Roger CAVAILLES – 1939-1993

Mort sur la brèche, en mission à Madagascar.
« Le jeudi 28 octobre 1993, le P.Roger Cavaillès vient d’achever le tour du
secteur d’Ampanihy, où il est arrivé à
la mi-septembre. Pris d’un malaise la nuit suivante, il est conduit, le
lendemain, à l’hôpital d’Ejeda, distant de cinquante kilomètres. I1 en
revient aussitôt, rassuré, et reprend ses occupations. Le jeudi 4 novembre,
la paroisse fête saint Charles, son patron. Comme chaque jour, le Père
cé1èbre la messe à six heures. Peu après sept heures, au cours de la prière
des Laudes, il laisse tomber son 1ivre en décédant d’une crise cardiaque.
Lourde année à Madagascar: en cinq mois, c’est le troisième deuil pour
l’Assomption dans la Grande- Ile.
Durant la journée, c’est le défilé des fidèles. Le soir, une messe est
célébrée pour le repos de son âme. Le lendemain, dès quatre heures,
son corps prend la direction de Tuléar. A la cathédrale, de nombreux
chrétiens viennent prier autour de son cercueil. A vingt heures, messe
suivie
d’une veillée. Présidées par l’évêque, les obsèques sont célébrées le
samedi après-midi et le long cortège se dirige lentement vers Belemboka ».

Religieux de la Province de France, en mission à Madagascar.

Curriculum vitae.

Roger Cavaillès naît le 20 décembre 1939 à Laval-Roquecezière, à l’extrême sud du département de l’Aveyron, dans une famille qui allait compter sept enfants. Après ses études primaires à Faveyrolles, Roger entre à l’alumnat de Chanac en Lozère (1931-1955) puis à celui de Soisy-sur-Seine (Essonne) de 1955 à 1938. Il est admis au noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente-Maritime) où il reçoit l’habit le 24 septembre 1958 des mains du P. Possidius Dauby. Après sa profession, le 29 septembre 1959, il part pour l’institut missionnaire Saint- Augustin de Lormoy (Essonne) où se fait l’année complémentaire. Il étudie la philosophie à Layrac (Lot-et-Garonne) de 1960 à 1962. Puis vient le temps du service militaire qu’il accomplit d’abord à Montbéliard (Doubs) et en Allemagne. Arrivé au scolasticat de Valpré en 1965 pour les études de théologie, il y est ordonné prêtre le 11 mars 1967 par Mgr Rousset, évêque de Saint-Etienne. Pour se préparer à partir en mission à Madagascar selon son souhait, il passe une année à l’E.M.A.C.A.S., Ecole Missionnaire d’Action Catholique et Sociale de Lille où il rencontre l’abbé René Rakotondrabé qui sera un jour le successeur de Mgr Canonne, assomptionniste, au siège épiscopal de Tuléar. En octobre 1968, il arrive par mer dans la Grande lie. Il passe encore une année à Ambositra où, avec une trentaine de pères, de frères et de sœurs, il se familiarise avec la langue malgache. Il fait ensuite des séjours de durée variable dans tous les postes de mission afin de connaître les gens, les mentalités, les situations et les réalités du vaste diocèse de Tuléar. En 1972, il est nommé à la maison des jeunes, à la Sanfily de Tuléar. Il y développe des mouvements d’Action catholique,

fonde une aumônerie pour les grands élèves des écoles, crée une bibliothèque. Il est appelé à desservir le secteur de Sakahara en 1977. Il y travaille avec cœur pendant onze ans. En 1988, il lui est demandé de mettre son expérience apostolique au service de la formation des jeunes Assomptionnistes à Antananarivo, la capitale. Il est nommé supérieur de la maison en 1991 et conseiller régional, mais ne va pas terminer son triennat. Il revient en France en 1992, fait partie de la communauté de Colombes (Hauts-de-Seine) et suit un recyclage à l’institut catholique de Paris. Revenu à Madagascar en juillet 1993, il accepte la responsabilité du secteur d’Ampanihy qu’il rejoint à la mi-septembre. Le 26 octobre, il écrit à des amis: « Ce n’est pas facile de retourner en brousse après cinq ans à Tana et un an en France. Mais j’ai souhaité cela, car j’aime le contact avec les gens simples. Quelle pauvreté! Heureusement, les pluies commencent à venir. Il y aura donc de la nourriture. La hantise, c’est la sécheresse, que ma région a connue durant deux ans. La chaleur est presque insupportable, mais on s’y habitue à condition de boire beaucoup d’eau. Avec deux religieuses malgaches jeunes et dynamiques, nous assurons les tournées de brousse quatre jours par semaine: dix-huit postes à visiter chaque mois. Mais ce service me plait, c’est ma modeste part à l’extension du Royaume… ». Mort le 4 nov. 1993, le P. Roger re pose à côté d u P. Isidore Détré. Le 11 août 1998, lors d’une cérémonie du ‘retournement des morts’, leurs restes sont exhumés et rassemblés dans un cimetière aménagé à Belemboka, propriété des religieux à côté du tombeau des Sœurs de Saint- Paul de Chartres.

Un Méridional, exigeant et loyal.

« Du P. Roger, je garde d’abord le souvenir d’un homme un pou sévère, parfois même un peu dur dans ses jugements sans assez de nuances. Il était exigeant pour les autres, car il devait l’être aussi pour lui-même. Il y avait aussi dans son caractère beaucoup du méridional: son accent, évidemment, son allure un peu nonchalante, son esprit quelque peu hâbleur, enjolivant ses hauts faits de chasse à la Tartarin, son amour pour le jeu de la pétanque, sa passion pour la vigne. l’oui ce côté le rendait plus humain et arrondissait les angles d’un caractère aux abords parfois trop austères. Deux faits M’ont marqué. Le premier est son art de diriger l’examen de conscience que nous faisions avant les Complies, à partir de l’Evangile du jour. Sa parole n’était pas vain bavardage ou délayage sans consistance. Ses remerciements étaient justes et ses questions précises, capables de faire réfléchir en profondeur et de nous mettre face au Christ. Le deuxième fait concerne sa loyauté. Ce n’est un secret pour personne que l’année 1991-1992 a été très dure pour lui à Antananarivo. L’atmosphère du pays en effervescence, des événements inexpliqués à l’intérieur de la maison avaient provoqué de fortes tensions entre les personnes. Dans la foi et l’obéissance, le P. Roger a accepté de se remettre en cause et de reprendre courageusement l’aventure de la vie fraternelle. ». P. Maurice Laurent.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 126-129. Assomption France, Nécrologie années 1992-1993, p. 289-291. A.T.L.P., octobre 1998, n° 145, p. 24-26. Assomption-Madagascar, 15 novembre 1993, n° 36 (P. Maurice Laurent).