Réginald (Emile-Séverin) ENJALRAN – 1880-1972

«Quant au religieux et au confrère qu’est pour moi le Frère Réginald, pour
résumer mes impressions, je dirai qu’il a les qualités naturelles de sa
race, imprégnées par l’esprit surnaturel. De sa race paysanne, il a le bon
sens, l’équilibre, la patience qui sait attendre, le jugement solide, une
certaine lenteur, une joie
de vivre profonde, mais jamais fébrile. Au fond, je le vois comme un sage,
un peu à la façon de Montaigne, qui sait voir les choses en face, sans se
plaindre de son sort d’autres se seraient révoltés devant l’infirmité qui
l’a atteint si tôt,
et celle des dernières années… Mais cette sagesse est transformée par
l’esprit surnaturel: amour simple de Dieu et de la Vierge, vie donnée aux
autres comme tout naturellement, épanouissement de l’âme dans la charité
vécue tous les jours… J’ai souvent pensé à la sérénité de cette âme si
éprouvée humainement
».
Père G. Bouissou, cité par le
P. Manuel Vandepitte.
‘Je remercie le Seigneur
d’avoir connu le Fère Réginald qui fut pour moi l’humble mais sûr témoin de
l’Esprit qui
vivait en lui’.
P. André Hooghe.

Réginald (Emile-Séverin) ENJALRAN

1880-1972

Religieux de la Province de Paris.

D’une tribu patriarcale.

Emile-Séverin Enjairan est né le 7 mars 1880 à Landinie-La Fouillade (Aveyron), d’une famille nombreuse de 11 enfants, 8 garçons et 3 filles. Après les études primaires au village, en 1895 désireux de consacrer sa vie à Dieu, le jeune Emile, conseillé par sa sœur aînée dominicaine, entre au juvénat de la Congrégation régulière de Saint-Dominique à Marseille. Il porte le manteau noir, la robe blanche et reçoit la formation appropriée, mais en 1905, à cause d’une myopie croissante, il lui est demandé de renoncer à toute perspective de sacerdoce. Il demande alors à entrer comme religieux convers à l’Assomption: les supérieurs l’affectent temporairement au Bizet (juillet 1905) et à Sart-les- Moines (septembre 1907). Il entre alors seulement au noviciat à Louvain pour trois ans (1910-1913) et prononce ses premiers vœux le 1er mai 1913 sous le nom de Frère Réginald. Malgré une cécité très prononcée, il est mobilisé en août 1914, mais réformé en décembre 1914, il va aider sa mère veuve et seule pour la culture de la propriété familiale. Repris par l’armée en août 1915, il est affecté à l’hôpital militaire de Rodez comme infirmier et commissionnaire chargé du ravitaillement. Classé inapte définitif à la fin de l’année 1917, il est rendu à la vie civile et rejoint la maison de Bourville (Seine-Maritime) en février 1918. Accepté aux vœux perpétuels, il prononce ses vœux le 8 décembre 1921 à Bourville, entre les mains du P. Yves Hamon. En 1924, il passe à l’alumnat du Bizet reconstruit où il fait fonction de cuisinier, caché derrière l’inexorable guichet du réfectoire, toujours à la tâche, très calme, doux avec tous, fidèle.

Poussan (1925-1933) et Vérargues (1933-1960). L’alumnat Saint-Roch, fondé à Poussan (Hérault) en 1922,

l’accueille en 1925: il se présente au P. Marie-Lucien Couderc comme un ‘chômeur en quête de travail’, entrée insolite dans une œuvre où il va donner 35 ans de sa vie! En 1933, l’alumnat de Poussan est transféré un peu plus loin à Vérargues. Le Frère Réginald ne peut continuer son travail de cuisinier où il a excellé comme fin gourmet et caviste ingénieux. Il se cantonne dans le soin de la basse-cour, poules et lapins. Il déniche les œufs, même dans les buissons, en campagnard avisé qui connaît les bêtes à l’oreille, sans les voir. Il arrive même à arracher les mauvaises herbes dans le jardin et pendant 30 ans s’acharne à se rendre utile malgré son infirmité. En 1954, l’alumnat de Vérargues est fermé au profit de Soisy-sur-Seine, mais le Frère Réginald est gardé avec joie par ses confrères, membre actif de la communauté gardienne des lieux.

Montpellier (1960-1966) et Lorgues (1966-1972).

Le Frère Réginald est hospitalisé dans les services d’urologie de la clinique Saint-Charles à Montpellier. Il est inopérable en raison de son âge, d’un cœur fatigué et d’un taux d’urée élevé. Il passe six années dans le pavillon des incurables, logé dans une chambre à trois lits. Son égalité d’humeur lui vaut la sympathie de tout le service. Le Frère Réginald ne cesse de semer, dans les couloirs qu’il apprend à connaître par cœur, les Ave d’un rosaire toujours pendu à son bras. Le P. Massoi le visite fréquemment et la communauté de Montpellier l’invite à sa table le plus souvent possible. Le 20 février 1966, le Frère Réginald est transféré à Lorgues (Var): il y mène la même vie, paisible et souriante. Le P. Michel Kérandel lui fait faire en fauteuil roulant de petites sorties dans le jardin. Le 7 mars 1970, la communauté célèbre ses deux nonagénaires, nés le même jour, les Frères Réginald et Gabriel [Chaignon]. Le Frère Réginald est emporté par une congestion au matin du dimanche 23 janvier 1972, à l’âge de 92 ans. Les obsèques sont célébrées le mardi 25. Vie d’une exceptionnelle longévité, vie éprouvée par une cécité totale de 35 ans, vie d’humbles et fastidieux labeurs accomplis dans un grand esprit de service, vie de prière incessante et de grande charité fraternelle, telles sont à grands traits les impressions recueillies.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1974, p. 231. Notice biographique du Frère Réginald Enjalran par le P. Manuel Vandepitte (pour le bulletin Paris-Assomption), 1972. Dans les ACR, trois correspondances du Frère Réginald, concernant sa période de vie militaire (1914-1916). Notices Biographiques