Protais (Guillaume Corentin Marie) JA – 1898-1968

Nouvelles, automne 1944.
« Encore sur le front, nous ne sommes pas inquiétés: nous gardons un
invincible espoir en la protection divine et nous pensons à construire la
grotte promise en ex-voto à nos sources de Pertuison. Nos Pères de La
Rochelle vont bien, d’après les nouvelles reçues d’un Vicaire général. Les
derniers novices de Cavalerie nous sont arrivés, conduits par le P.
Bergeret. Avec deux postulants d’Agen, cela fait un chœur de 12 et nous
attendons les 11 postulants de Bretagne. Un train de Niort est venu
chercher une partie de la population et une infirmière
vous portera ce mot. Tous nos religieux vont bien. Depuis le
15 août, le P. Fidèle est à Tasdon: l’église et le presbytère ont été
détruits par les bombes. D’ici il s’occupe de deux paroisses de la
campagne. Le P. Geffroy n’a plus son vicaire, le P. Rolland,
parti pour Pont-l’Abbé, et de là dans une direction inconnue.
P. Gulgueno fait du bon travail à Aytré. Nous avons un centre pour
chômeuses à la J.O.C.F., repas de midi et cours gratuits. Nous ne souffrons
pas trop de privations, nous tiendrons jusqu’au bout ». PP. Protais et
Mélaine Le Menthéour dans Nouvelles de la Famille
libérée, n° 39.

Religieux de la Province de Bordeaux, assistant provincial à plusieurs reprises.

Jeunesse et formation.

Guillaume-Corentin-Marie Jaïn vient au monde le 26 novembre 1898 à Plonevez-Porzay, dans le canton de Chateaulin (Finistère), à proximité du sanctuaire de Sainte-Anne-la-Palue. Comme de nombreux Bretons, il se dit lui-même avoir été bercé par le chant des pèlerins et porté naturellement à la tristesse et à la mélancolie. Il perd très jeune sa maman, Marie-Louise née Fertil, décédée le 31 janvier 1906. Le 19 septembre 1909, il entre à l’alumnat de Bure (Belgique) où il est scolarisé jusqu’en 1913. Il passe ensuite à celui d’Ascona en Suisse (1913-1915) et prend l’habit au noviciat provisoire de Vinovo en Italie, le 26 juillet 1915, sous le nom de Frère Protais. Son noviciat se termine à Notre-Dame de Lumières (Vaucluse) où il fait profession le 26 juillet 1916. C’est alors qu’il est mobilisé à Brest (Finistère) en avril 1917. Il est blessé au front, à Saint-Crépin-au-Bois et reçoit pour sa conduite la Croix de guerre. Il revient au noviciat, cette fois en Belgique à Saint-Gérard, en juillet 1920. Il prononce ses vœux perpétuels à Taintegnies, le 15 août 1921, où il suit les cours de philosophie (1920-1922). Il commence sa théologie à Louvain (octobre 1922). Une grave maladie pulmonaire le réduit à un repos complet en Suisse (octobre 1923-mai 1925), à Locarno. Revenu à Louvain, il y est ordonné prêtre le 24 juillet 1927.

Vie apostolique.

Le Père Protais est nommé curé de la paroisse Saint- Pierre à Auch (1927-1934). Sur sa demande, il est affecté par le P. Michel Pruvost au noviciat de Pont- l’Abbé-d’Arnoult (Charente-Maritime) et y remplit la charge d’économe. En 1938-1939, il est supérieur et maître des novices, de même de 1944 à 1946 et encore supérieur en 1946-1947

et enfin économe de 1947 à 1949. Pendant les interstices, il réside à Bordeaux où ses supérieurs l’ont choisi comme assistant pour la province de Bordeaux. Désormais il devient et reste le pivot de la maison provinciale (1949-1961). Rodé aux affaires de la province, il connaît parfaitement les situations et les personnes. Il assume jusqu’à ses derniers jours la tâche de secrétaire provincial. Il aime également rendre des services paroissiaux de confession et d’aumônerie, à Notre-Dame de Salut et à la Visitation. Il s’occupe également du Tiers-Ordre. D’un dévouement égal, d’une bonté jamais en défaut et d’une disponibilité totale, le Père Protais réalise dans ses multiples services son idéal de religieux-prêtre. Très attaché à sa famille religieuse pour laquelle il rassemble de nombreux documents photographiques, il n’oublie pas celle de la terre pour laquelle il confectionne deux grands albums de souvenirs. À partir de 1966, il connaît les limites qu’impose la maladie. Marcher lui devient un supplice, mais il redoute surtout une retraite totale et le temps d’un repos complet, à ses yeux inactif. Le 13 août 1968, il part quelques jours en Bretagne dans sa famille. C’est là que la mort l’attend, le jeudi 12 septembre 1968. Il n’a que 70 ans. Le samedi 14 septembre, ses obsèques sont célébrées dans sa paroisse d’origine et son corps est inhumé dans le cimetière de Plonevez-Porzay. Il rejoint ainsi ses parents décédés et son frère Yves, décédé au mois de mars précédent. Le P. Henri Guillemin, Provincial, prononce l’homélie: « Le Père Protais nous paraît le type du religieux que présente le Concile, dédiant entièrement sa vie, par la charité, à Dieu, et, par les services, aux hommes. La charité l’animait de cet esprit de service qui démultipliait ses talents. Ni l’âge ni la santé ni le temps n’avaient atteint cet esprit, même s’il devait limiter et surveiller ses efforts. Je n’ai jamais entendu le P. Protais exprimer dans une parole, un geste ou une attitude, un refus à un service sollicité ou suggéré. C’est un signe du ‘oui’ entier et sans reprise qu’il avait donné par sa vie en réponse à sa vocation sacerdotale et religieuse. Il était toujours disponible à tous et pour tout, jamais blasé, jamais désespéré, toujours aimable. Il vivait de foi, d’espérance et d’amour »

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A., juin 1969, p. 283-285. A Travers la Province de Bordeaux, n° supplément octobre 1968, 6 pages. Dans les ACR, du P. Protais Jaïn, correspondances (1918-1965), rapports sur Auch (1929- 1933) et sur la maison provinciale de Bordeaux (1951-1959). Le P. Protais a donné quelques articles sur le Tiers-Ordre de Bordeaux (1961), sur l’Assomption bordelaise (1964) et des nouvelles depuis ses différents lieux d’affectation dont quelques-unes ont été publiées dans La Lettre à la Dispersion puis La Lettre à la famille. On doit au P. Protais dans le bulletin de la Province de Bordeaux la rédaction de nombreuses notices biographiques de religieux décédés. La maison provinciale de Paris détient également le texte dactylographié des notices que le P. Jaïn a consacré aux communautés de l’Ouest et du Brésil.