Roger (Jacques Marie) DES FOURNIELS – 1851-1924

En première ligne.
« Je viens de recevoir la visite d’un Commissaire de Police. Il a été très
poli, s’est excusé d’avoir à faire des démarches désagréables et a fini par
me dire qu’il avait reçu l’ordre de ses chefs de leur procurer mon
état-civil. Je lui ai donc donné mon nom, mon âge, lieu de naissance, les
noms de mes père, mère etc… Il n’a été en aucune façon question de mon
titre de religieux. Je lui ai
dicté: ‘veuf, sans enfants, prêtre’. Je lui ai demandé ce qu’on voulait f
aire de ces renseignements. Il m’a dit qu’il n’en savait rien. ll n’a pas
été question des autres religieux
de la maison. N’oubliez pas, je vous prie, ma demande
relative à un religieux de plus e t croyez à mon dévouement absolu.
P.S. Le P. Bénigne
[Dambrung] va mieux. Sa famille lui a écrit. Ils sont moins désolés et
paraissent prendre un peu le dessus de leur douleur. Les Frères Marcien
[Claisse] et Vital
[Charpentier] vont mieux aussi. Le Frère Sauveur
[Mouillet] est un peu fatigué par le froid et le Frère Conrad
[Kétels] souffre d’une sorte d’éruption dans le cuir chevelu. Les autres
vont tous bien au physique. Au moral, tout va pour le mieux ».
P. Roger, 15 décembre 1899.

Roger (Jacques Marie) DES FOURNIELS

1851-1924

Religieux Français.

Du sabre à la plume.

Jacques-Marie Des Fourniels est né le 2 avril 1851, à Bellac (Haute-Vienne, au diocèse de Limoges, d’une famille d’origine bordelaise. Il fait ses classes primaires à Bellac chez les Frères des Ecoles chrétiennes et commence ses études secondaires au lycée de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) pour les poursuivre dès 1865 au collège Saint-François Xavier à Vannes (1865-1870), dans le Morbihan. Bachelier, en 1870-1871 il s’inscrit à la Faculté de droit de Rennes (lie-et-Vilaine) où il obtient une capacité en droit. Son service militaire et l’attrait de cette vie aventurière le conduisent en Algérie, sous-officier de cavalerie, de 1871 à 1878. En 1880 ou 1881, il épouse Joséphine-Marie Dasoul, un mariage rompu le 18 décembre 1890 par la mort de la jeune femme qui ne peut avoir d’enfants. Il était convenu entre les époux qu’au décès de l’un, l’autre entrait dans la vie religieuse. Jacques-Marie Des Fourniels, après son expérience de vie militaire, choisit la vie de journaliste. Il collabore et écrit dans de nombreuses publications: la Revue du Lyonnais (1881), Le journal du Midi(1881), quotidien conservateur de Nîmes où il fait la connaissance de l’Assomption, mais aussi dans des journaux conservateurs de Montpellier, Limoges (La Gazette du Centre, 1888-1889), Angoulême (Le Matin charentais, 188-5) où il est correspondant pour L’Univers de Veuillot, Cognac (La Vérité, 1889-1890) et Lyon. Depuis 1884, il fait partie de la Société des gens de Lettres. Fougueux, polémiste, il rompt facilement des lances avec les notabilités politiques et littéraires du temps. Le P. François Picard lui fait des ouvertures pour les publications à naître de la Bonne Presse et c’est ainsi que M. Jacques-Marie collabore à La Croix-Revue (1883).

Journaliste sous la livrée de l’Assomption.

A la mort de sa femme, Jacques-Marie, par attrait du journalisme, fait le choix de la vie religieuse à l’Assomption. Le 4 mai 1891, c’est le P. Vincent de Paul Bailly qui lui donne l’habit à Livry, sous le nom de Frère Roger et c’est le même religieux qui reçoit sa première profession à Nazareth, le 13 mai 1892, à l’occasion d’un pèlerinage à Jérusalem dont il donne des chroniques au Pèlerin. On ne saurait trouver meilleur parrainage pour une future carrière de journaliste-assomptionniste! En 1892-1893, le Frère Roger est à Rome pour ses études ecclésiastiques. Il y prononce ses vœux perpétuels entre les mains du P. Emmanuel Bailly le 13 juin 1893. Très rapidement, après une préparation intellectuelle fort raccourcie, Frère Roger est ordonné prêtre le 6 janvier 1894 à Paris, chapelle de la rue François fer, par Mgr. Dufal. Le voici prêt à renter en lice! Sa première mission est d’assurer la fondation de Menton.

La vie toulousaine du P. Roger des Fourniels.

En juillet 1894, le Père Roger arrive à Toulouse (Haute-Garonne) où son talent et son dynamisme donnent naissance au quotidien La Croix du Midi (octobre 1894) et où il fait construire une réplique de la Bonne Presse (1894-1895), sorte d’édition provinciale de La Croix de Paris. L’essai ne dure que deux ans (1895-1897) pour être transformé en un hebdomadaire, moins coûteux en hommes et en argent. Supérieur de la communauté de Toulouse, il fonde les Annales de Sainte Germaine [de Pibrac] qui passent en 1898 aux Pères du Sacré-Cœur. A son initiative l’Assomption implante à Toulouse une maison d’études pour de jeunes religieux profès (1898-1900). A partir du ‘Procès des Douze’, commence pour le P. Roger une vie d’errance, changeant de résidence à tout moment et ayant obtenu un indult de sécularisation. Pour vivre, il se fait prédicateur, auteur spirituel, aumônier de l’Hospitalité de Notre-Dame de Salut et de l’œuvre Noèliste sur Toulouse. A partir de 1910, il reprend sa veine de romancier qu’il avait inauguré en 1884 avec Le gros loi. Son roman le plus célèbre est sans conteste Fin de race. En 1913, il a la joie d’accueillir à Toulouse une première fondation de Petites-Sœurs de l’Assomption pour lesquelles il se montre un ‘Père spirituel’ très attentif et dévoué. Grâce à lui toujours, une présence communautaire assomptionniste peut être reconstituée à Toulouse en avril 1924 par la prise en charge de l’orphelinat de la Grande Allée. Le dimanche 12 octobre 1924, le Père Roger, pris de frissons, doit s’aliter. Il rend le dernier soupir le lundi 27 octobre 1924. Ses obsèques se célèbrent en l’église Saint-Exupère à Toulouse, le mercredi 29 octobre. Le P. Roger est inhumé au cimetière toulousain de Terre-Cabade. Sa sœur, Marie, épouse Bigaud, obtient, en 1926, de transférer les restes du P. Roger dans le caveau familial à Bellac. (1) La liste des ouvrages du P. Roger des Fourniels est établie dans sa biographie par le P. Noël Richard, pages 193-194. On la trouve aussi dans Ontmoeting, 1965; V, n° 1.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1924, n° 113, p. 293-294; n° 116, p. 317; n° 122, p. 367-371; 1925, n° 123 p. 379; n° 160, p. 713-715. L’Assomption et ses œuvres, 1925, n° 284, p. 36-39; n° 290, p. 133-135. Noël Richard, Le Père Roger Des Fourniels, Cuirassier, Journaliste et Moine, Toulouse 1980, p. 207. Noël Richard, L’Assomption à Toulouse, Les 50 ans de Sainte-Barbe (1937-1987), Toulouse 1987, 125 pages. Correspondances du P. Roger Des Fourniels (ACR): 1892-1924. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques