Stefan BERINDE – 1910-1978

Comment garder la joie dans les épreuves.
« Cher Ami, je n’ai pas trop à me louer de ma santé. Faites- en part à
Basile [Mgr Cristea] et au sympathique Cracium
[Noël Bugnard] qui m’a écrit longuement une lettre de toute beauté. Il est
vrai que lorsque nous étions étudiants, il avait déjà comme tous les
savoyards une plume pleine de verve, de littérature et de poésie.. C’était
le mieux assis des quatre
frères qui, tous, étaient fort bons musiciens. Le 15 octobre
(1970), j’ai été interné d’urgence, pris sur le lieu même de mon travail, à
l’hôpital de cardiologie où je suis resté 4 mois. Voulez-vous les
différents exposés médicaux divergents? Le
cœur: insuffisance mitrale, arythmie extrasystolique, fibrillation.
Poumons:
broncho-pneumonie, oedème pulmonaire. Foie: calculs. Jambes: varices
ulcéreuses. Comme vous le voyez, Il ne reste qu’à dire: ‘Deo gratias’ et à
terminer par ‘Fiat’. Le Dr m’a dit: ‘M. Berinde, vous êtes un phénomène!
Heureusement que vous êtes sobre en tout! D’autres que vous auraient passé
l’arme à gauche ou réclamé une pension’. A part moi, j’ai pensé à mon
meilleur médicament: Tout pour
l’amour de Jésus-Christ’. Voilà ma devise ».

Religieux roumain de la Province de Lyon.

Le temps de la formation en Roumanie et en France.

Stefan est né le 20 janvier 1910 à CampuluiNeagu, Huneodora, en Roumanie. Il suit deux années d’études à Lupeni et Petrosani et 3 ans à Beius. Il fait son noviciat à Beius (1931-1932) où il prononce ses premiers vœux le 18 octobre 1934 . On sait encore que le Fr. Stefan a suivi un cours d’études commerciales à Timisoara avant de venir en France, d’abord achever le cycle secondaire (Miribel-les- Echelles) de 1934 à 1936, puis étudier la philosophie à Scy-Chazelles (Moselle) de 1936 à 1938. C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels le 18 octobre 1937. Il passe une partie des années de guerre à Lormoy (Essonne) où il fait ses études de théologie et retourne en Roumanie. C’est à Blaj qu’il est ordonné prêtre le 29 septembre 1941. La situation y est difficile à cause de l’entrée en guerre de la Roumanie aux côtés de l’Allemagne. Nommé aumônier d’un internat de jeunes filles et conseiller spirituel au noviciat, il se consacre à ces deux tâches avec un soin tant spirituel que matériel scrupuleux: il parcourt le pays pour chercher de la farine, des pommes de terre et des provisions de fruits, sur les routes jour et nuit des semaines entières, heureux de rendre service. Il est aussi mobilisé et assure les fonctions d’aumônier et de brancardier. Son courage au service des blessés, tombés sur la ligne de front, lui vaut plusieurs décorations nationales.

Un confesseur de la foi, un frère dans l’épreuve.

En 1948, les communistes prennent le pouvoir. Commence pour l’Eglise un long calvaire. Avec plusieurs de ses confrères, il est emprisonné sans jugement plusieurs années et disparaît sans laisser de traces. On sait depuis qu’il fut interné au couvent orthodoxe de Manastirea Neamt en Moldavie avec des évêques

Notices Biographiques A.A Page : 249/249 et 30 autres prêtres catholiques, puis tous transférés à Caldarusani dans les environs de Bucarest avant d’être emprisonnés :à la prison de Sighet, près de la frontière russe. Il s’y montre, au témoignage d’un des rescapés, un homme exemplaire de courage et de force morale. Il s’offre aux travaux les plus durs, lave les couloirs et les toilettes pour approcher des prisonniers isolés et leur glisser un billet de réconfort ou simplement murmurer une prière près d’une cellule où se meurt un prisonnier interdit de visite. Lorsqu’en 1955, au bout de 7 ans de détention, il revient à Bucarest, le P. Stefan a perdu toutes ses dents. Peu bavard sur sa terrible expérience, il ne mentionne que les conditions éprouvantes de promiscuité, de faim, de froid et des humiliations sans nombre. De 1953 à 1957, il est refusé dans toutes les paroisses de rite latin, sauf quelques mois à la paroisse Saint Vincent de Paul où un religieux belge l’accueille. Il ne craint pas d’assurer auprès des Soeurs Oblates de la région un soutien spirituel méritant. En 1957, il part pour Craïova mais il est arrêté pour la seconde fois et après 8 mois de détention, il est jugé, déclaré coupable de haute trahison pour avoir correspondu avec son supérieur général et condamné à 10 ans de régime carcéral et de travaux forcés. En 1964, il est grâcié: il revient usé physiquement mais toujours inébranlable sur le plan de la foi, de son amour pour l’Eglise et de sa fidélité au siège de Pierre. Il porte dans son cœur le martyre de son église de rite oriental. Pour vivre il est astreint au travail manuel en usine comme peintre dans un combinat chimique à Craïova. L’un de ses confrères, le P. Bernard Stef, autre confesseur de la foi, témoigne pour lui: la grande majorité des religieux roumains souhaite garder le P. Berinde comme responsable du groupe car, sïl a ses défauts, il possède l’étoffe d’un saint. A l’âge de 68 ans, le P. Stefan décède le 6 mai 1978 d’un infarctus foudroyant. Avec lui ce n’est pas seulement l’Assomption qui perd l’un de ses fils, très attaché à sa famille, inflexible dans sa fidélité à ‘Eglise, mais la foule des pauvres, des petits, des malheureux et des clochards qu’il n’a cessé de secourir de son incessante charité et pour lesquels il se privait des secours reçus com me un vrai ami partage le nécessaire.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation : Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 59-60. L’Assomption et ses œuvres 1979, n° 597, p. 22-23. Lyon-Assomption juin 1978, n° 60, p. 14-15. Lettre de Sœur Alexandrine Bora 10.08.1978. Lettre du P. Berinde à un ami, 4 janvier 1970 (laquelle a transité par les U.S.A. pour parvenir en Europe).