René-Augustin CAUSANS – 1871-1916

Mort au champ d’honneur, juillet 1916.
« Le témoin le plus autorisé pour vous dire ce que fut, au front, le P. de
Causans, tué devant l’ennemi le samedi 15 juillet 1916, vers 14 h., n’est
plus! Le commandant Mouraux, chef du 2ème bataillon dans lequel servait
l’adjudant de Causans, tombait au champ d’honneur au moment où, sortant des
tranchées, il entraînait la première vague d’assaut. Le P. de Causans
repose à cette heure dans l’un des cimetières militaires creusés, au sud
d’Assevillers, près de Péronne, dans le ravin, à 700 mètres environ du
village. Une croix noire avec inscription en
lettres blanches marque l’emplacement. A la lisère du bois voisin, quelques
baies d’airelles échappées au massacre de la mitraille, se balançaient
entre des arbres fracassés. J’en ai fait en hâte un bouquet déposé au pied
de la croix. Je voulais ce samedi
15 juillet, sachant l’ordre imminent de monter aux tranchées, encourager
les soldats et leur distribuer chocolats et cigares reçus à leur intention.
Arrivé dans le ravin, j’ai entendu une formidable rafale d’artillerie
lourde qui a bouleversé le coteau, éventré les abris … ». Abbé Panjaud,
aumônier militaire.

Religieux français. Un destin insolite.

René de Vincens de Causans est né à Lavai (Mayenne) le 6 janvier 1871 dans une famille aristocratique, apparentée à celle du Vaucluse que fréquenta le Père d’Alzon (1). Enfant, René est élevé par un précepteur en famille. Il fréquente ensuite le collège de l’Immaculée- Conception de Laval, dirigée par les Pères de Saint-Edme (1881-1887), puis à Paris le collège du même nom de la rue de Vaugirard, tenu par les jésuites. Bachelier, inscrit en droit à la Faculté catholique de la capitale et à l’Institut des sciences politiques de la rue Saint- Guillaume, il mène l’existence mondaine de son milieu, ne négligeant aucun des loisirs en usage: navigation, pêche, chasse. Il se marie le 23 février 1897 à Mlle Henriette Delpech de Saint Guilhem, mais son bonheur est de courte durée: son épouse meurt le 7 juin 1900. Il s’adonne alors aux œuvres de la société Saint-Vincent de Paul, des Chevaliers du Saint-Sépulcre et croise l’Assomption à Lourdes comme brancardier de Notre-Dame de Salut. Il accomplit un cinquième pèlerinage :à Jérusalem en 1901 et à Noël 1902 demande à entrer à l’Assomption. Le 19 mars 1903, le marquis de Causans reçoit l’habit des mains du P. Vincent de Paul Bailly à Louvain et prononce ses premiers vœux le 19 mars 1904 à Gempe. Son maître des novices, le P. Benjamin Laurès, se dit admiratif pour les attitudes de docilité et de circonspection de ce novice peu ordinaire. Homme ardent, plein d’entrain et généreux de sa personne, il se met au rang de ses condisciples, remplissant auprès d’eux la charge d’infirmier. Le travail manuel ne l’effraie pas et il réussit à faire oublier sa condition première. Après sa profession perpétuelle à Louvain le 19 mars 1905, le Frère René- Augustin est envoyé à la maison de Rome pour y faire ses études théologiques à la Grégorienne (1905-1907).

Passionné de vie liturgique, assidu à son travail d’étudiant, il profite amplement des cérémonies solennelles célébrées dans les basiliques de la ville et il fréquente assidûment les lieux où se font les exercices des Quarante-Heures. Le relatif inconfort de la communauté, la pauvreté matérielle vécue dans les maisons de l’Assomption ne le rebutent pas: il ne rechigne pas à sa part de charges ou de services. Le Frère René-Augustin est ordonné prêtre en la basilique Saint- Jean de Latran le 13 mai 1908 par le cardinal Respighi. Il reste sur place, chargé d’abord de la sacristie de Saint-Venance, église proche de la résidence et confiée aux Assomptionnistes. Il en devient ensuite chapelain (1908-1914), veillant à tout, aussi bien au bon déroulement des cérémonies qu’au nettoyage du sanctuaire et à son ornementation. L’exercice des Quarante- Heures sur place, avec la direction des adorateurs laïcs, fait l’objet de tous ses soins. Le P. René-Augustin est aussi très heureux d’accomplir le service de guidage des pèlerins à Jérusalem chaque année et à Rome, selon les demandes.

Mort au front.

Lors de la mobilisation militaire en 1914, le P. René-Augustin, en qualité de sergent, est d’abord affecté au service des ambulances de Laval, mais lui-mêrne, devant la prolongation du conflit et la dureté des combats, demande à entrer dans un régiment actif. Evacué pour maladie, il revient quelques mois à l’ambulance de Drancy, puis il repart pour le front comme aumônier volontaire. Nommé adjudant, il se trouve en première ligne, dans les tranchées, au sud d’Assevillers (Somme), non loin de Péronne, le 15 juillet 1916. Il est frappé de plein fouet par des éclats d’obus, au moment d’une attaque. Il n’a que 45 ans.

« Toute l’Assomption s’unit pour admirer et pour envier cette vie si simplement et si saintement sacrifiée pour la patrie et qui termine dignement une existence toute de foi, de piété, de dévouement et de très profonde humilité ». Hommage de Mgr de Cabrières.

(1) D’après la note du P. Touveneraud dans Lettres du P. dAlzon t. I (1851), p. 41, n. 1. La localité de Causans (et non Caussans) qui a donné son nom à cette famille, illustrée par des militaires au XVIII ème siècle, se trouve sur la commune de Jonquières (Vaucluse).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1916, n° 407, p. 113-123; 1919, n° 569, p. 271. L’Assomption 1918, n° 213, p. 39-40. Notice par le P. Marie-Alexis Gaudrefoy. Les ACR contiennent un lot important de correspondances du P. René-Augustin de Causans (1901-1916), la plupart ayant trait à la vie militaire de ce religieux pendant la grande guerre.