la nonciature à Paris et que j’ai revu même à Vendôme quand il
y est venu présider les fêtes du centenaire de la grande église de la
Trinité. Ce voyage aurait été cependant d’une utilité tout à fait
problématique et je n’ai pas eu de peine à résister à la tentation. Mon
cœur est un peu fatigué, mais je suis heureux de faire face à mes
occupations quotidiennes et de n’être à charge à personne ».

P. Pascal Saint-Jean.

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Paris. F.n belle figure missionnaire de l’Orient. Pierre-André Saint-Jean est né le 23 janvier 1881 à Puylaurent, dans la Lozère, petit village masqué dans la verdure, non loin de Prévenchères. Il est baptisé dès le lendemain, selon la coutume. Sa région natale, le Mont Lozère et les Monts d’Aubrac, est rude. Pas plus que les cours d’eau, les routes n’y sont pas droites. Terre et climat forgent une race solide, attachée au sol et à ses traditions. Pierre-André fait ses études à Villecomtesse (Yonne) de 1893 à 1894, puis à l’alumnat d’Arras (Pas-de-Calais), de 1894 à 1896, enfin à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1896 à 1898. Il se présente au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis) où il prend l’habit le 4 septembre 1898 sous le nom de Frère Pascal. Il n’y reste guère puisque nous le trouvons à Phanaraki (Turquie) dès juillet 1899. Il y prononce ses premiers vœux le ler octobre de cette même année. Profès perpétuel le 8 septembre 1901, il est affecté à la Mission d’Orient. professeur à Zongouldak, en Turquie sur la Mer Noire, de 1901 à 1902; à Koum-Kapou à Istanbul, de 1902 à 1903. Il revient à Phanaraki pour ses études de philosophie (1903-1905), suivies de la première année de théologie (1905-1906). Ses supérieurs l’envoient à Notre-Dame de France poursuivre ses études de théologie (1906-1908). Il est ordonné prêtre le 28 mai 1908 par Mgr Picardo. Il connaît encore le service de l’enseignement à Konia (1908-1911), à Eski-Chéïr (1911-1914) où il est nommé supérieur en 1913. La Turquie se range aux côtés de l’Allemagne en 1914. Le P. Pascal gagne alors le collège Saint-Augustin à Philippopoli où il enseigne la littérature (1914-1915). Le pays à son tour est entraîné dans le conflit. En novembre 1915, les religieux de la Mission d’Orient connaissent le grand exode d’un rapatriement qui les conduit de la Roumanie, A.A à la Russie, en Finlande, en Suède, en Norvège et, par la Mer du Nord, jusqu’à Londres. Parvenu en France, le P. Pascal se rend utile à Bagnolet (Val-de-Marne), puis à la Bonne Presse (Paris). Le 10 septembre 1916, il est envoyé à Elorrio (Espagne) où il est un supérieur organisateur. Dès que la porte de l’Orient s’ouvre, il gagne Varna en Bulgarie (1920) où il est supérieur du collège. De 1926 à 1932, il réside au centre de la Mission, à Kadi-Keuï. Il revient encore à Philippopoli, comme préfet de discipline de 1932 à 1934. L’attend encore un long temps de présence et de dévouement à Notre-Dame de France à Jérusalem (1934-1948). Il connaît la vie difficile de la région au temps de l’occupation anglaise, puis de l’indépendance israélienne. La maison est bombardée en 1948, le P. Mamert Vionnet est tué le 20 mai 1948. Occupée par l’armée israélienne et ses batteries, la maison de Notre-Dame de France, intégrée au nouvel état, est séparée de Saint-Pierre en Gallicante par la frontière jordanienne. On comprend que le P. Pascal ait été éprouvé nerveusement tout au long de ce demi-siècle agité de vie en Orient. Il continue à porter la barbe, insigne du missionnaire, mais il regagne la France. En octobre 1949, il est envoyé à Vendôme (Loir-et-Cher), comme aumônier du couvent du Saint-Cœur de Marie. Se rendant utile malgré ses infirmités, il accepte d’être soigné par les religieuses. En contrepartie, il répare et monte des chapelets. Les Oblates s’étant installées au Mesnil-Saint-Denis (Yvelines), à la demande de Mgr Renard, pour prendre en charge les dernières Norbertines, le P. Pascal devient leur aumônier en octobre 1960. Il y retrouve quelques connaissances anciennes de la Mission d’Orient. En avril 1964, il doit être transporté à l’hôpital de Rambouillet après une chute. Le 21 juillet 1964, il est conduit en ambulance jusqu’à Chanac (Lozère), mais il meurt en chemin. Le 23 juillet, le P. Jean-François Laurent préside la cérémonie des obsèques. Le corps du P. Pascal est déposé dans le caveau-chapelle, situé à gauche avant l’entrée de l’église de Chanac. Il avait lui-même pressenti que sa dernière étape sur cette terre serait courte en répondant à ses supérieurs: « Je suis content de quitter l’hôpital de Rambouillet pour la Lozère, dussé-je mourir en route ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1965, p. 61-62. Lettre à la Famille, 1964, p. 640. Paris-Assomption, août 1968, no 89, p. 13-16. Lettre du P. Pascal Saint-Jean au P. Wilfrid Dufault, Vendôme, 2 janvier 1959. Du P. Pascal Saint-Jean, rapports sur Varna (1921), sur Notre-Dame de France (1934-1950), correspondance (1908-1959). Notices Biographiques