Roland(Jules-César LEROY – 1885-1962

Claudel à Worcester, 1929.
« Nous sortons de la visite de M. Claudel. Je puis vous dire sans bluff
qu’elle a dépassé toutes les espérances. La ville entière l’a reçu
officiellement:
180membres sur le Comité de réception, pris parmi 1es citoyens éminents de
toute race, de toute condition et de toute religion. Lieutenant- gouverneur
de l’Etat, maire, Université, c1ergé, tout le monde a marché, à commencer
par la police qui a fourni une garde de 50 hommes et l’armée qui était
représentée par la garde nationale, 500 hommes en uniforme, commandés par
leurs officiers. M. Claudel a présidé deux banquets, l’un à l’hôtel avec
500 couverts, l’autre au collège, avec
environ 200, un concert en ville donné par nos artistes, une séance au
gymnase de l’Assomption. La seule Université de Worcester, Clarke, lui a
conféré un doctoratès-lettres, il est allé partout pour ne pas faire de
jaloux. Sans être un orateur, Claudel est plutôt un causeur brillant et
spirituel. Il a le mot pour rire et il a exposé la question des droits de
la langue française aux Etats- Unis, très franchement, sans peur et sans
réserve… ». P. Roland Leroy, Lettre à la Dispersion, 1929, n° 308, P.
l36.

Religieux français de la Province d’Amérique du Nord.

Le temps de la formation.

Jules-César Leroy est né le 29 janvier 1885 à Blandecques, petit village des environs de Saint- Omer (Pas-de-Calais). Alumniste à Sainghin (Nord), de 1898 à 1901, à Taintegnies en Belgique, de 1901 à 1903, il commence son noviciat à Louvain le 18 octobre 1903, jour de sa prise d’habit, sous le nom de Frère Roland. Profès annuel le 13 novembre 1904 :à Jérusalem, il étudie dans la Ville Sainte la philosophie (1905-1907). Envoyé au collège de Worcester (U.S.A.), il y enseigne de 1907 à 1910 et y prononce ses v?ux perpétuels le 18 juin 1908. En 1910, le Frère Roland retourne à Jérusalem pour y suivre ses études de théologie, sous la conduite des PP. Gabriel Jacquemier et Léopold Dressaire (1910-1913). Comme ses compagnons, il sert de guide occasionnel pour les pèlerins qui viennent de tous les pays visiter la Terre Sainte et prendre pension à l’hôtellerie de Notre-Dame de France. Ayant acquis une belle maîtrise de la langue anglaise, c’est au Frère Roland que revient le soin d’accompagner les groupes anglophones, de Jéricho jusqu’à la Galilée. Brillant causeur, très au fait de la topographie biblique, il est apprécié dans ce service. Ordonné prêtre à Jérusalem le 13 juillet 1913 par Mgr Camassei, le Père Roland fait une quatrième année de théologie à Rome, au collège de l’Angelicum. Il est à nouveau affecté :à l’enseignement au collège de Worcester, sans interruption de 1914 jusqu’à sa mort en 1962.

Un français en Amérique.

Nommé professeur, doué de belles qualités pédagogiques, le P. Roland enseigne successivement les lettres classiques dans les classes de 5ème, 4ème et de 4ème.

En 1924, une opération à la gorge touche les cordes vocales et il est contraint à ne plus faire que des cours intermittents. On lui confie alors le grec et l’histoire générale dans les classes supérieures. Il acquiert rapidement dans ces deux domaines une maîtrise remarquable qu’il alimente sans cesse par un système de lectures très étendues. A cela s’ajoute la charge de surveillant général dans la section des grands. Ainsi mêlé à la vie des élèves, il connaît et accompagne nombre de générations d’étudiants. De tempérament bon, patient, sachant fermer les yeux sur les fredaines de la jeunesse, il ne se fâche jamais ou presque jamais. Aimé et respecté, il est surnommé ‘Daddy’. Du père ou du papa, il a à la fois la sollicitude, l’indulgence et la tendresse. Volontiers il fait sienne la devise de l’abbé Huvelin: « Je voudrais être assez bon pour que vous disiez: s’il tel est le serviteur, comment donc est le maître! ». L’état de sa voix ne permet pas au P. Roland de se livrer au ministère paroissial de fin de semaine, comme la plupart de ses confrères. Il se consacre alors à d’humbles besognes. Il est le chapelain dévoué des S?urs de Notre-Dame de Namur dans leur couvent de la ‘Plantation Saint’ et assure un service dominical à l’hôpital des malades indigents ‘Lincoln Saint’. Nombreuses sont les communautés religieuses qui utilisent ses services de confesseur et de directeur spirituel. jusqu’en 1953, il assure également une collaboration fidèle à la rédaction de la revue du collège ‘L’Assomption’, en particulier une chronique des anciens. En 1956, le collège quitte la colline de Greendale pour un nouveau site, à l’ouest de la ville. Le P. Roland reste alors sur les lieux primitifs de l’institution scolaire et fait partie de la communauté de l’école préparatoire. Agréable compagnon de vie, travailleur assidu, il garde bonne humeur et sourire, même dans les jours pénibles de la maladie et de la vieillesse. Il reste un grand dévoreur de livres et supporte ainsi l’isolement forcé. Il meurt le 26 avril 1962, à l’âge de 78 ans, à l’hôpital Saint- Vincent de Worcester, d’une hémorragie cérébrale. Déjà menacé de paralysie et souffrant de diabète, il avait supporté avec courage l’amputation de la jambe droite, à cause de la gangrène. Il est inhumé à Worcester.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1963, p. 203. Lettre à la Famille, 1962, n° 337, p. 278. Alumnus (The Assumption Preparatory School), 1962, n° 299, p. 9. Assumptionists Deceased in North America (1895-1995), p. 4. Du P. Roland Leroy, dans les ACR, correspondances (1907-1955).