Privat (Léon) BELARD – 1875-1961

Hommage.
« Celui qui avait fait vœu de perpétuer par la prière le souvenir des
45.000 soldats français tombés en Macédoine et en Serbie, l’apôtre et le
bâtisseur à Belgrade du mémorial des morts de l’armée d’Orient, le P.
Privat Bélard n’est plus. Une vie de fidélité sans défaillance et
d’inlassable bonté s’est éteinte à Lorgues, dans le Var, où ses 87 ans
épuisés étaient venus chercher un repos qui devait être bien court, sous
les oliviers de la maison de repos des Pères assomptionnistes.
L’épanouissement de l’œuvre sacerdotale du P. Privat devait s’accomplir au
cœur même de la Yougoslavie encore
vibrante de la victoire de Franchet d’Espérey… Tout à son apostolat de
bonté et de charité infatigables et discrètes, le P. Privat ne fut jamais
de ceux à qui la venue des délégations et pèlerinages
des Poilus d’Orient procuraient l’occasion de figurer aux somptueuses
réceptions officielles, mais dès que nous pénétrions dans l’enceinte de
notre cimetière militaire, nous apercevions, au pied de la haute croix de
marbre qui domine les tombes innombrables de nos camarades, sa tête grise
un peu inclinée sur sa barbe très blanche … ». Poilus d’Orient, mars
1962.

Religieux de la Province de Bordeaux, transféré à Lyon.

Une vie bien remplie.

Léon naît à lspagnac (Lozère) le 7 novembre 1875. Il fréquente à Marseille l’institution Timon-David et passe ensuite dans les alumnats de Roussas (1888-1889) et Brian (1889-1890) dans la Drôme, de Nîmes et à nouveau de Brian (1891-1892). Il prend l’habit au noviciat de Livry-Gargan le 7 août 1892 où il prononce ses vœux perpétuels le 7 août 1894 sous le nom de Fr. Privat. Il fait sa philosophie à Phanaraki en Turquie (1894-1895) et sa théologie à Jérusalem (1896-1897) où il est ordonné prêtre le 20 août 1899. Il devient professeur à Notre-Dame de France (1900-1902), puis à Kadi-Keuï (1903), à Phanaraki (1904) et au collège de Plovdiv (1905) avant de prendre la direction du collège de Varna (1906-1914). Pour ce long et méritant service d’enseignement, il reçoit les Palmes Académiques (1911), lui dont la modestie ne s’attribue que les titres de ‘décorateur-amateur et d’architecte par nécessité’. A Varna, en plus des constructions scolaires, il fait élever une stèle en souvenir des soldats français morts en Crimée (1854-1855). Mobilisé en 1914, il est affecté comme interprète à l’armée d’Orient puis à Paris au ministère de la Guerre. En 1919, il retourne à Varna et récupère dans les familles les meubles et matériels volés par les habitants. En 1920, il est nommé supérieur au collège de Plovdiv, en remplacement du P. Gervais Quenard. Il a la lourde charge de terminer les travaux de construction du nouveau collège Saint-Augustin et d’aménager un transfert qui nécessite trois semaines et 50 voyages de chariots tractés par des buffles! Dès 1923, il est envoyé à Belgrade avec Mère Michaél Oblate, pour examiner la possibilité d’une fondation. Il va y rester 21 ans comme supérieur!

Notices Biographiques A.A Page : 219/219 Le fondateur-bâtisseur de l’Assomption à Belgrade.

Sur place, avec le P. Théopiste Laurent, il trouve un terrain, fait construire un presbytère et, à la demande de Mgr Roditch, élève une chapelle servant d’église paroissiale, érigée en 1927. Il ne perd pas son souci de mémoire à l’égard des soldats français tombés pendant la grande guerre en Orient et organise des voyages-pèlerinages pour les ‘Poilus d’Orient’ à travers toute la Yougoslavie. Il réussit au prix de mille difficultés à créer une paroisse aux Mines de Bor que dessert le P. Jean de Matha. Peu à peu, à Belgrade, se construit grâce à son esprit d’entreprise un complexe d’écoles et de salles de réunion pour desservir la population catholique de la capitale. En 1938, il conçoit le projet d’élever une grande église qui servirait aussi de mémorial. Les travaux débutent le 28 août 1939, mais le chantier continué pendant la guerre est arrêté à cause d’un accident qui cause la mort de trois personnes dont celle de l’entrepreneur. L’invasion allemande en 1941 et le bombardement de Belgrade provoquent la dispersion, l’arrestation et l’expulsion de trois assomptionnistes. Seul rescapé, le P. Privat entreprend une œuvre de secours ‘Caritas’, au bénéfice de tous, sans distinction de nationalité. Il recueille même un yougoslave pro-allemand, laissé pour mort par les patriotes serbes et ‘ressuscité’ par ses soins, ce qui lui vaut une lettre de remerciement des autorités allemandes mais aussi la rancune tenace du régime de Tito après 1945. En novembre 1946, il est expulsé du pays. L’église mémorial reste inachevée.

Supérieur -constructeur à Lorgues.

En 1947, il prend la succession, comme supérieur, du P. Jean de Matha de la maison de repos de Lorgues (Var) et fait bâtir dans la propriété la chapelle-caveau de la Dormition. Remplacé en 1953, il devient aumônier à Hyères jusqu’en 1938 où il est nommé à Marseille. Fortement diminué, il doit revenir à Lorgues en février 1960 pour être soigné. Victime d’une chute en novembre 1961, il s’éteint doucement le 7 décembre 1961. Le P. Guillaume, son frère, préside les obsèques le samedi 9 décembre.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. octobre 1962, p. 174. Lettre à la Famille 1962, n° 339, p; 294-196. Rhin-Guinéê, 1962, n° 35, p. 9-10. La liste des articles donnés par le P. P. Bélard aux Echos d’orient et à la revue de L’Union des Eglises se trouve dans la revue AA de Louvain ‘Ontmoeting’ (Rencontre), 1965, n. 3-4, partie annexe bibliographie p. 2-3. Le P. P. Bélard a d’autre part laissé une importante correspondance, classée dans les archives romaines (1899-1962), ainsi que des rapports sur la mission AA à Belgrade.