René (René Marie) LE BARS – 1893-1964

Portrait.
« J’ai vécu avec le Frère René à Saint-Caprais, dix ans en juxtaposition,
lui surveillant chez les moyens, moi chez les grands. Le Frère René
vengeait la nudité de son crâne en habillant son menton. Il
était d’une sobriété étonnante. Je ne l’ai jamais vu avec une cigarette.
Pourtant il n’avait pas 60 ans par conséquent il n’avait pas encore fini
d’aider l’Etat à payer ses dettes. Il ne s’emballait jamais. D’un calme
olympien, il promenait majestueusement sa barbe noire. C’était vraiment une
promenade salutaire pour 1es moyens qui, sans malice,
l’avaient surnommé ‘Tacot’. Ce surnom lui avait été sans doute donné par
contraste à celui attribué au surveillant des grands, dit ‘kilomètre
lancé’, après avoir été ‘Varna’ et
‘Azor’. Le Frère René n’était pas un ours et le mardi après- midi il
prenait le bol d’air indispensab1e, en pédalant à travers les plaines et
les monts de l’Agenais. Il lui arrivait en rentrant de nous inviter auprès
d’un splendide feu de bois, de deviser en frères, en dégustant des
châtaignes grillées sur les braises que nous fournissait ma collection de
massues de gymnastique, fabriquées avec
les branches des platanes de la cour ».
P. Carrère.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Maturation d’une vocation.

René-Marie Le Bars est né à Pouldergat (Finistère), le 1er novembre 1893. jusqu’à 31 ans, il travaille à l’exploitation familiale. A son retour de l’armée où il donne 5 ans de service actif, il reprend le manche de la charrue, mais garde en secret au fond de lui l’espoir d’une vie sacerdotale. S’en étant ouvert à son recteur, en 1924 il peut entrer à la maison des vocations tardives à Saint-Denis, au nord de Paris. Le P. Didier Nègre le présente au noviciat à Scy- Chazelles (Moselle) où, le 27 février 1928, René- Marie prend l’habit religieux sous le nom de Frère René. Avec ténacité, il tient à sa vocation sacerdotale, mais le Provincial de Bordeaux entend le recevoir comme frère coadjuteur. Ce n’est pas sans déchirement que le Frère René doit renoncer à son idéal, il accepte avec humilité le verdict de ses supérieurs et prononce ses premiers v?ux, le 28 février 1929.

Surveillant à Saint-Caprais et Kerbernès.

Au lendemain de son engagement, le Frère René est désigné pour le collège Saint-Caprais d’Agen (Lot- et-Garonne) que la Congrégation a pris en charge l’année précédente. Pendant 20 ans , il y exerce la fonction ingrate et effacée de surveillant, sous les yeux de confrères admiratifs et parfois taquins. Le 28 février 1932, il est reçu à la profession perpétuelle à Bordeaux (Gironde). En 1949, le Frère René qui a exprimé le désir d’être relevé de sa charge devenue pénible pour son âge, est envoyé à l’orphelinat de Kerbernès (Finistère). Bien qu’il soit encore astreint à la surveillance, le Frère René est heureux de ce changement, il retrouve les plaisirs de la terre, ses racines familiales et régionales; il cultive les légumes de son jardin et aide efficacement au ravitaillement alimentaire de la maison.

Un accident de santé met fin à ses activités: au début de l’année 1955, il se rend en vélo dans sa famille à Pouldergat qui se trouve à une vingtaine de km. de Kerbernès. Le froid est vif. Sur la route déserte, il ressent un malaise. Un passant charitable le ramène à l’orphelinat d’où il est hospitalisé à Pont-l’Abbé-Lambour. On diagnostique une thrombose cérébrale accompagnée d’une hémiplégie, ce qui le laisse infirme pour le reste de sa vie. La maison de Lorgues (Var) le reçoit le 3 avril 1955. Pendant neuf ans, la paralysie continue ses progrès lents et implacables. De sa chambre à la chapelle ou à la salle à manger, ses infirmiers le poussent dans une chaise roulante. Il s’exprime peu et difficilement. Le 14 janvier 1964, il doit être hospitalisé pour une opération de la prostate, opération dite bénigne, mais non sans risques pour lui. Pendant huit jours, le c?ur tient, mais le soir du 22 janvier 1964 un coup de téléphone de la clinique avertit la communauté de Lorgues que le Frère René a rendu le dernier soupir. Il est inhumé à Lorgues.

Souvenirs d’un confrère.

Le P. Marcel Recours qui fut élève du Frère René au collège d’Agen se souvient avec émotion des années 1930: « Malgré la distance, les souvenirs sont assez précis pour que je revoie la silhouette du Frère, présidant à nos études et à nos récréations. Je ne dirai que ce qui nous avait le plus frappés malgré notre jeune âge. C’était tout d’abord ma découverte de cette catégorie de religieux qui ne célébraient pas la messe, car à notre grand étonnement, le Frère allait communier aux messes auxquelles assistaient les élèves et, d’une certaine manière, nous découvrions ce qu’était la vie religieuse vécue pour elle-même. Nous sentions aussi que le Frère René était d’une bonté foncière et qu’il devait prendre sur lui-même pour infliger une punition. On le sentait hésiter avant de proférer: vous m’apprendrez un morceau’. D’un accord tacite, on lui évitait les chahuts trop retentissants qui lui auraient fait abandonner le magnifique sourire qu’on lui voyait si souvent et qui contribuait à faire naître en nous l’affection très sincère que nous éprouvions à son égard ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1965, p. 74. A Travers la Province (Bordeaux), mars 1964, n° 117, p. 1-4. Lettre à la Famille, 1964, n° 372, P. 570-572. Saint-Caprais (bulletin), janvier 1964, n° 21, p. 24 (souvenirs et portrait). Dans les ACR, du Frère René Le Bars, une correspondance (1955).