Saint-Martin (J.-E.-V.) SAINT-MARTIN – 1899-1980

Paris, 21 octobre 1964.
« Je ne vous ai pas encore remercié de m’avoir envoyé la petite circulaire
du Général à propos de la terrible épreuve subie par notre mission au
Congo. Toutes les précisions que nous avons eues dans la suite n’ont fait
hélas! que confirmer cette dévastation qui, nous l’espérons, aura un
lendemain de résurrection. Je me souviens de ce que m’a dit Mgr Piérard à
la fin de mon interview à l’occasion de ses noces d’argent:’Tout peut
arriver’. Il ne croyait pas si bien prophétiser. J’espère que vous allez
bien et que la petite bascule en témoigne! Nous ne nous sommes pas dit ‘au
revoir’ et ce n’est qu’en vous voyant par la fenêtre enlevé par la voiture
de la Hollande pour un repos bien mérité que j’ai réalisé votre départ,
mais cela nous a épargné une émotion réciproque! Nous ne pouvons oublier
notre si étroit et si cordial voisinage pendant
10 ans. Je suis déjà ré acclimaté ici et, Dieu merci, déjà le travail
apostolique ne me manque pas. La communauté est bigarrée, mais fraternelle.
Le P. Venance (Grumel] va d’un jour à l’autre partir pour Vendôme pour sa
convalescence. Nous avons appris le décès du frère de
Mgr Vuccino. Heureux succès pour le Frère Jules opéré comme de Gaulle ».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de France, assistant général (1954-1964). Une existence chargée de responsabilités. Jules-Emile-François Saint-Martin est né le 17 février 1899 à Thermes-Magnoac (Hautes- Pyrénées). Il fait ses études secondaires dans les alumnats d’Elorrio en Espagne (1911-1914) et d’Ascona en Suisse (1914-1916). Il entre au noviciat de Lumières (Vaucluse) où il prend l’habit le 26 juillet 1916, sous les nom et prénom de son parent décédé, Saint-Martin. Profès annuel le 4 août 1917, il est mobilisé en 1918 et n’est libéré qu’en août 1921, avec le grade de sous-lieutenant. Il étudie la philosophie à Taintegnies en Belgique (1922-1923), commence les études de théologie à Louvain où il est profès perpétuel le 6 janvier 1926 et les poursuit à Rome où il décroche un doctorat et où il est ordonné prêtre le 7 juillet 1929. De 1924 à 1925, il enseigne une année à Scy-Chazelles (Moselle). D’abord envoyé comme professeur à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère), de 1929 à 1932, il arrive à Paris en qualité de rédacteur en chef au Pèlerin (1932-1935). Toujours disponible, il lui est demandé de prendre la direction du collège international à Rome (1935-1938). En 1938, les supérieurs lui demandent le service du supériorat au scolasticat de Scy-Chazelles en Moselle (1). Mais en 1939, en raison des menaces de la guerre, la maison étant réquisitionnée, il faut évacuer la région. Le P. Saint-Martin est lui-même remobilisé en septembre 1939, comme lieutenant de réserve. Fait prisonnier au moment des hostilités, il n’est libéré qu’en août 1941. Il accepte encore de prendre la responsabilité du groupe des étudiants en philosophie à Lormoy (Essonne), période difficile en raison des circonstances et des divisions dans les esprits comme dans les communautés, à cause des choix politiques de l’heure. Il invite les jeunes religieux à faire face, A.A prenant position sur la question du S.T.O. comme officier d’une armée humiliée. Il s’occupe d’entr’aide pour les familles des prisonniers. En 1943, il est nommé supérieur à l’avenue Bosquet, à Paris, où il dirige les oeuvres françaises généralices: Notre-Dame des Vocations, Association Notre-Dame de Salut. En 1952, il fonde l’Association pour la messe et l’apostolat au village. Il devient également aumônier de communautés religieuses, confesseur à Saint- Pierre du Gros-Caillou, animateur du mouvement Spiritualité et Vie évangélique, directeur spirituel apprécié. En 1954, le P. Wilfrid Dufault lui demande d’accepter la charge d’assistant général, malgré une image de marque pour la fonction assombrie par des démissions successives (Filliol, Kernoa). La réponse du P. Saint-Martin est immédiate: « Comme en plusieurs circonstances de ma vie religieuse, je veux n’avoir fait qu’obéir à la décision de mes supérieurs. Cela seul peut me tranquilliser ». Il reste pendant dix ans à Rome un conseiller discret, délicat, fraternel, très apprécié qui sait établir de solides relations humaines et spirituelles comme il a su solliciter des chrétiens de grande valeur pour assumer de lourdes responsabilités dans les Oeuvres parisiennes. De retour à Paris en 1964, il ne tarde pas à reprendre un service spirituel. En 1972, il est même nommé supérieur de la communauté rue François ler. Mais c’est trop lui demander, la maladie le mine. En 1974, il est urgent de l’envoyer au repos à Layrac (Lot-et-Garonne). Une cérébro-sclérose réduit ses facultés mentales au point qu’on doit le conduire chez les Frères de Saint-Jean de Dieu, à Marseille. Il y vit ou survit pendant six ans dans une lente agonie physique, intellectuelle et spirituelle qui évoque quelque chose de saisissant du mystère de l’abaissement et du dénuement qui peuvent affecter une personne. Comment une intelligence si ouverte peut-elle se fermer pareillement à toute incitation? Comment un esprit si raffiné peut-il perdre petit à petit toute forme de délicatesse? Comment un sens esthétique et cultivé comme le sien peut-il ne plus ressentir la moindre émotion artistique? Le P. Saint-Martin, totalement détruit, meurt le 12 avril 1980. Ses obsèques sont célébrées à Marseille dans la chapelle de l’œuvre des Frères de Saint-Jean de Dieu. (1) Sur la maison Saint-Jean en 1939. L’Assomption et ses Oeuvres, 1939, n° 451, p. 406-40.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 93-94. A Travers la Province (Paris), mai 1980, no 8, p. 10-12. Voulez-Vous? (Layrac), 1980, no 113, p. 24. Lettre du P. Saint-Martin Saint-Martin au P. Domitien Meuwissen, Paris, 21 octobre 1964. Dans les ACR, du P. Saint-Martin Saint-Martin, nombreux rapports, notes, cartes de visites canoniques, discours, poésies, articles dans Pages du Tiers-Ordre de saint Augustin, dans L’Assomption et ses OEuvres, correspondance (1916-1964), rapports sur Scy-Chazelles (1938- 1939). Le P. Saint-Martin a laissé d’importantes notes manuscrites: Journal (1954-1961) et Les Religieux de l’Assom,ption, ensemble non daté, mais corrigé par le P. Gervais Quenard, de chapitres entièrement rédigés qui sembleraient avoir été composés pour former un ouvrage. Notices Biographiques