Roger (Sébastien) GUICHARDAN – 1906-1985

Lignes testamentaires.
S’il m’arrive de mourir loin de ma maison, je supplie mes frères, mes
confrères, mes supérieurs, de ne se déranger
point et de n’envoyer personne à ma sépulture. Qu’on m’enterre n’importe où
et seul. Je sais que dans le domaine des âmes, il
n’est plus ni lieu ni temps. Les prières sur lesquelles seules je compte,
retrouveront toujours l’âme de celui qui fut devant Dieu leur misérable
frère… Ajouterais-je un mot à ces mots de jadis? La mort viendra. Qu’on
me laisse mourir seul et abandonné. Que nul ne se
dérange de ses occupations pour moi. J’ai beaucoup aimé mes frères sans
toujours le dire. J’ai été heureux comme pas un dans la vie religieuse. Je
n’ai pas toujours montré assez d’amour. Qu’on me le pardonne si on le veut
bien. Qu’on m’oublie. Mais qu’on prie pour les âmes du Purgatoire. Je
voudrais surtout que la Congrégation continue. Que les jeunes soient
meilleurs que nous. Il n’y a qu’une route
de bonheur, le Christ. C’est un chef magnifique. Tout serait à recommencer,
je recommencerais. L’Assomption ne m’a pas déçu. Dieu est. Tout est vrai de
notre foi. A mesure qu’on vit, on voit. Si on le peut, qu’on pense à ma
famille de la terre. A Dieu! », Paris,
2.02.1947.

Roger (Sébastien) GUICHARDAN

1906-1985

Religieux de la Province de France.

Jeunesse et formation.

Sébastien Guichardan naît le 16 octobre 1906 à Chambéry (Savoie). Entré à l’alumnat de Saint- Sigismond (Savoie) dès sa création, en 1918, il passe la frontière en 1920 pour faire ses humanités à Vinovo (Italie). Il arrive en Belgique en 1922. A Taintegnies, il prend l’habit et le nom de Frère Roger le 31 octobre 1922. Profès le 1er novembre 1923, il étudie la philosophie, fait son service militaire (1925-1927), enseigne un an à l’alumnat de Scy-Chazelles (Moselle) où il prononce ses vœux perpétuels le 5 juin 1928. Il accomplit deux années de théologie à Louvain aux termes desquelles il réussit deux certificats de Lettres classiques à Lille et continue ses études à l’Institut catholique de Lyon. Il est prêtre le 17 décembre 1932 et docteur en théologie l’année suivante, avec une thèse publiée sur la Simplicité divine en Orient et en Occident aux XIVème et XVème siècles. Ira-t-il aux Etudes byzantines? Il commence par enseigner la Patrologie et l’Histoire de l’Eglise à Louvain (1933-1934), puis à Lormoy (Essonne) de 1934 à 1935.

Rédacteur en chef du Pèlerin.

Le 1er septembre 1933, le P. Guichardan est nommé rédacteur en chef du Pèlerin: il doit se former sur le tas, s’y met avec passion et persévérance. Il en faut, car le nombre des lecteurs a diminué, peut-être parce que l’hebdomadaire a renoncé à l’opposition politique héritée de son long passé. Le P. Guichardan prend violemment position contre le nazisme et veut surtout faire du Pèlerin un hebdomadaire des familles chrétiennes. Mobilisé en septembre 1939, le lieutenant Guichardan est démobilisé en août 1940 et rejoint Limoges. Le Pèlerin a cessé de paraître en juin. Le Foyer prend modestement la relève en zone libre, remarquablement indépendant à l’égard de Vichy.

Le Père est en outre aumônier des scouts-routiers du Limousin et leur insuffle l’esprit de la Résistance. Il distribue aussi des feuilles clandestines. En mai 1944, la Milice est à ses trousses, il doit fuir. Officier du 2ème bureau, il s’adonne à des activités plus discrètes encore. En 1945 il reçoit la Médaille de la Résistance et la Médaille militaire et publie son premier livre: La vie de Jean Traversai, scout-routier, héros de la Résistance. Le silence de 3 ans s’achève le 16 juin 1945. Tout est à reconstituer: un fichier de lecteurs dans un pays ruiné et traumatisé. Le Père Guichardan se lance dans l’aventure et bataille pour la modernisation. En conservant au magazine son triple caractère, populaire, familial et catholique, il commence par former une équipe soudée qu’il mène d’une main ferme mais qu’il soulève par son enthousiasme. Il rédige lui-même une rubrique inattendue: Tante Léa, sur la maison et la cuisine. Il est l’âme du Pèlerin, il a le génie de la presse, une plume d’écrivain-né et l’étoffe d’un chef. De 300 000 exemplaires en 1945, le Pèlerin grimpe jusqu’au 550.000 diffusés en 1971, soit plus de deux millions de lecteurs. Le P. Guichardan est attentif à l’abondant courrier reçu à la rédaction, 300 lettres par mois. En 1964, il entre à l’Académie de Savoie, est fait Officier de la Légion d’honneur (1975) et médaillé de la Ville de Paris. En 1973, il passe la main au P. Henri Caro et prend une retraite active à la communauté de la rue François ler. Il déménage en 1980 à Sceaux (Hauts-de-Seine) et publie en 1983 un dernier ouvrage: ‘D’un cœur grand et libéral’. Homme à l’esprit toujours en éveil, curieux de tout, sensible et chaleureux, le P. Guichardan laisse l’empreinte d’un religieux auprès de qui l’on peut grandir. Il souffre d’une angine de poitrine et meurt discrètement à Sceaux au matin du 9 novembre 1985, à l’aube de ses 80 ans. Il a fait don de son corps à la médecine. Deux célébrations réunissent ses amis dans la prière, l’une, le 25 novembre à la cathédrale de Chambéry, et l’autre, à Paris, le 29 novembre, en l’église Saint- Pierre de Chaillot. Le P. Henri Caro prononce l’homélie à Paris devant un parterre de journalistes et de personnels de Bayard-Presse très attachés au P. Roger. Le P. Noel Bugnard, compatriote, prononce l’homélie à Chambéry.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (III) 1984-1986, p. 99-102. Assomption-France, Nécrologie n° 4, année 1985, p. 97-100. Dans les ACR, du P. Guichardan, correspondances (1922-1973). Dictionnaire biographique de la Savoie, Beauchesne, 1996, p. 231. La Croix, 20 novembre 1985. Le P. Guichardan est l’auteur d’un certain nombre de romans policiers, publiés sous le pseudonyme de Jacques Ouvard, commencés en 1959 (le détective se nomme Frère Boileau), et d’ouvrages de spiritualité: ‘Sainteté des mamans’ (Centurion, 1967), ‘D’un coeur grand et libéral’ (1983) … Notices Biographiques