Polyeucte (Firmin H.-J.) GUISSARD – 1891-1965

Hommage.
Ces quelques lignes sont dictées par un sens aigu de reconnaissance et
d’affection fraternelle. Le P. Polyeucte a enseigné toute sa vie la
philosophie au collège de Worcester. Inutile de dire à ceux qui l’ont connu
que ses classes furent brillantes: esprit fin, science profonde et talents
pédagogiques. Beaucoup aussi se souviennent de lui comme confesseur,
prédicateur, directeur de théâtre, ami. J’ajoute un souvenir personnel: peu
de sermons restent dans la mémoire après 40 ans et pourtant un des siens,
sur l’étoile de l’Épiphanie, est inoubliable pour moi, car il est pour
quelque chose dans ma vocation sacerdotale et religieuse. J’ai retrouvé le
P. Polyeucte à Louvain et je remercie Dieu d’avoir été son élève en
théologie morale. Il a vu sa maison détruite par les bombardements en 1940
et même, trompés par une fausse nouvelle, nous avons chanté une messe à
Worcester pour le repos de son âme! En 1950, il est revenu chez nous pour
enseigner la littérature française. Il n’a jamais cessé
de lire et d’écrire. Ses notes témoignent de la préparation soignée de ses
cours. Il a vu plusieurs fois la mort de près, toujours avec calme. Nous
lui devons une grande dette de gratitude».

Polyeucte (Firmin H.-J.) GUISSARD

1891-1965

Religieux de la Province de Belgique-Sud, transféré à la Province d’Amérique du Nord.

Curriculum vitae.

Firmin-Henri-Joseph Guissard est né le 27 septembre 1891 à Mousny-Ortho, dans la province belge du Luxembourg. Il fait ses études secondaires à Bure (1902-1905) et à Taintegnies (1905-1907). Le Il septembre 1907, il prend l’habit à Louvain, sous le nom de Frère Polyeuete, et prononce ses premiers vœux le 11 septembre 1908. Profès perpétuel le 12 septembre 1909 à Gempe où il fait sa deuxième année de noviciat, il étudie à Louvain la philosophie (1909- 1912), y enseigne la cosmologie et la psychologie (1912-1913). Taintegnies le retient comme professeur de rhétorique une année (1913-1914) et il sert dans l’armée belge pendant toute la première guerre mondiale (1914-1919) dans un service de santé. Il revient à Louvain pour étudier la théologie (1919- 1921). Ordonné prêtre le 7 août 1921, il part à Worcester (U.S.A.) de 1921 à 1929 où il enseigne la philosophie, l’économie politique, la pédagogie et la jurisprudence. De 1929 à 1937, le P. Polyeucte réside à Bruxelles où il s’occupe de prédications, de pèlerinages à Jérusalem et collabore à La Croix. De 1932 à 1937, il est deuxième conseiller et professeur de morale à Louvain, de 1937 à 1940 supérieur, professeur de morale et d’économie politique à Louvain. De 1941 à 1946, il est prédicateur à Manage. De 1946 à 1950, il est transféré aux OEuvres généralices à Paris. De 1950 à 1965 enfin, il est transféré à la Province d’Amérique du Nord où il se dévoue comme professeur au collège de Worcester. Il meurt à Worcester le 19 décembre 1963, à 74 ans accomplis, après une mauvaise période pendant tout l’été 1965 où il est soigné d’une double pneumonie et de nombreux cedèmes dont il ne se remet pas.

Lui, si ponctuel toute sa vie, perd la mémoire des lieux et des situations et ne peut plus guère écrire lisiblement. Sa mort est douce, sans agonie, comme celle d’une lampe qui s’éteint, usée après un long service. Le P. Polyeucte est inhumé à Worcester.

Un professeur talentueux.

Le P. Polyeucte laisse le souvenir d’un professeur admirable, admiré par ses élèves, sachant les encourager et d’un écrivain aimant sa Congrégation, prédicateur, humaniste chrétien, sensible et délicat, dont l’humour fusait lorsqu’il faisait jouer la commissure de ses lèvres gourmandes, travailleur infatigable au service du Règne. La sonnerie aux morts, jouée par des clairons durant la consécration, la ‘Brabançonne’ après le chant de l’absoute venaient rappeler quelle place avait tenu, dans le cœur du P. Polyeucte, son petit pays. Après la cérémonie religieuse (1), les prêtres présents furent invités au presbytère, reçus par l’abbé Paulus. Le chœur de l’église d’Ortho est orné de peintures. Derrière l’autel, au-dessus d’une large bande de croix où reviennent les mots ‘Pax, Lux, Via, Vita, se détache une scène que le P. Polycucte aura dû contempler et méditer lors de ses derniers séjours en Belgique, lui qui aimait tant son terroir natal, avec tout ce qu’il recèle de ténacité et de profonde foi chrétienne. La Trinité y est représentée, et de la croix du Fils que nous présente la Vierge de l’Assomption, médiatrice, partent des rayons dont l’un vient se reposer sur la patène que tend un tout jeune prêtre. ‘Suscipe, sancta Trinitas, hanc oblationem’, ces mois inscrits à côté de la scène qui domine tout l’autel, ne sont-ils pas le fidèle résumé de toute la vie du P. Polyeucte? Sans doute s’est-il rappelé ce qu’il devait à la Vierge, lui qu’on rencontrait souvent, le chapelet à la main; sans doute s’est-il rappelé sa propre ordination sacerdotale, mais aussi a-t-il pu remercier pour avoir su garder, tout au long de sa vie, cette fraîcheur et cette jeunesse de cœur et d’esprit que nous lui connaissions. Lui qui abhorrait la médiocrité sous toutes ses formes, mais savait encourager la moindre bonne volonté et avait le souci de voir se développer sa famille religieuse, puisse-t- il faire éclore la générosité dans l’âme de nombreux jeunes et que se transmettent les qualités profondes qui furent siennes ici-bas.

Figure remarquable par les qualités supérieures de son intelligence, par sa passion du travail, conférencier apprécié, écrivain fécond, le P. Polyeucte a récolté abondamment l’admiration, la louange et la reconnaissance.

(1) Il s’agit d’une célébration à la mémoire du P. Polyeucte, dans l’église d’Ortho, le samedi 8 janvier 1966. Le compte-rendu en est fait par le P. Richard Maas. Le P. Polyeucte Guissard est l’oncle du P. Lucien Guissard.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1966, p. 130-132. Assumption (Worcester), 1966, n° 1, p. 20-21. Belgique- Sud-Assomption, 1966, n° 9, p. 182-186. L’Assomption et ses oeuvres, 1966, n° 546, p. 12- 13. Hommage fraternel par le P. Armand Desautels (lettre de 1966). Assumptionists Decesead in North America, p. 6. Souvenirs par le P. Richards R., 2 pages. Le P. Polyeucte Guissard a écrit une biographie du P. d’Alzon (B.P., 1935, 328 p.), l’Histoire des Alumnats (B.P., 1955, 486 p.), Portraits Assomptionistes (B.P., 1932, 412 p.), Histoire de la Congrégation des Sœurs Antaniennes de Marie (1960), des articles et poésies parus dans des revues de l’Assomption sur le P. d’Alzon, le collège de Worcester, le prieuré de Sart-les-Moines etc … Il a fait paraître également quelques articles dans Ia Croix. Les ACR contiennent du P. Polyeucte Guissard une importante correspondance (1908-1955). Notices Biographiques