Romain (Henri-Charles-Louis) HEITMANN – 1869-1941

Témoignage .
« Sur la tombe du P. Romain, c’est toute l’histoire de la fondation
argentine assomptionniste qu’il faut inscrire. Le P. Romain est venu du
Chili en Argentine vers 1909, envoyé par le P. Joseph Maubon, à la suite
d’une promesse faite à Notre-
Dame de Lourdes pour obtenir la guérison du P. Raphaël
[Doassans], ce qui amena comme naturellement la fondation de la grotte de
Lourdes à Santos Lugares, devenue depuis un vrai et très aimé sanctuaire
national sur le Rio de la Plata. Le P. Romain commença par être aumônier
des Petites S?urs de l’Assomption. Le P. Romain avait un parler espagnol,
clair, net, élégant, un exposé lumineux de la vérité chrétienne que
goûtaient ces gens simples, privés de tout. On l’écoutait volontiers et il
y avait correspondance entre l’auditoire et l’orateur. Sans compter que le
dévouement des Religieux au service des fidèles donnait une saveur sans
exemple au moindre travail et gagnait toutes les âmes, Les braves gens
n’avaient qu’une formule pour dire d’où ils venaient: ‘la chapelle’: tout
était dans ce mot qui renfermait leur vie d’âme et de corps et leur centre
de réunion. Chapelle, Hermanitas et Pères, tout se résumait dans ces mots
».

Religieux de la Province de Bordeaux, missionnaire en Argentine.

Autobiographie.

« Je suis né peu avant la guerre franco-allemande, le 17 décembre 1869, à Saint-André-les-Lille (Nord). A 7 ans, je perds ma mère, Hortense Vancombrugghe. Mon père est paralytique et nous sommes trois enfants orphelins, sans parents, sans ressources et sans amis. Mon père, Henri, est danois et de religion protestante, ma mère catholique et originaire des Flandres. Après mes études primaires, un Père Assomptionniste recruteur me fait rentrer à Mauville (Pas-de-Calais), alumnat réputé pour sa pauvreté que l’on dénomme ‘la vieille grange’. De 1884 à 1886, je poursuis mes études à Clairmarais (Pas-de-Calais) au termes desquelles je demande mon admission dans la Congrégation qui m’a servi de mère. Le 5 septembre 1886, avec 8 compagnons, j’arrive à Livry et je reçois l’habit religieux, le 8 octobre 1886. Je prononce mes premiers v?ux le 15 octobre 1887 à Paris et je me rends à l’alumnat du Breuil (Deux-Sèvres) qui ouvre ses portes en août 1888. En même temps que j’étudie la philosophie, je suis professeur de grammaire. J’y prononce mes v?ux perpétuels, le 28 octobre 1888. En septembre 1890, je me rends à Miribel-les-Echelles (Isère) pour prendre la direction d’une classe, tout en continuant ma préparation au sacerdoce. De Miribel, je passe à Taintegnies en septembre 1891. A Livry, je suis ordonné prêtre le 10 août 1894, après avoir passé à Rome l’année scolaire 1893-1894. Je retourne dans la ville éternelle et en mai 1896 je couronne mes études romaines par un doctorat en théologie. L’obéissance me destine au noviciat de Livry comme sous-maître des novices et j’y reste jusqu’aux expulsions, le 27 avril 1900.

En Amérique du Sud, un pionnier et un créateur.

A Noël 1900, je quitte la vieille Europe pour un monde nouveau et j’accompagne le P. Joseph Maubon, nommé par le P. Picard comme visiteur des maisons du Chili. Arrivé dans la capitale chilienne, je suis tout d’abord à la maison de Santiago qui n’est à l’époque qu’une résidence avec une chapelle de style colonial, dédiée à Notre-Dame de Lourdes. Le P. Maubon fonde une revue de dévotion mariale, El Eco de Lourdes, qu’il me confie. En 1903, je suis nommé supérieur de la communauté et durant trois ans je me livre aux activités de la prédication et de la confession. En 1906, le P. Théophile Durafour étant tombé malade à Rengo, je suis envoyé dans cette ville pour le remplacer provisoirement, puis en 1907 je me rends à Los Andes pour un ministère de prédication jusqu’en 1910. Le 29 septembre 1910, je quitte le Chili pour aller fonder une maison dans la capitale argentine, où je ne suis agréé que comme aumônier des Petites S?urs de l’Assomption. Je cherche un logement dans les ‘conventillos’: or voici que deux prêtres, les PP. Anzola et Yani, me demandent de me charger d’un centre religieux à peine naissant, aux portes de Buenos-Aires, dans une pauvre baraque de bois et de zinc. Le 1er mai 1911, Mgr Terrero, archevêque de La Plata, autorise l’installation d’une communauté assomptionniste: le P. Geoffroy Pierson et le Frère Marie-Edmond aident à la première implantation. En 1914, je quitte Santos Lugares pour un autre quartier de banlieue, Belgrano et j’établis ce nouveau centre, le 19 juin 1914. Le 10 août le Rio de La Plata déborde et j’héberge dans la modeste église, bâtie par Mme Anchorena, tous les malheureux inondés ou repêchés, ce qui me vaut une reconnaissance durable de tous ces pauvres fidèles. Le 8 mars 1916, nous pouvons ouvrir une école gratuite, le ‘Colegio d’Alzon’. En 1919, nous accueillons les S?urs de Sainte-Anne qui organisent sur la paroisse un orphelinat. En 1921, mes supérieurs m’ envoient en Europe prendre un peu de repos et, six mois après, je retrouve mon poste à Belgrano. C’est alors que j’organise ‘l’Académie Sainte-Thérèse’ pour la formation professionnelle gratuite de jeunes filles. Les 350 élèves de la fondation (15 août 1924) se sont multipliées à 2.000 en 1941. De façon symétrique, je peux organiser ‘l’Académie Saint-Martin’, sorte d’école nocturne pour procurer les mêmes facilités de formation pour des jeunes gens et l’Ecole Saint Roman, spécialisée dans les études commerciales. Pour agrémenter le tout, est créé le Club Saint Roman qui procure des distractions. Avec l’aide des Soeurs de Sainte-Anne enfin, est mise sur pied une école paroissiale gratuite pour jeunes filles. L’ensemble de ces oeuvres et des bâtiments forment toute une ‘manzana’ où j’essaie d’animer l’ensemble par la prédication de retraites et de récollections. En 1935, l’indiscrétion incompréhensible d’un de mes confrères est pour moi la source d’une cruelle épreuve qui m’éloigne de Belgrano et de l’Argentine. Je gagne Jérusalem, mais en 1937 le bon Dieu permet que je puisse retrouver Belgrano et la chapelle de l’Académie Sainte-Thérèse ». Le P. Romain Heitmann meurt en clinique, à 72 ans, le 6 décembre 1941. Il est inhumé le 8 à Santos Lugares, dans les fondations de la basilique.

Bibliographies

?Bibliographie et documentation:

Lettre à la Dispersion, 1941, n° 847, p. 255-257. ART Informations, 1970, n° 14, p. 1. Agustin Luchia Pluig, El Padre Roman, Buenos-Aires, 1949, 228 pages. Souvenirs, 1897, n° 187, p. 243. Du P. Romain Heitmann, dans les ACR, correspondances (1896-1938), rapport sur Rengo (1906- 1912), rapports sur Santos Lugares (1911-1912), notes autobiographiques. Témoignage sur le P. Romain Heitmann par le P. Séraphin Protin.