Philippe Liessens – 1914-2002

Joseph Liessens est né à Maarke Kerkhem (Flandre orientale) le 17 octobre 1914: la première guerre mondiale venait de commencer. La famille était nombreuse, et la pauvreté extrême, dans une région qui n’arrivait pas à occuper tous les hommes en âge de travailler. Aussi les parents décidèrent-ils de se rendre en Wallonie, dans la région de Charleroi. Comme nous le confiait son frère Arthur, lors des funérailles: « La Wallonie a sauvé la Flandre », car elle fournissait alors du travail en abondance: exploitation des mines, métallurgie, verreries, tout était en plein essor.

Comme les Franciscains habitaient près de leur maison, c’est tout naturellement que Joseph fut envoyé à leur alumnat de Marche en-Famenne. Il y restera de 1926 à 1930. Survient la crise: il fallait faire vivre la famille. Joseph fut embauché à Hainaut-Sambre comme employé de 1930 à 1935. Ayant fait connaissance.de l’existence d’une maison pour Vocations tardives dans les environs, il reprit la route de l’école pour le Prieuré Saint Michel à Sart les Moines, tenu par les Pères de l’Assomption. Il termine ainsi ses humanités en 1938. A la retraite d’élection (NDLR: retraite où les rhétos (élèves des classes terminales) se décidaient pour entrer au séminaire ou en religion), il choisit l’Assomption et entre au noviciat de Taintegnies en 1938 sous le nom de Frère Philippe.

L’année suivante la guerre le mobilise, mais en 1940, il pourra s’inscrire. au scolasticat de Saint Gérard pour y poursuivre ses études de philosophie (1940 42) et de théologie (1942 46). Il y sera ordonné prêtre le 5 mai 1946. Durant toute cette période, il se distingue par son sérieux,&nbps;  sa piété, un extérieur ascétique et sévère, tant et si bien que déjà on l’appelait « le saint Père Philippe », et il fut tout naturellement nommé « socius », chargé de la répartition des charges et de l’organisation des fêtes. C’est ainsi qu’en 1946 il fut la cheville ouvrière, avec le P. Claude Destrée, d’une exposition remarquable, à Saint Gérard, sur les alumnats, à l’occasion du centenaire de leur fondation.

Aussi tout naturellement les supérieurs pensent à lui pour aider les formateurs au noviciat de Taintegnies: il y est professeur, second conseiller. Mais le curé a besoin d’aide: il est nommé vicaire à la paroisse. Il s’y distingue par son zèle, son dévouement; il organise des fêtes, et s’y montre même un excellent animateur dans les distractions propres à ces manifestations. La charge de supérieur va alors lui être confiée durant plusieurs armées: à Gosselies (1954), Bruxelles (1955 58), à Saint Gérard (1958 61), où ses talents d’organisateur feront merveille dans la célébration du millénaire du saint patron en 1959; il y inaugure le mouvement du Patro, et aussi dans les environs: Graux, Stave, Maison; il va ensuite se lancer dans ce qui sera comme le plus grand souci de son zèle: 1’oecuménisme et l’unité des Eglises. Il lance les « Fraternités des Cévennes », oeuvre destinée à faire travailler ensemble des jeunes catholiques et protestants dans la réfection d’une église pratiquement laissée à l’abandon à Domessargues (Gard, France)&nbps; ; il s’occupe de la diffusion de la revue l’Unité; il était assidu aux réunions de la Commission diocésaine pour l’unité des chrétiens. De 1970 à 1982, il est responsable de l’apostolat de la paroisse de la Madeleine ainsi que de la communauté de la rue Duquesnoy à Bruxelles.

A 68 ans, il décide de prendre sa retraite: il se retrouve à Saint-Gérard, non plus dans l’abbaye millénaire, mais dans l’humble Prieuré Notre Dame de Grâce. Mais il est loin d’y rester inactif: visite des malades, groupe de prières, mais aussi entretien du parc, avec un soin tout spécial pour les fleurs qui orneront la chapelle dont il était le sacristain attitré.

Ses vacances, en réalité, il les passera en France: le midi, et en particulier au Vigan, chez les Orantes qui en garderont un souvenir inoubliable, et aussi à Pleumeur; durant toutes ces années, il s’est noué des amitiés indélébiles: « le Père Philippe nous laisse des milliers de souvenirs pour sa bonté, sa simplicité et ses oeuvres, surtout au niveau de notre village (Domessargues); notre chapelle oecuménique est là, présente, pour nous remémorer son travail accompli ». Les nombreuses lettres de condoléances reçues de France et d’ailleurs vont toutes dans le même sens.

 En 2002, on le voit diminuer: « Je décline », répétait il. Comme la maison ne pouvait plus lui assurer les services nécessités par sa santé défaillante, il est placé dans le Home saint Jean à Mettet, où il avait tant de fois visité les malades et les personnes âgées. Il s’y est éteint tout doucement le 11 décembre 2002. Les pompes funèbres ramèneront son corps au Prieuré. L’église du village était pratiquement remplie pour assister aux funérailles de ce religieux qui avait tant de fois arpenté la petite commune. Il est inhumé dans la concession des religieux assomptionnistes, sise dans le cimetière adjacent à l’église.


|             Arthur JALLET

Bibliographies