Sebastien (R.) FERNANDEZ ESTENAGA – 1914-1968

Souvenir.
« Je viens de recevoir votre lettre du 21 juin. En effet mon désir était
devoir mes impressions livrées aux lecteurs de la Lettre à la dispersion.
Il me semblait que par moment le ton était trop intime. Je laisse la chose
entre
vos mains. Si vous trouvez des passages à extraire pour une publication,
j’en serai bien content. Ce que vous ferez
sera toujours bien fait. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient
le P. Aubain Colette m’y a d’ailleurs encouragé je voudrais aussi vous
donner dans quelques mois quelques petits articles ou détails ou faits ou
résumés de témoignages sur le Fr. Hyacinthe [Jacinto Verde] pour le faire
connaître, éveiller l’intérêt et pour qu’on lui demande des faveurs
spirituelles. Ce seraient des renseignements inédits sur ce
bon Frère. Nous avons ici hier la grande nouvelle. Nous perdons notre P.
Maître
[Armand Louis]. Le P.
Cécilien [Le Berre] a obtenu, à midi dix, ‘pour mieux
supporter notre deuil’ la goutte à l’heure du caf é ».
P. Sebastian A.A.. au P. Alphonse Picot le 27 juin
1964, Pont-l’Abbé d’Arnoult.

Sebastien (R.) FERNANDEZ ESTENAGA

1914-1968

Religieux espagnol de la Vice-Province d’Espagne.

Premiers pas dans la vie.

Ricardo Fernandez Estenaga voit le jour le 26 avril 1914 à Santa Cruz de Campezo, au diocèse de Vitoria. Il fait ses études secondaires à l’alumnat d’Elorrio (1928-1931); le noviciat commencé à Scy-Chazelles (Moselle) le 4 octobre 1931 s’achève à Nozeroy (jura) par la première profession, le 5 octobre 1932, suivi d’une année d’études à Scy-Chazelles (1932-1933) et de deux ans de philosophie à Saint-Gérard (1933- 1935).

Les jours sombres d’une histoire douloureuse.

Plus que tout autre religieux espagnol , le Frère Sebastian a souffert dans son âme et dans sa chair des avatars de l’histoire politique de son pays. En 1935, il fait avec sa classe de recrutement son service militaire à Vitoria, au pays basque. Il est témoin des épurations dans l’armée, témoin de la corruption régnante témoin des manifestations dans lesquelles le cri obligatoire, le mot d’ordre, est ‘Vive la Russie’, alors que l’on punit de prison celui qui ose un ‘Vive l’Espagne’. A la fin de l’année 1936, il est libéré et regagne la communauté d’Elorrio. Parmi les notes retrouvées à sa mort, figure un carnet personnel consignant l’histoire de l’alumnat pendant les premiers mois de la guerre d’Espagne et ses déplacements successifs. Il réussit à éviter le retour à la vie militaire pendant un certain temps, mais finalement il est obligé de servir avec les ‘gudaris’ (1). Une nuit, près d’Amorebieta, un de ses amis est fusillé. La balle destinée au Frère Sébastien passe au-dessus de sa tête. Le fusil est enrayé et son exécution est remise au lendemain. Embrigadé dans les troupes nationales, il sert comme brancardier sur les froides collines de Teruel, entre les orangers fleuris de Bechi,

et dans les batailles meurtrières de l’Ebre. Une fois la guerre civile terminée, la maison d’Elorrio que les troupes ont laissée dans un état qui fait pitié, peut être réinvestie par l’Assomption. La guerre européenne mondiale isole l’Assomption espagnole. Sans ressources pour payer la pension des Frères étudiants dans un séminaire, l’alumnat se transforme en une maison de théologie improvisée. Le 8 décembre 1940, le Frère Sebastian peut prononcer ses vœux perpétuels. Peu de jours après, un hydravion emporte à Rome les théologiens espagnols attendus dans la ville éternelle, elle-même en situation difficile, de façon à ce qu’ils puissent quand même poursuivre des études de théologie à l’Angelicum. Le collège international de Lungo Tevere, Tor di Nona, souffre de la même disette qu’Elorrio. Ce sont des années difficiles pendant lesquelles les religieux se serrent la ceinture et s’exercent à la marche à pied. Le Frère Sébastien est ‘socius’ du groupe des Frères: il a le privilège de loger dans une chambre spacieuse où trône un buste de Dante. Le ‘Vecchio’, comme l’appellent gentiment ses confrères, se montre le même en toute situation: studieux, un peu distrait, ordonné, toujours aimable et toujours simple. Il est ordonné prêtre le 19 septembre 1942 avant de commencer sa 4ème année de théologie.

Résidences et emplois.

Le P. Sebastian inaugure son sacerdoce dans le ministère paroissial, à Madrid, Dulce Nombre de Maria (1943-1944); comme vicaire, il a à s’occuper du ‘barrio de las latas, quartier de bidonvilles. Vingt-quatre ans plus tard, en compagnie de sa sœur Maria del Sagraria, Petite- Sœur de l’Assomption, il parcourt les parages, autrefois témoins de son apostolat, transformés en un nouveau quartier, Moratalaz. La présence du P. Sebastian à Madrid ne dure qu’un an, car l’alumnat d’Elorrio au pays basque a besoin de personnel. Il y est économe, puis supérieur (1952-1958). Il reste pour ses frères ‘il Vecchio’ ou ‘El Abuelo’ aux cheveux blanchis et quelque peu clairsemés. En 1960, il est nommé au noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente- Maritime). Il retourne à Elorrio où on le trouve mort dans son lit, au matin du 26 août 1968, alors qu’apparemment il jouissait d’une bonne santé. (1) Gudaris, nom que portent les soldats de l’armée basque. Le pays basque forme à l’époque une région autonome, possédant son armée, de sentiment républicain.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1969 p. 285-286. Boletin de la Vice-Provincia, septiembre 1968. Dans les ACR trois correspondances du P. Sebastian Fernandez (1936, 1960 et 1964) et rapports d’Elorrio (1952-1958). Notices Biographiques