Petru ILEA – 1915-1982

Blaj, 1939.
« Les Pères ne me voyant pas arriver à Blaj m’ont cru tombé entre les mains
de la police.
La faute en est au grand retard de mon train qui m’a fait manquer la
correspondance. La Providence a voulu que juste pendant la semaine de mon
arrivée, il y ait à Blaj une ordination sacerdotale. L’archevêque a fait
des difficultés, craignant de se
créer des ennuis en ordonnant un ‘insoumis’, mais le P.
Vasile Cristea, ayant des connaissances dans le milieu militaire, a arrangé
les choses pour le mieux. En tout cas jusqu’à l’ordination, je devais
rester séquestré à Casa Domnului. Je n’étais pas fâché, car cela m’aidait
au recueillement. Le 29 octobre,
fête du Christ Roi, j’étais élevé à la grande dignité du sacerdoce dans la
cathédrale de Blaj. A la table du Métropolite, je me suis fait le défenseur
de la culture française contre quelques chanoines à idées germanophiles. Je
n’ai pas fait mauvaise mine, j’ai eu gain de cause. J’accepterai la charge
de catéchiste, mais non celle de quasi-vicaire ou curé dans une paroisse
environnante, car j’entends poursuivre mes études de théologie et passer
les examens. Je prendrai la licence d’ici ».
P. Petru Iléa.

Religieux roumain de la Province de France.

Une vocation éprouvée.

Petru Iléa est né le 10 mars 1915 à Iclod, près de Blaj (Roumanie) et fait ses classes primaires à Veza. C’est au lycée gréco-catholique de Blaj qu’il fait ses études secondaires au terme desquelles il entre à l’Assomption le 17 octobre 1933. Il fait son noviciat à Beius et prononce ses premiers vœux le 18 octobre 1934, sous la conduite du P. Austin Treamer. Il se rend alors en France, fait à Layrac (Lot-et-Garonne) une année complémentaire (1934- 1935), puis est dirigé au scolasticat de Scy- Chazelles (Moselle) pour les années de philosophie (1935-1937). Il commence l’étude de la théologie au scolasticat Saint-Augustin à Lormoy (Essonne) où il est reçu à la profession perpétuelle, le 18 octobre 1937. Quand éclate la seconde guerre mondiale, il regagne la Roumanie, est incontinent ordonné prêtre le 29 octobre 1939 à Blaj et poursuit ensuite l’étude de la théologie. C’est aussi à Blaj que le P. Petru exerce son ministère sacerdotal, particulièrement à ‘Casa Domnului’. Mais après la suppression du couvent en 1948, il refuse d’adhérer à ce qu’on lui demande et se déclare prêtre de rite latin. On le laisse tranquille. Il gagne son pain comme mécanicien d’usine à Jergu Mures et Sebes Alba, puis à Blaj comme journalier aux travaux de bureau. Arrivé à l’âge de 60 ans, il obtient une modique pension de l’Etat et se retire chez son frère à Blaj où il vit retraité, s’adonnant à des travaux de jardinage et à l’assistance des mourants et des malades. Vers la fin du mois de juillet 1982, apparaissent des signes de maladie.

Echos d’une vie et d’une amitié.

Le P. Petru meurt le 7 août 1982. Grâce à une correspondance du P. Bernard Stef (1), nous connaissons un peu les détails des derniers jours du P. Petru:

« Maintenant je dois t’annoncer une douloureuse nouvelle. Notre ami, ton condisciple, Petru Iléa, est décédé pieusement dans le Seigneur samedi 7 août, dans une chambre de sa maison paternelle, à 67 ans. Il était malade depuis plusieurs années. Il y a 5 ans environ, il m’avait dit qu’il mourrait bientôt. Je lui disais de voir un médecin, de faire un contrôle sérieux de son état de santé. Il m’écrivait le 25 mai 1981, après avoir décrit ses souffrances, qu’il était tellement faible que son entourage en prenait peur. Il n’y avait que lui qui restait tranquille et même heureux de pouvoir offrir ses souffrances. Il n’était pas allé voir un médecin et déclarait ne pas vouloir s’y rendre. Il s’étendait de temps en temps sur son lit. Sa vue baissait beaucoup. La maladie suivit son cours. Je lui ai rendu visite le 12 juillet dernier et nous avons passé la journée ensemble. Le 21 juillet il dut être hospitalisé à cause d’une pneumonie, puis d’une pleurésie. On diagnostiqua aussi un cancer galopant. Ce sont les médecins qui ont pris la décision de le faire transporter dans sa maison pour y mourir. L’enterrement a eu lieu le lundi suivant, 9 août. Le P. Petru repose dans le jardin familial, à côté de ses parents et d’une sœur. Je perds avec Petru un bien bon ami qui m’avait beaucoup aidé dans les moments difficiles. Il était capable de tout, il savait donner des conseils spirituels très élevés, mais aussi des indications pratiques pour le jardin et bien d’autres questions matérielles».

(1) Lettre du P. Bernard Stef au P. Pierre Santu, août 1982.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (II) 1981-1983, p. 58-59. A Travers La Province (A.T.L.P., Paris) 27 septembre 1982, n° 23, p. Il. Lettre du P. Pierre Santu aux PP. Hervé Stéphan et Emmanuel Rospide, Pierrefitte, le 28 août 1982. Notice biographique du P. Petru Iléa par le P. Benedict Vamvulescu, août 1982. Dans les ACR, du P. Petru Iléa, trois correspondances (1939).