Simon (Ernest Elie) MARIN – 1869-1894

Brian, dimanche 14 octobre
1894.
« L’alumnat est sous l’impression profonde qu’a produite la mort du Frère
Simon. On est souvent allé prier auprès de ses restes pendant la journée de
samedi. La vue de son corps a produit une grande impression sur
tous et nous a inspiré des pensées salutaires. Le P. Henry nous fait la
méditation sur les instructions que nous pouvons retirer de cette mort:
nous devons être toujours prêts à paraître devant Dieu. Nous faisons la
sainte communion à son intention. A
8h45, au chant du Miserere, nous portons le corps à la chapelle. On chante
la messe des morts avec diacre et sous- diacre. Après la messe, le P. Henry
fait l’absoute et préside les funérailles. Tous les fidèles qui assistaient
à la messe étaient aux funérailles. Le Frère Simon repose maintenant à côté
du Frère Noël Séris, mort il y a deux ans de la même maladie. Le soir, le
P. Henry nous fait une conférence. Il nous lit les lettres pleines de bonté
paternelle que le P. Picard a envoyées à lui et au malade. Le lendemain,
nous avons une récréation de midi à deux heures pour pouvoir tout
remettre en ordre. Le P. Henry nomme quelques enfants pour orner la tombe
du Frère Simon
».

Religieux français.

Cadre biographique.

Nous ne connaissons le parcours de la vie courte de ce religieux qu’à travers la présentation de sa nécrologie, à la date de sa mort, le 13 octobre 189,4 à Brian (Drôme). Ernest Elle Marin est né le 12 septembre 1869 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de- Calais). Il est scolarisé tout d’abord à l’alumnat d’Arras (Pas-de-Calais), de 1881 à 1885, puis à celui de Clairmarais, également dans le Pas-de-Calais, près de Saint-Omer, de 1885 à 1887. On sait que, sous le nom de Frère Simon, le jeune Ernest Elle prend l’habit religieux à l’Assomption, le 29 septembre 1887. La cérémonie se déroule au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis). Profès annuel l’année suivante, il prononce ses vœux perpétuels à Livry, le 30 octobre 1889. Après son noviciat, le Frère Simon commence ses études de philosophie à la maison du Breuil (Deux-Sèvres), mais, déjà malade de tuberculose, il est envoyé au noviciat de Phanaraki (Turquie) où l’on espère sa guérison, en raison d’un climat plus ensoleillé. C’est à Brian (1) qu’il passe les derniers jours de sa vie ( septembre-octobre 1894). Il y meurt le 13 octobre et y est inhumé sur place dans la propriété. Le P. Henry Couillaux (1858-1911), supérieur de l’alumnat de Brian de 1891 à 1903, rapporte le fait du décès et ses circonstances dans la revue Souvenirs: la correspondance est datée, de Brian, le 13 octobre 1894.

Récit d’un témoin.

« Un de nos Frères vient de partir pour l’Assomption du ciel. Ce matin, aux premières heures du samedi, le Frère Simon Marin, religieux profès minoré, âgé de 25 ans, a pieusement rendu son âme à Dieu. Ce jeune frère était à Brian depuis quinze jours. Il était arrivé de Phanaraki avec le P. Bénigne [Dambrung] et plusieurs autres religieux.

Le P. Picard, qui nous l’avait confié, avait eu mission, nous disait-il, de préparer un habitant du paradis. Le Frère se faisait illusion sur son état. Il croyait à une grande fatigue. Cependant j’ai dû le prévenir de la gravité de son mal. Sa surprise fut grande, mais l’esprit religieux prit aussitôt le dessus: Merci, me répondit-il, la très sainte volonté de Dieu soit faite. Mercredi dernier, je disais la messe près de sa chambre; il y assistait, entouré de ses infirmiers. Au moment de la communion, il vint s’agenouiller et recevoir en viatique le corps de son Sauveur. Après la messe, devant l’autel, nous lui donnions les dernières onctions. Avec les belles journées d’automne, l’espoir revenait chez lui, nous, au contraire, nous constations son affaiblissement croissant et nous attendions la crise finale. Elle est arrivée cette nuit, en ce jour consacré à Marie. Les souffrances des dernières heures ont été pénibles. Nous entourions son lit. Pendant que nous récitions les prières des agonisants, un dernier soupir nous annonça qu’il avait quitté cette terre pour faire partie de l’Assomption de là-haut. Hier, le malade avait reçu du P. Picard une lettre des plus paternelles. On eût dit qu’il n’attendait que cette suprême bénédiction du Père pour s’en Mer à Dieu. Cette mort si rapide est une grande leçon pour nos humanistes et pour nous, elle sera aussi, je l’espère, une source de bénédictions. Frère Simon va dormir son dernier sommeil dans notre petit cimetière à côté du Frère Noël Séris [1874-1893]. Je recommande ce cher défunt à vos prières et je vous prie, mon Révérend et bien cher Père, d’agréer l’assurance de mes sentiments les plus affectueux en Notre-Seigneur». (1) Pour une histoire de l’alumnat de Brian, se reporter au livre du P. Polyeucte Guissard, Histoire des alun2nats, Bonne Presse, 1954, p. 157-168. Ouvert en avril 1889, par transfert de celui de Roussas, l’alumnat de Brian (Drôme) vécut une existence paisible jusqu’aux perquisitions de novembre 1899. Les lieux furent quittés par l’Assomption en 1903. Sont inhumés à Brian le Frère Noël Séris (+1893), le Frère Simon Marin (+1894), Antoine Abdon alumniste libanais (+1895), le Frère François de Sales Bardet (+1895), le Frère Jean-Marie Dufournet (+1896), le Frère Innocent Moreel (+1896), le Frère Trophime Malleval (+1897), Augustin Sauvebois alumniste qui se noya dans la Drôme (+1901).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs 1894, no 189, p. 257-258 et no 193, p. 289-292. Ephémérides de Brian (ACR D66). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy.