Rodrigue (Joseph-Henri) WILD – 1886-1905

Louvain, 1903.
« Dès le vendredi matin, il fallut mettre le corps du Frère Rodrigue dans
le cercueil pour attendre les obsèques qui ne devaient avoir lieu que le
lendemain. Ce fut une continuité de prières, et non seulement ici, mais
dans
toutes nos maisons qui connurent la nouvelle par télégramme. Comme c’était
le premier accident de ce genre qui nous arrivait à Louvain depuis notre
installation, il fallait se mettre au courant des formalités à remplir. Le
P. Pierre-Fourier [Merklen] voulut bien se charger de tout et, pendant ces
jours pénibles, me fut d’un précieux secours. Tout se passa fort bien. Le
vendredi, je m’étais rendu à
l’abbaye de Parc pour y choisir un terrain. Voici ce que nous avons jugé
devoir faire dans l’impossibilité où nous étions d’avoir un conseil
supérieur. Toutes les communautés religieuses enterrent à Parc.
Les Prémontrés y donnent des concessions de terrain à perpétuité. Nous en
avons pris une dans un endroit qui a plu à tout le monde. Nous avons pris
neuf mètres carrés, à raison de 50 fr. le mètre. Le Frère Rodrigue y repose
maintenant tout près de
l’église. Le samedi tous les religieux de Louvain conduisirent son corps ».
P. Laurès.

Religieux français, profès in articulo mortes. Une vie fauchée par la maladie. Joseph-Henri Wild est né le 2 octobre 1886 à Latillé dans le diocèse de Poitiers. Il fait ses études secondaires dans les alumnats du Breuil (Deux- Sèvres), de 1898 à 1901, de Clairmarais (Pas-de- Calais), de 1901 à 1903 et Taintignies. Le 18 octobre 1903, il prend l’habit au noviciat de Louvain, sous le nom de Frère Rodrigue. Il meurt à 18 ans, le 13 avril 1905. Voici les quelques détails donnés par le P. Benjamin Laurès, maître des novices de l’époque: « Le 3 avril, nous rentrions tous de Gempe où nous avions passé deux jours au lendemain de ma fête. Le ,Frère Rodrigue se sentit un peu pris de la gorge. Les premiers soins donnés par 1″infirmier parurent suffisants. Le vendredi pourtant, le Frère Rodrigue éprouvait quelque difficulté à prendre la nourriture. C’était un commencement de laryngite qui devint très vite aiguë. Le dimanche matin, 9 avril, le Frère s’était levé pour assister aux offices. Le voyant plus affecté que la veille, je l’envoyai à l’infirmerie et priai le docteur de passer à la maison pour examiner le malade. Il prescrivit des enveloppements humides de la gorge. Cette médication fut efficace puisque la laryngite avait à peu près disparu le lendemain matin. Mais il restait au frère une fièvre assez intense qui inquiétait le docteur. Il essaya plusieurs moyens pour arriver à la couper, aucun ne réussit et, le mardi matin, la température s’élevait à 400 degrés et quelques dixièmes. Le jeûne un peu forcé des jours précédents avait contribué à l’affaiblissement graduel et la fièvre achevait d’anéantir le malade. On lui prépara de forts bouillons qu’il absorba sans dégoût et sans difficulté; c’était déjà un espoir lorsque le soir du mardi, vers 4 heures, le Frère eut une hémorragie nasale très abondante. L’infirmier ne parvenant pas à l’arrêter fit prévenir le docteur Page :387/387 qui arriva à l’instant et contint le saignement au moyen d’un fort tampon. Tout alla bien pendant près de trois heures. Le docteur, étant revenu le soir, renouvela le tampon. Mais pendant la nuit l’hémorragie se fit interne et ce fut sans doute le dénouement si précipité que nous étions loin de prévoir. Vers trois heures du matin, le Frère Rèné-Augustin de Causans vint m’avertir que le Frère avait des moments de délire. Il était prudent de le faire confesser. Cette proposition surprit un peu le Frère Rodrigue: Ve vais donc mourir, s’écria-t-il. Il demanda quelques instants pour se préparer, puis le P. Octavien [Caron] entendit sa confession et lui donna la sainte communion en viatique. Pendant ce temps, le docteur était accouru, il ne jugea pas urgent de donner l’Extrême-Onction. Du reste, j’aurais aimé que la communauté ou une partie du moins fut présente à la cérémonie. Or il était 4 heures du matin. La cérémonie fut donc remise. La journée du mercredi se passa sans aucun incident. Le Frère pouvait prendre un peu de nourriture et chaque nouvelle absorption déterminait l’expulsion de gros caillots de sang. C’était un vrai soulagement pour lui. Le jeudi matin, dans sa visite, le docteur se montra très optimiste. On lui avait bien signalé le délire, mais il l’attribuait plutôt à la fièvre. Il prescrivit dès fortifiants, du quinquina et il partit. En J’accompagnant à la porte, je lui demandai à trois reprises ce qu’il pensait de l’état du malade. Ve le trouve beaucoup mieux, me dit-il, nous avons bon espoir. Comme j’avais l’intention de sortir avec les novices, je lui demandai si je pouvais le faire sans crainte: ‘Oui, oui, nous n’avons pas de danger’. Sur cette déclaration je partis à Gempe. Hélas, deux heures après, le Frère n’était plus. Le Frère Charles-Emile vint m’apporter la triste nouvelle au moment où nous nous mettions à table. Je revins immédiatement à la maison. Comment tout cela était-il arrivé? On me donna les détails en rentrant. Vers 9 heures, le P. Marie-Clément [Staub] montant à l’infirmerie avait trouvé le Frère très abattu. C’est à peine s’il put le reconnaître. il prévint le P. Samuel qui se rendit à l’infirmerie et courut chercher les saintes huiles chez le curé. Le curé tint à venir lui-même. On eut le temps de donner l’Extrême-Onction … ». Page :388/388

Bibliographies

Bibliographie et documentation : L’Assomption, 1905, no 101, p. 67-68. Souvenirs 1905, no 36, p. 202-204 (informations par le.P. Benjamin Laurès). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy.