Séverin (François-Eugène-J.) SEVRIN – 1889-1971

Layrac, 1941.
« En août 1935, le P. Alphonse Picot me demanda de venir à Layrac pour
remplacer le P. Jérôme [Beckaert], en congé à Paris, auprès des étudiants
préparant le baccalauréat, session d’octobre. Les vacances terminées, le P.
Gervais Quenard d’accord avec les PP. Norbert Claes et Michel Pruvost,
Provinciaux, m’affecte pour trois ans à la Province de Bordeaux. En 1938,
cette affectation fut renouvelée pour une nouvelle période de trois ans.
Voici donc terminé ce séjour de six années à Layrac. J’ignore vos
intentions et celles du P. Dieudonné [Dautrebande] à mon sujet pour
l’avenir, mais mon désir serait de rentrer dans ma province. J’ai beaucoup
souffert de la situation qui a été créée par les événements de mai
1940. Tout ce qui a été dit du roi au point de vue militaire et au point de
vue moral ainsi que de mes compatriotes m’a profondément affecté. On nous a
timidement réhabilités dans quelques journaux, mais il y en a encore
beaucoup qui
confortent Reynaud, n’admettant pas que nous avons été forcés de capituler.
De plus la vie en maison d’études m’est devenue pénible. Voilà 12 ans que
je suis avec des étudiants. L’esprit religieux laisse à désirer…».
P. Sevrin

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Belgique-Sud, assistant provincial (1954-1957). Sous le ciel de Belgique. François-Eugène Sevrin est né le ler avril 1889 à Waha en Belgique, près de Marche-en-Famenne, non loin de Bure. Jeune enfant de chœur, il sert un jour la messe d’un Père Trappiste de passage et lève en son cœur le désir de la vie religieuse. En 1902, il quitte l’école primaire et commence des études secondaires à Bure (1902-1906) pour les terminer Taintegnies (1906-1908). Le 28 août 1908, il revêt à Louvain, sous le nom de Frère Séverin, l’habit assomptionniste qu’il va étrenner au noviciat de Gempe où il prononce ses premiers vœux l’année suivante et ses vœux perpétuels, le 28 août 1910. Suivent deux années en maison d’œuvres, à Bure, de 1910 à 1912 en qualité de professeur de 6ème. Frère Séverin étudie la philosophie et la théologie à Louvain, de 1912 à 1919. Il y est ordonné prêtre le 12 mai 1918, en même temps que huit autres Frères dont Gregorios Vuccino, futur archevêque de Corfou (Grèce). La grande guerre prend fin, donnant son relais meurtrier à une épidémie de grippe espagnole qui endeuille par trois fois la communauté de Louvain. Comme bien d’autres, le P. Séverin revient des portes de la mort. Un printemps bulgare. Le Père Séverin reçoit en août 1919 comme première mission d’aller enseigner au collège Saint- Augustin à Plovdiv (Bulgarie), établi alors sur les bords de la Maritza. Il s’y rend à bord d’un croiseur russe, le Lénine, qui rapatrie au pays 1400 soldats mutinés qui mêlent hynines religieuses et chants révolutionnaires. Il consacre les dix premières années de son sacerdoce (1919-1929), comme professeur de mathématiques, à ces élèves bulgares, A.A vivant déjà au quotidien cet oecuménisme pratique qui habite son cœur sans être encore sur les lèvres. il fait la rencontre avec ses confrères de Mgr Roncalli, le futur Jean XXIII, se promenant avec lui dans les Rhodopes, au cours de l’été 1925. En avril 1928, la ville de Plovdiv est secouée par un tremblement de terre. Le nouveau collège, solidement construit, est touché, heureusement déserté par ses 500 élèves en vacances. Les religieux en sont quitte pour la peur et aller dormir pendant trois semaines sous une tente. Un été franco-belge. Le P. Gervais Quenard décide d’ouvrir en 1929 un scolasticat à Scy-Chazelles (Moselle). Il fait appel au P. Séverin pour y enseigner aux jeunes philosophes les mathématiques et les préparer au baccalauréat (1929-1931). La Belgique rappelle ce dernier à Saint-Gérard (1931-1935). Le P. Picot, supérieur de Layrac (Lot-et-Garonne), se souvient du P. Sévérin, ancien confrère à Louvain, pour une suppléance de 4 semaines qui va durer 13 ans (1935-1948), partagés entre le scolasticat de Layrac et le collège Saint-Caprais dAgen. Bure obtient le retour du P. Séverin dans ses murs en 1948 pour ne plus le lâcher. La jeunesse belge est avide de connaître les secrets de la science de Pythagore, renouvelée par H. Poincaré. Devenu supérieur de la communauté en 1954, il développe fortement l’institution scolaire qui se transforme peu à peu en collège et qui fête son cinquantenaire en 1951. Toujours modeste, redevenu professeur après son temps de direction, le P. Séverin poursuit son apostolat, reconnaissant que l’on ferait des bibliothèques avec ce qu’il ne sait pas. Par deux fois, sa santé est mise à l’épreuve, à Noël 1953, par une crise de rhumatisme aigu, et en 1962 par une congestion cérébrale. Il doit à 73 ans renoncer à la chaire de l’enseignant et se résigner à des séances d’exercice physique pour réduire, à force de volonté, une paralysie du côté droit. Il vit à Bure une retraite féconde, attentif à la vie du monde et de l’Eglise, égrenant ses souvenirs et rendant vivant l’adage de Victor Hugo: Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière. La vie du P. Séverin à Bure a les couleurs d’un bel automne. Toujours agréable, très fraternel en communauté, il garde l’esprit ouvert aux innovations de Vatican Il. Son bon sens catholique le garde des écueils et des vertiges de nouveautés aventureuses ou non contrôlées. Pétri de sagesse, de cette sagesse qui tend à l’amour, il sait garder fidèlement la mémoire du cœur, entretenir son esprit, se prêter amicalement aux joutes et taquineries qui fusent autour de la table. Il émane de sa personne une séduction paisible, faite du charme de son intelligence limpide, de son beau sourire et de ses yeux bleus, de la force contagieuse de sa foi solide et pacifiante. Il meurt le 22 juillet 1971. Il est inhumé à Bure, le samedi 24 juillet. Ami de chacun, proche des hommes, vivant de Dieu, esprit curieux de tout ce qui fait le quotidien, il donne jusqu’à l’heure de sa mort ce beau témoignage, profondément chrétien, que la porte de la foi dans une existence comme la sienne n’est autre que celle d’une vie, mêlée et partagée au service et au plaisir de Dieu, à travers l’amour du prochain.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1972, p. 187. L’Assomption et ses Oeuvres, 1968, no 555, P. 8-9. Belgique-Sud Assomption, 1971, no 54 (dernière page). En souvenir du P. Séverin: Belgique-Sud-Assomption, septembre 1971, no 55, p. 1709-1719. Alphonse Picot: le P. Séverin Sevrin (1889-1971) dans la Province de Bordeaux: A Travers la Province, Bordeaux, 1971. Lettre du P. Séverin Sevrin au P. Zéphyrin Sollier, Layrac, 12 juillet 1941. Du P. Séverin Sevrin, dans les ACR, rapports sur Bure (1949-1954), correspondance- (1923- 1968). Le P. Séverin a écrit plusieurs articles dans la revue de Bure, Notes du P. Cravatte sur le P. Séverin Sevrin (1968): le P. Sevrin, un européen. Notices Biographiques