Saturnin (Marius.-L.-Jacques) AUBE – 1875-1947

Portrait.

Le P. Saturnin, d’une grande austérité personnelle et d’une régularité
‘monastique’, a laissé le souvenir d’un religieux fervent qui dans les
circonstances souvent troublées de ses responsabilités gardait le calme et
la sérénité d’un homme de Dieu. Membre du Conseil du Provincial, il
recevait fréquemment la primeur de nouvelles qui toutes n’étaient pas
forcément réjouissantes. On se souvient qu’a lors, dans ces questions
délicates, il préf érait au temps élargi de la palabre le refuge discret et
priant de la chapelle…
De tempérament plus positif que spéculatif, il savait mettre la main à la
pâte pour activer des décisions qui, sinon, restent suspendues au plafond
des idées. Comme homme de relations, il avait su gagner de nombreuses
sympathies qui à l’expérience se révélèrent précieuses.
Comme conseiller, on put parfois lui reprocher de tenir avec tenacité à des
opinions très personnelles, mais encore faut il reconnaître qu’elles
tenaient seulement à la force de ses convictions. Son application assidue
et méticuleuse au travail n’était pour lui qu’une traduction de son vœu de
pauvreté.

Religieux de la Province de Lyon.

Un fils du Midi sur les chemins du monde.

Marius est né le 30 décembre 1875 à Lunel (Hérault), le pays d’autres assomptionnistes ‘connus’, tels Joseph Maubon, Siméon Vailhé. Il fait ses classes primaires chez les F.E.C. de Lunel, puis pour le secondaire dans les alumnats de Roussas et de Brian (Drôme) de 1888 à 1893. Le P. Athanase Vanhove le reçoit au noviciat de Livry (1893-1894), noviciat poursuivi la deuxième année à Phanaraki en Turquie (1894- 1895) sous la conduite du P. Ernest Baudouy. Il prononce ses vœux perpétuels à l’issue des deux ans de noviciat, selon la coutume de l’époque, le 15 août 1895 à Phanaraki. C’est à Jérusalem qu’il va poursuivre le cours de ses études ecclésiastiques, d’abord à Kadi-Keuï (1899- 1900) puis à Jérusalem (1900-1902) où il est ordonné prêtre le 25 mai 1902 par Mgr Piccardo.

Un digne successeur du P. Gatabert pour l’Orient.

On peut dire que la plus grande partie de la vie apostolique du P. Saturnin s’est déroulée en Orient: 15 ans à Andrinople-Karagatch (1902- 1919) tour à tour professeur, économe, supérieur, homme pacifique dans les troubles des guerres balkaniques, 8 ans vicaire provincial de la Mission d’Orient (1923-1930), en résidence à Kadi-Keuï, époque également très mouvante où il doit fermer de nombreux postes de mission en Turquie à cause des événements politiques, deux ans supérieur à Varna en Bulgarie dont il possède bien la langue (1930- 1932). La maladie l’oblige à gagner l’Europe, mais il a la tristesse de voir son collège Saint- Michel de Varna fermer ses portes deux ans plus tard en 1934. Le P. Saturnin s’est souvent trouvé à la frontière des champs de bataille, notamment à Karagatch où la maison est dangereusement placée en Thrace,

à la jonction des zones convoitées par les Grecs et les Bulgares au détriment des Turcs. Il connaît avant 1914 la Mission d’Orient à son apogée, mais après la première guerre mondiale le sursaut nationaliste des Kérnalistes met à mal toutes les implantations chrétiennes qui doivent se replier sur le continent européen, soit en Grèce, soit en Bulgarie.

Au service de la Province de Lyon (1932-1946).

C’est alors qu’il lui est demandé de gagner Lyon comme premier assistant du Provincial, successivement le P. Maximilien Malvy, puis le P. Zéphyrien Sollier. Son expérience des affaires d’Orient le rendent homme de conseil précieux à l’heure où cette mission se redéploie en direction de la Roumanie, de la Grèce, de la Yougoslavie et de la Mandchourie. Il met encore à contribution son amour de l’Orient pour assurer la rédaction du bulletin des Missions de l’Assomption dans le service dit de la Procure. C’est grâce à ses soins que cette maison est aménagée pour répondre à tous les services d’une maison provinciale, à commencer par l’accueil des missionnaires à leur départ, à leur retour ou pendant leurs congés, mais plus encore par le lien gardé tout au long de leurs années de service. En 1946, il est déchargé de ce souci et gagne la résidence de Carnolès, près de Menton (Alpes-Maritimes): l’ex-missionnaire des rives du Bosphore se sent revivre au soleil et au calme de la Provence.

Les derniers jours.

Le P. Saturnin n’est pas homme à se reposer ou à se ménager: à Menton, la consigne de repos qui lui est donnée se transforme en fait en de multiples activités: économat, confession… A la Semaine Sainte (1947), il est frappé d’une première hémorragie qu’une séance de piqûres permet d’atténuer. Mais au soir du jeudi Saint, 3 avril, le P. Hildebert trouve le malade étendu à terre, victime d’une seconde hémorragie. Il meurt sans secousses mais épuisé, à l’âge de 71 ans et trois mois.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la Famille 1947, p. 135. En tant que supérieur de Karagatch et de Varna, vicaire provincial de la Mission d’Orient et premier assistant du Provincial de Lyon, le P. Aube a laissé une abondante correspondance, conservée depuis 1908, et de nombreux rapports sur toutes les communautés d’Orient qu’il connaissait bien (ACR) . Il a dirigé le bulletin Les Missions des Augustins de l’Assomption qui gardent la trace de nombreux articles consacrés à l’orient.