Sophrone/Front (L.) RABOIS-BOUSQUET – 1864-1911

Issigeac, 1887.
« Quand vous lirez cette lettre, mon fils aura l’honneur d’être chez vous,
pour vous prier de l’admettre dans votre famille
et de le préparer au sacerdoce. Ce n’est pas sans verser quelques larmes
que sa pauvre mère [M.-Elisabeth Charlet de Sauvage] et moi l’avons vu
partir, et, malgré la douleur de la séparation, nous venons joindre nos
prières aux siennes pour que vous accueilliez favorablement sa demande et
le receviez au nombre de vos enfants. Nous avons la douce confiance qu’avec
la grâce de Dieu, il fera un bon religieux
et pourra rendre quelques services à ses frères. Nous aurions aimé le
garder près de nous, mais nous ne pouvons ni ne voulons rien refuser à
Dieu. Son départ laisse néanmoins un grand vide au milieu de nous. Des sept
enfants que le bon Dieu nous a donnés, cinq sont déjà au ciel! Mon autre
fillette est atteinte d’une maladie du cœur, maladie mortelle qui ne recule
jamais. Il y a eu un léger arrêt depuis le jour où cette chère enfant a eu
le bonheur de faire, avec votre permission, à Lourdes, sa première
communion.
Combien durera cet arrêt? Que la volonté de Dieu soit faite! Nous nous
recommandons à vos prières ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Un religieux du rite grec. Léon Rabois-Bousquet (1) est né à Saint-Léon d’Issigeac (Dordogne), le 24 juin 1864. Il fait ses études au petit séminaire de Bergerac (Dordogne), de 1875 à 1879 et entre au grand séminaire de Périgueux (1879-1883). Il se livre ensuite à l’enseignement dans diverses institutions religieuses, au collège des jésuites à Sarlat (Dordogne), chez les Eudistes à Redon (Ille-et-Vilaine) et enfin chez les Dominicains à Oullins (Rhône), de 1883 à 1887, tout en poursuivant par lui-même des études supérieures à la Faculté Catholique de Lyon. A 23 ans, clerc minoré, il décide d’entrer à l’Assomption que lui ont fait connaître des oncles prêtres. Il prend l’habit au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis), le 8 décembre 1887, sous le nom de Frère Front (2). Profès annuel en 1888, il prononce ses vœux perpétuels le 15 décembre 1889. Depuis Pâques 1889, le Frère Front a rejoint la communauté de Nîmes (Gard) où, à côté de la surveillance, il étudie au grand séminaire de la ville, passe la seconde partie du baccalauréat et un certificat d’enseignement de l’anglais. De 1891 à 1894, il est envoyé dans plusieurs maisons d’éducation: Arras (Pas-de-Calais), et Villecomtesse (Yonne). En 1894, ü peut réaliser l’un de ses plus chers désirs, celui d’être consacré à l’œuvre de la Mission d’Orient. Après une année à Philippopoli-Plovdiv (Bulgarie) pour l’enseignement (18941895), il est affecté à l’alumnat de Koum-Kapou (Turquie). Ordonné prêtre le 6 septembre 1896 à Livry, il retourne en Orient, à Koum-Kapou principalement et Kadi-Keuï (1895-1899). Léon XIII vient de charger l’Assomption de former un clergé grec-catholique et d’organiser des séminaires orientaux. Le P. Front est un des premiers religieux qui demande à adopter le rite grec: il devient le P. Sophrone Pétridès (janvier 1897). A.A Attaché à l’alumnat grec de Koum-Kapou (1899-1902) puis au grand séminaire de Kadi-Keuï (1908-1911), il dirige les offices de l’Eglise grecque catholique et il collabore de temps en temps à la revue des Echos d’Orient ainsi qu’à d’autres revues spécialisées, notamment anglaises, du monde byzantin. C’est en montrant Constantinople à un anù parisien qu’il prend froid et contracte une broncho-pneumonie. Il meurt rapidement le 18 avril 1911, sans que rien ne laisse prévoir un tel dénouement. Il est inhumé à Constantinople. Hommage au P. Sophrone. Lors du centenaire de la Mission d’Orient, célébré à Valpré en mars 1963, le P. Daniel Stiernon rappelle en ces termes la mémoire de ce religieux: « Le P. Rabois-Bousquet est un périgourdin qui passa sa jeunesse à explorer les gouffres de sa Dordogne natale. LI eût été sans doute un émule de Norbert Casteret si la Providence ne l’avait appelé à des fouilles non moins obscures ni non moins profondes dans le passé de Byzance. Philologue, épigraphe, archéologue, topographe, historien de la littérature, il avait une prédilection pour l’hymnographie grecque. Passé très tôt au rite byzantin et devenu le Père Pétridès, il dirigeait les offices de l’Eglise orientale de Kadi-Keuï. A son actif, aucun ouvrage de grande envergure. Comme certains poètes, il manquait de souffle, mais une poussière d’articles sur les sujets les plus divers, sans excepter la géographie ecclésiastique et les listes épiscopales, claviers sur lesquels tous les membres de l’équipe étaient amenés au moins à tapoter, dans le cadre du concerto susdit, l’Oriens Christianus redivivus. En outre, le P. Sophrone rédigeait une bonne partie du bulletin des Missions, car un bon érudit sait être à ses heures un vulgarisateur honnête. R est mort en pleine force de l’âge à 47 ans ». (1) A son baptême, il est prénommé Jean-Baptiste, Jacques, Léon. Ce dernier prénom est l’usuel. Jean-Baptiste est donné en raison du jour de sa naissance. (2) Front est le nom d’un saint périgourdin, évangélisateur de Périgueux, fêté le 25 octobre. Sophrone est le nom grec d’un évêque syrien de Damas, patriarche de Jérusalem en 634, auteur de poèmes et de lettres contre le monothélisme.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption, 1911, n° 173, p. 72-74. Echos d’Orient, mai 1911, n° 88, p. 129- 133 (bibliographie). Missions des Augustins de l’Assc>mption, 1911, n° 182, p. 81-85 et 1925, n° 274, p. 8. Pages d’Archives, 1965, n° 6, p. 460. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans Siméon Vatilhé, Mgr Louis Petit, arch. d’Athènes, Paris, 1944, les p. 57-59 sont consacrées à la mémoire du P. Sophrone Rabois-Bousquet. Lettre de M. Pierre Rabois-Bousquet au P. François Picard, 10 novembre 1887. Dans les ACR, du P. Rabais-Bousquet, correspondances (1882-1908). Le P. Sophrone Rabois- Bousquet a donné des articles savants dans les Echas d’Orient, Bessaria- et des informations sur le rite grec dans Missions des Augustins de l’Assomption. Notices Biographiques