Pépin (Léon) PEPIN-MALHERBE – 1874-1896

Phanaraki, 9 juillet 1894.

« Soyez sûr que sur les bords de la Marmara, vos anciens enfants ne vous
oublient pas. Pour ma part le souvenir des Châteaux est encore vivant dans
mon esprit.

Je songe aussi à ce bienveillant concours qui a aidé ma vocation à
triompher de la nature, surtout dans les moments les plus difficiles. Aussi
j’espère que vous trouverez toujours en moi une reconnaissance vraie et
sincère, quoique parfois l’extérieur semblait démentir ces vrais sentiments
du cœur. Ces sentiments, je suis heureux de pouvoir vous les faire
connaître aujourd’hui en la fête de votre saint patron.

Ce jour-là, tous vos enfants seront unis dans une même prière pour obtenir
à votre intention d’innombrables grâces. Veuillez avoir un souvenir pour
nous, encore bien imparfaits, afin que nous marchions avec ardeur dans le
chemin que vous nous avez tracé.

Un de ceux qui a été, qui est, qui sera toujours votre enfant
».

Frère Pépin.

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Un homme délicat. Léon Pepin-Malherbe est né à Marthod, près d’Albertville en Savoie, le 6 janvier 1874. Il est alumniste à Notre-Dame des Châteaux (Savoie) sous la direction du P. Rémy Commun, (1885-1888) et fait ses humanités à Nîmes (Gard), de 1888 à 1890. De Nîmes, il gagne le grand séminaire de Moûtiers en Savoie où, pendant deux ans (1890- 1892), il étudie la philosophie et commence de front l’étude de la théologie. Il sent vivement le contraste entre la vie d’un séminaire et celle qui a été la sienne jusque là dans la famille religieuse de l’Assomption, ce qui lui fait désirer d’autant son retour dans une maison de l’Assomption. Il entre au mois d’octobre 1892 au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis), à l’époque dans le diocèse de Versailles. Il prend l’habit assomptionniste sous le nom de Frère Pépin, le 23 octobre et, deux mois après, il gagne le noviciat d’Orient, à Phanaraki (Turquie), sous la conduite du P. Ernest Baudouy. Religieux très discret et très sensible, il éprouve, comme sa famille savoyarde, un certain déchirement à cet éloignement, mais se garde de faire état de ses sentiments qui, pour lui étalés, perdent de leur délicatesse. Plutôt réservé avec ses confrères, et même extérieurement froid, il fait preuve d’une belle confiance à l’égard de ses supérieurs. Doué d’une intelligence fine et pénétrante, de jugement pondéré, calme et très sûr, il ne cherche pas à briller mais sait donner à ses pensées un tour agréable, et, s’il manie l’ironie, il le fait sans blesser. Les sciences spéculatives et les mathématiques ont ses préférences, sans que la littérature soit oubliée. Malgré sa réserve naturelle ou contrôlée, il est de compagnie agréable, doux, simple et serviable, ne voulant jamais s’imposer en groupe. Le 24 octobre 1894, il prononce ses vœux perpétuels à Phanaraki A.A et commence son parcours vers la cléricature en recevant les premiers ordres mineurs. Malgré une santé qui semble bonne, une apparence physique de robustesse, il donne cependant des signes d’inquiétude à ses supérieurs. Très vite, on le sait atteint de tuberculose. Sa sensibilité lui fait craindre une issue fatale et appréhender le passage par un chemin de souffrances dont il ne manque pas d’exemple sous ses yeux (Frère Flavien Magnac). Il se met alors à étudier les signes cliniques de sa maladie et fouille tous les ouvrages de médecine à sa portée qui peuvent le renseigner sur les symptômes et les progrès de la tuberculose. A la fin du mois de mars 1895, il revient en France, à Brian (Drôme) où il passe plusieurs mois, visite sa famille en Savoie pendant une quinzaine de jours et gagne Paris où on espère pouvoir lui faire suivre un traitement spécial. Quand il apprend que son maître des novices, le P. Ernest Baudouy, est nommé à Livry, il lui écrit: « J’aurai le plaisir d’être enterré par vous. On me dit que je vais mieux, dans l’excellente intention de me donner du courage. Je laisse dire et je suis reconnaissant de l’intention; mais le courage dont j’ai besoin est celui d’affronter la mort sans trembler. C’est le courage que l’on souhaite aux condamnés… ». De Paris, il se rend fréquemment à Livry, n’hésitant pas à se rendre au petit cimetière dans la propriété où sont déjà inhumés plusieurs de ses condisciples. Le P. Picard qui l’apprécie beaucoup vient lui rendre visite plusieurs fois à Livry, avant et après son voyage pour Rome en février 1896. Le Frère Pépin meurt à la communauté parisienne de la rue François ler, le 26 février 1896, à 22 ans accomplis, s’endormant paisiblement, sans agonie et sans délire, gardant jusqu’au bout toute l’acuité de son intelligence. Le lendemain 27 février ont lieu à Livry les funérailles du Frère Pépin dont le corps a été transporté dans la matinée. Le jour même de ses obsèques présidées par le P. Ernest Baudouy, le journal La Croix, traduit devant les assises, gagne un procès. Trois maisons se disputent le privilège de compter un protecteur de plus au paradis: Livry où son corps repose, Paris où le Frère est mort et Phanaraki dont il est toujours membre de la communauté. Par la suite, ses restes sont transférés au cimetière parisien de Montparnasse (1907).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1896, n° 246, p. 65; n° 247, p. 74-78. L’Assomption, 1910, n° 158, p. 25-27. Circulaire du P. Bailly, 27 février 1896. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans les ACR, du Frère Pépin Pépin-Malhérbe, lettre au P. Frédéric Raynaud, Phanaraki, 9 juillet 1894. Notices Biographiques