Paul (Francois) CURIOZ – 1868-1939

Querelle académique.
« Plaise aux Pères du prochain chapitre général de vouloir prendre en
considération la requête ci-jointe: décider que le mot d’Alumnat ne
s’écrira plus avec un ‘u’, mais avec un .o’, tout en continuant à prononcer
alomnat, réglerait du même coup toutes les bizarreries suscitées par
l’écriture et la
prononciation de ce néologisme. Je vois écrits ‘aluminat’ avec un
‘i’ euphonique chez les gens simples,’alumat’,
‘aluministe’,’alministe’,
‘alumiste’ sans parler des fantaisies
‘allumeur’,’albumat’,’allume-ça’ si ça gèle (pour Scy- Chazelles)… Nos
Pères qui ont créé les ‘Alomnats’ ont eu une idée excellente d’avoir
recours au latin, mais ils auraient dû franciser la prononciation. Et
l’écriture. Le mot Assumption n’a-t-il pas donné en français Assomption?
Qui s’aviserait
d’écrire Assumption avec un ‘u’, pour prononcer aussitôt après Assumption
comme s’il y avait un ‘o’ ? Pourquoi s’obstiner à écrire Alumnats de
l’Assomption? Soyons logiques avec nous-mêmes, avec tout le monde, lettrés
et illettrés, et écrivons les Alomnats de l’Assomption».
Paul Curiaz, ancien alomniste.
25.12,1934.

Religieux de la Province de Lyon.

Curriculum vitae.

François Curioz est né à Sillingy (Haute-Savoie) le 8 avril 1868. Son père fonctionnaire est appelé à se déplacer ainsi que sa famille à chaque changement de poste. François aime se souvenir du charme de son village natal, sur les collines avoisinant le lac bleu d’Annecy. Il doit ‘s’exiler’ pour la montagne farouche de Villard- sur-Doron: le soleil l’hiver ne se montre pas longtemps dans la petite gorge où logent les douaniers. Le 11 juin 1881 il entre à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (1881-1884), ne fait que passer à Mauville (Pas-de-Calais) avant de faire ses humanités à Clairmarais (1884- 1886). Il entre alors au noviciat de Livry sous le nom de Frère Paul en septembre 1886, prononce ses premiers vœux à Paris le 15 octobre 1887 et ses vœux perpétuels à Livry le 14 octobre 1888. C’est à Rome que se poursuit sa formation cléricale (1888-1891). Il est ordonné prêtre à Livry le 15 août 1891 par Mgr Dubois, le même jour que le P. Louis Petit.

Econome-modèle à Miribel (1891-1935).

Il est immédiatement affecté à l’alumnat Notre- Dame du Rosaire de Miribel-les-Echelles (Isère) qu’il connaît déjà pour y avoir bâti un rucher, édifié une lingerie, tapissé un réfectoire où l’on peut lire les distiques de Saint-Augustin: ‘Quisquis amat dictis absentum rodere vitam…’. Homme pratique, habile en typographie, curieux de mécanique, il devient le bras droit du P. Alype Pétrement, supérieur des lieux en 1892 pendant trente ans de collaboration féconde. « Le P. Paul est un nouveau Gutenberg. Dans un coin de couloir, là-haut sous les combles, il a, à l’aide d’une machine à coudre, fabriqué de ses mains une machine à imprimer d’où sort le Petit Alumniste. Au concours Lépine, ce précieux bahut aurait remporté le premier prix! ». Il fait tant et si bien que,

dans un nouveau bâtiment, il crée une véritable imprimerie en 1895 qui fonctionne jusqu’en 1904. On arrive à penser que le P. Alype, en voyage à Paris en 1895, serait allé prendre des leçons à la Bonne Presse pour perfectionner l’atelier local! En 1899, le Père Paul s’improvise maçon et architecte pour faire construire une grande chapelle. Le 11 novembre 1899 la maison est perquisitionnée. Le 24 octobre 1901, pour éviter le délit de Congrégation, il se sauve par un sentier jusqu’à la rivière de la Morge et pense gagner Les Echelles, mais il neige. Il trouve abri dans une grange glaciale. A Voiron, toujours fugitif dans une autre circonstance, il se trouve en pleine nuit sans gîte, il frappe à la porte d’un immeuble pour être secouru et s’aperçoit qu’il a sonné à un Commissariat de police! Il est inculpé avec le P. Alype le 19 juin 1902. Ils sont acquittés le 3 juillet. Le Procureur fait appel, mais une irrégularité de procédure provoque une interpellation à la Chambre des députés. La maison de Miribel est sauvée, la seule de toute l’Assomption en France. Le P. Paul, homme bon et doux, peut continuer son travail, préposé à l’entretien et à l’aménagement. Il distribue et surveille les charges, en grondant quelquefois avec le refrain célèbre: «Allez, cassez tout! Ca ne coûte rien! C’est pas vous qui payez! ». Il fait sauter les rochers pour les exploiter en carrière. Un quatrain immortalise son activité: ‘Quand d’autres, après nous, venant dans la carrière verront ces murs géants surgir de notre sol, ils ne se diront pas: c’était l’âge de pierre. Non, non! Ils s’écrieront: c’était l’âge de Paul! ‘. En 1933, il est encore sur les échafaudages de nouvelles constructions et, en bon sourcier, capte des eaux souterraines pour alimenter l’alumnat.

Une retraite bien méritée, mais brièvement goûtée.

En octobre 1935, fatigué, il manifeste son intention de quitter son cher Miribel. Il est conduit à Lorgues (Var) par le P. Bernard Finaert. Il est atteint d’artériosclérose et commence à vivre en chambre dès juillet 1937. Il est affligé d’une amnésie totale, devient presque muet. Il meurt le lundi 24 avril 1939. Les obsèques sont célébrées le lendemain mardi 25 avril et le P. Paul est inhumé dans le nouveau caveau, rejoignant ainsi dans leur éternité ses anciens compagnons de route, les PP. Alype Pétrement et Emilien Caffène.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1939, n° 810, p. 368; n° 791, p. 380-381. Le Petit Alumniste (bulletin de Miribel) 1939, n° 607, p.85-91. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Subsistent dans les ACR quelques correspondances du P. Curioz (1922-1935). I.e Bulletin du Petit Alumniste comporte également des articles dus au P. Paul.