Paulus (Antonius Johannes B.) HUININK – 1911-1978

Béni , mars 1963.
« Mon travail ici à Béni, c’est le catéchisme, à l’école centrale des
garçons et des filles, à l’école technique et
aux 150 enfants de la première communion. Les enfants de la brousse sont
aux mains des instituteurs et, en temps voulu, un Père y va pour les
examiner et les confesser. On leur enseigne le signe de croix et
les prières journalières de base, car peu de parents peuvent s’occuper de
l’éducation religieuse de leurs enfants. Comme tous les enfants, ils sont
versatiles, joueurs, peu attentifs. Pour cela il faut être inventif,
revenir cent fois sur la même question… Le Congo est toujours au point
mort. Il y a une petite recrudescence de lumumbisme, ainsi à la cité de
Butembo où il y a eu des élections. Le mouvement
national congolais (M.N.C.) a gagné. On entend partout le même
refrain:’C’est Lumurnba, ce sera toujours
Lumumba’. Le Congo n’est pas au bout de ses peines. Il y a trop de
mécontents parmi le simple peuple qui se sent frustré, abandonné et très
souvent maltraité par ses dirigeants et leurs sbires. Les gens ne savent
que trop que leurs dirigeants, hier de
pauvres diables comme eux, s’enrichissent à leurs dépens. La vraie
révolution, la sociale, est à venir ».

Religieux de la Province des Pays-Bas.

Formation.

Antonius Johannes Bernardus Huinink est né le 14 mai 1911 à Beltrum, aux Pays-Bas, au diocèse d’Utrecht. Il fait sa scolarité secondaire à l’école apostolique Sainte-Thérèse à Boxtel (1923-1930). Sous le nom de Frère Paulus, il prend l’habit au noviciat de Taintegnies, le 28 septembre 1930. Le P. Romanus Declercq note à son sujet: « Le Frère Paulus est un religieux qui a encore besoin d’être dégrossi. D’un caractère un peu bourru, il me semble énergique et a la réplique vive. Je l’ai encouragé à développer des qualités de cœur. Ce frère est d’un dévouement quasi absolu ». Profès annuel le 29 septembre 1931, le Frère Paulus entreprend ses études de philosophie à Saint-Gérard (1931-1933). Suit une année d’enseignement à Zepperen (1933-1934). Profès perpétuel, le 29 septembre 1934, il rejoint Louvain pour les études de théologie (1934-1938): il y est ordonné prêtre le 6 mars 1938: « Animé de solides convictions, très exigeant sur les questions de pauvreté, il aime la vie communautaire même si, étant facilement cassant, ses relations avec les frères se révèlent parfois difficiles ».

Missionnaire au Congo.

En novembre 1938, le Père Paulus est envoyé à la mission du Congo où il va rester jusqu’en 1966, soit 28 ans au total. Il passe 19 ans dans le nord dont 14 à Béni une partie à la direction de l’école primaire et une autre à celle de l’école secondaire. Viennent ensuite 4 ans à Bunyuka dont une partie comme aumônier des Sœurs. Très délicat, fort nerveux, il revient toujours de congé bien portant, avec une mine superbe. Mais, malgré sa bonne volonté, au cours des mois qui suivent, il perd couleurs et kilos. Porté à grossir les soucis, le P. Paulus analyse très gravement les cas de conscience, même bénins.

On se souvient qu’au temps du jeûne eucharistique, encore strict avant le Concile de Vatican II, un dimanche où il est seul au poste de Bunyuka, il n’ose célébrer une seconde messe, car il a absorbé les ablutions du calice à la fin de la première. Les fidèles, des Blancs venus des mines voisines pour l’office, ne comprennent guère ses explications minutieuses: ‘Alors un prêtre ne peut plus célébrer s’il a pris une douche?’. Souvent il a la simplicité de demander conseil à ses confrères. Son scrupule de pauvreté affleure sans cesse. Dans son rapport financier de l’école pédagogique, le poste éclairage lui pose problème. Pour un seul moteur, trois ou même quatre consommateurs lui font compter les lampes, estimer la consommation en watts pour chacune et le nombre d’heures d’allumage. Au cours d’une visite en brousse, on lui fait comprendre que la pierre d’autel est écornée. Il fait demi-tour, car il ne peut envisager d’y célébrer l’Eucharistie. Les secousses politiques et nationalistes dans le pays lui sont pénibles, à chaque poussée de fièvre, en 1960, en 1964, en 1965. Il demande à rentrer aux Pays-Bas. Religieux très pieux, homme de foi généreux, il se montre, malgré ses scrupules, un bon compagnon, de compagnie agréable, acceptant les taquineries. On aime se souvenir de son allure et de ses manières distinguées, de son sourire toujours aimable, de ses initiatives dans les domaines de la vie pratique: les salaisons et la cordonnerie.

Aux Pays-Bas.

En 1966, le Provincial accède à son désir. Pendant trois ans, à Boxtel, il rend le service de vicaire à la paroisse du Sacré-Cœur (1966-1969), puis d’assistant bibliothécaire à Nimègue à partir de 1970. Il y est victime d’une forme de cancer et se montre en cette occasion un patient courageux. Il meurt le 28 juillet 1978 alors qu’il a entamé sa 68ème année. Le 2 août 1978, il est inhumé au cimetière de Boxtel, dans la tombe de l’Assomption.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 64. Marc Champion, Province du Zaïre, Religieux défunts 1929-1994, Butembo, 1994, p.28-29. De Schakel, 1978. Lettre du P. Paulus Huinink au P. Wilfrid Dufault, Béni, 27 mars 1963. Dans les ACR, du P. Paulus Huinink, deux correspondances (1963-1965).