Pierre-Baptiste (Jean-Baptiste) MOREL – 1836-1925

Clairmarais, 1875.
« La petite famille de Scoubrouck vient joindre ses vœux et ses souhaits au
concert de ceux qui vont vous arriver à 1’occasion de votre fête. Vous ne
trouverez que six lettres des enfants, le septième fait défaut, il est
venu ce matin me dire qu’il s’ennuyait trop, qu’il voulait revoir ses
parents. J’étais médiocrement satisfait de lui, je l’ai pris au mot. Il
part demain chez le P. Halluin. C’est un de ses enfants, c’est même celui
qui vous écrivait il y a une dizaine de jours au sujet de la prière
perpétuelle ou Laus perennis à établir parmi les alumnistes. Nous attendons
votre décision à ce sujet. Il ne nous est guère possible de recevoir de
nouveaux enfants avant le printemps. D’ici là les travaux que l’on fait
pour l’agrandissement de la maison vont lentement. En cette saison le
soleil se lève tard et
se couche tôt. Les maçons ont souvent besoin de se battre les côtes pour se
réchauffer les doigts. A part d’autres diversions propres à l’état, le
travail traîne en longueur et le temps marche encore bien
vite. On nous donne des noms drôles: laluma, lamonat et même l’almanach. A
la paroisse nous sommes les Pères. M. Limoisin s’intéresse bien à nous, il
a à cœur notre installation ».

Religieux français.

Un novice du P. Hippolyte Saugrain.

Jean-Baptiste Morel vient au monde, le 12 février 1836, à Rive-de-Gier (Loire), au sud de Lyon. On sait qu’il fait ses premières études à la Manécanterie de sa ville. Il prend l’habit le 16 juillet 1865 au noviciat du Vigan (Gard), dirigé par le P. Hippolyte Saugrain (1), en compagnie du futur P. Emile Gauthier. Jean-Baptiste reste au Vigan au moins deux ans (1865-1867), y continuant sa formation. Sa profession perpétuelle est datée du 19 septembre 1867. Il choisit le nom de Pierre-Baptiste comme religieux. C’est à Nîmes (Gard) qu’il est envoyé pour sa formation théologique (1867-1868). Mgr Plantier l’ordonne prêtre le 6 juin 1868. Il est chargé pendant l’été 1868 du soin pastoral des populations dispersées du plateau de l’Espérou où le P. d’Alzon s’est préoccupé de faire construire une chapelle paroissiale. Il est envoyé ensuite à l’orphelinat du P. Halluin à Arras (Pas-de-Calais), de 1868 à 1887, mais avec quelques interruptions au service des alumnats en formation: Nice (Alpes-Maritimes), 1874-1875, Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1875 à 1876. C’est l’orphelinat d’Arras qui forme le coeur de sa responsabilité ministérielle, prenant sa place aux côtés du P. Halluin, jusqu’en 1887. Il poursuit sa vie apostolique en Orient, Brousse (Bursa) où il est supérieur de communauté de 1887 à 1895, Kadi- Keui où il fait fonction de curé de la paroisse de 1895 à 1914. Pendant la première guerre mondiale, il rejoint l’orphelinat d’Arras, alors divisé et replié à la campagne à cause du front: Le Réray dans l’Allier (1914-1919). La fatigue aidant, il est envoyé au repos à Bourville (Seine-Maritime). C’est là qu’il meurt le 14 décembre 1925, à 89 ans, doyen d’âge et de profession de la Congrégation. Son corps est inhumé au cimetière de Ricarville (Seine-Maritime).

(1) Le P. Pierre-Baptiste fait son entrée dans la correspondance du P. d’Alzon en juillet 1865, tome V, p. 361. Le P. d’Alzon lui conserve encore son ancien prénom de Jean-Baptiste.

Du P. Pierre-Baptiste au P. Etienne Pernet, Arras, 11 juillet 1871.

« Lors de votre départ d’Arras, je vous donnai commission de vous informer de mon frère: Etienne Morel ouvrier boulanger à Paris, impasse Saint-Bernard, Faubourg Saint-Antoine. Je vous remercie de vous en être si tôt acquitté puisque quelques jours après je recevais de ses nouvelles. Je viens aujourd’hui vous demander un autre service. Je reçois à l’instant une lettre de ma mère qui me dit qu’Etienne lui demande ses papiers pour se marier avec une ouvrière tailleuse dont il a fait connaissance. Cette fille lui dit-il, est âgée de 27 ans, native de la Corrèze. Ce que je désirerais, cher Père, vous le devinez, C’est que vous alliez aux informations, voir mon frère d’abord et puis cette fille, quels que soient ses antécédents, et si en un mot c’est une fille honnête et convenable. Ma mère m’engage à me rendre à Paris pour recueillir tous ces renseignements, car elle est inquiète et elle a raison. Mais je crois que vous voudrez bien vous charger de cette commission difficile et que vous serez plus à même de la conduire que moi. C’est une mission pénible dont je vous charge, mon Père, mais vous voudrez bien la faire pour moi. Mon frère a sans doute depuis plusieurs années négligé son devoir de chrétien. Et au moment d’entrer dans le mariage, pense-t-il à recevoir chrétiennement ce sacrement? La personne à laquelle il veut s’unir, est-ce une personne honorable ou ne serait-ce pas plutôt un déshonneur pour notre famille7 Voilà ce qui alarme ma mère à son sujet. Mais je vous le demande encore, mon Père, vous voudrez bien éclairer tous ces points le plus tôt que vous pourrez puisque mon frère est pressé et a écrit deux lettres successives à ma mère pour avoir ses papiers. Nous attendons le Père Picard et le P. Hippolyte pour la fête du P. Halluin. Nous avons reçu hier votre petit protégé, il a pleuré un peu ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1925, n° 167, p. 769-771; 1926, n° 171, p. 37-38. L’Assomption et ses OEuvres, 1926, n° 298, p. 67-69. Lettres d’Alzon, 1996, tome XIII, p. 458. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Croix de Saint-Chamond, 2 janvier 1926. Missions des Augustins de l’Assomption, 1926, n° 282, p. 243-246. Lettre du P. Pierre-Baptiste Morel au P. d’Alzon, Clairmarais, 22 décembre 1875. Dans les ACR, du P. Pierre-Baptiste Morel, correspondances (1868-1921).