Savinien (Auguste) VERNAIRE – 1870-1897

Deuil, 1897.
« La veille de Noël, les funérailles du frère Savinien furent présidées par
l’archiprêtre, curé de Notre- Dame, à Tonnerre. Plusieurs prêtres des
environs assistaient à la cérémonie. L’Assomption était représentée par le
P. Bernardin
[Menthon], de Montfort, le P. Lazare [Chabant] et le Frère Hilarion de
Paris. Des pauvres, portant des cierges, avaient pris place en tête du
cortège. Bien que ce fût un jour de marché à Tonnerre, on vit se grouper
autour de la famille une assistance des plus sympathiques. Soutenus, on
peut le dire, par la foi si vaillante du cher défunt, son frère prêtre, sa
pieuse mère et sa tante si dévouée ont montré une grande résignation dans
cette immense douleur. Comme ils se plaisaient à redire l’attachement du
Frère Savinien pour sa Congrégation! Reconnaissants pour la sollicitude du
P. Picard et de l’Assomption pour ses défunts, ils comprenaient que les
liens du ciel sont encore plus précieux que ceux de la terre. C’est un
souvenir réconfortant qu’une mort acceptée avec tant de courage, préparée
avec tant de piété et reçue avec un sourire céleste! Aussi chacun se
plaisait-
il à répéter la parole des Saintes Ecritures: Beati mortut qui in Domino
moriuntur ».

Religieux français. Eléments biographiques. Auguste Vernaire est né le 11 novembre 1870 à Tonnerre, dans le département de l’Yonne et l’archevêché de Sens. Il fait ses études secondaires au petit séminaire diocésain de Joigny, puis commence sa formation ecclésiastique au grand séminaire de Sens où il reçoit les ordres mineurs. Il manifeste alors son désir de vie religieuse et prend l’habit au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis), sous le nom de Frère Savinien, le 25 mars 1894. Il y prononce, ses premiers vœux l’année suivante et est envoyé pour deux années d’enseignement à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère), de 1895 à 1896. C’est à Miribel qu’il prononce ses vœux perpétuels, le 12 avril 1896. Il commence à peine sa formation théologique à la résidence de Toulouse (Haute-Garonne), la maladie l’interrompt. On croit un instant que l’air natal lui rendra un peu de santé. Il gagne Tonnerre en septembre 1897. Le Frère Savinien meurt dans sa famille, à Tonnerre, le 21 décembre 1897. Il est inhumé ai cimetière de Tonnerre, le 24 décembre suivant. Récit des derniers instants, d’après l’aumônier de Tonnerre. « Le cher Frère a vécu trois mois près de nous. Les souffrances n’ont point été bien grandes d’abord; le malade mangeait, il avait de J’entrain, il travaillait. Un excellent ami d’études lui apportait les ouvrages les plus intéressants et notre amateur de bonne et belle littérature feuilletait, lisait, se délectait. La vie spirituelle avait aussi son aliment: c’était d’abord la prière faite en commun avec un frère prêtre, avec une mère et une tante parfaitement chrétiennes; c’était le chapelet, dévotement récité chaque jour; c’était le chemin de croix fait, le crucifix dans les mains; c’était aussi et surtout la sainte communion. Page :301/301 Cependant il faut dire qu’il ne consentit pas tout de suite à recevoir Notre-Seigneur. Il ne pouvait se décider à demander au bon Maître de venir visiter son disciple. ‘Bientôt je serai assez fort et j’irai. Mais s’il n’a pas communié dès les premiers jours, du moins il a voulu la grâce de la sainte absolution, fréquemment reçue. Les forces ne revenant pas, il fallut bien piler le divin jésus de daigner visiter son ami. Avec quelle ferveur il fut accueilli! Et désormais il reviendra deux fois la semaine soutenir, fortifier l’âme. Ce sera bien, car le martyre commence. Le Frère Savinien n’oubliait pas sa famille: il aimait trop sa vocation pour n’avoir pas la nostalgie du religieux séparé de sa communauté. Qu’elles lui étaient bonnes les lettres des Pères et des Frères, du P. Picard, du P. Bailly, de Miribel!. Mais la cruelle maladie que l’on ne sait toujours pas guérir continuait son oeuvre. L’état du malade devant tel que le moindre mouvement ne peut être fait sans aide. Les douleurs névralgiques augmentèrent les souffrances. Un jour, après la communion, je dus le prévenir, car les progrès du mal étaient rapides: ‘Vous avez besoin, mon cher ami, de toute la grâce et il vous reste un sacrement à recevoir pour queue vous soit donnée’. Je lui ai donné à lire la journée du malade d’Henri Perreyve. C’est sa bonne mère qui fera la lecture aussi souvent que possible… La dernière lutte de la vie fut terrible. Elle commença dans la nuit du 21 [décembre 1897], vers trois heures du matin. On lui apporta de l’eau de Lourdes et tandis que sa mère, brisée mais courageuse, le lotionna doucement, il empoigna l’éponge et la passa convulsivement sur sa poitrine avec foi et confiance en la Vierge Immaculée. La lutte était finie., il se confessa. La vie s’en allait lentement sans agonie. Vers minuit, le Frère Savinien appela son frère prêtre Léon: ‘Léon, donne-moi une dernière absolution, il n’est que temps. Il dit adieu à tous les siens. Il voulut encore embrasser sa maman. Ses yeux se voilèrent, alors il inclina la tête en signe d’adieu et expira, le sourire sur les lèvres. Sur son lit de deuil il reposa dans son vêtement religieux. Tout fut simple, comme il convient pour celui a fait vœu de pauvreté. Sur son cercueil, pas une couronne, mais le crucifix seul! Il eût dit, s’il avait été témoin des derniers devoirs rendus: ‘C’est bien!’». Page :302/302

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1898, n° 331, p. 5-2-5. L’Assomption et ses OEuvres, 1897, n° 14, p. 219-220. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Deuil par le P. Lazare Chabant (Souvenirs, 1898).