Sylvain JAILLET – 1895-1960

Demande de pardon.
«Je vous écris cette lettre pour vous faire savoir de mes nouvelles et
demander votre haute bienveillance pour que vous m’aidiez à sortir de ma
pénible situation. Je reconnais que j’ai fait une grosse bêtise, mais j’ai
beaucoup expié ce que mon ignorance n’avait pas su m’éviter. Mais je vous
jure que si vous me reprenez dans vos services comme avant ou comme
domestique, je donnerai entière satisfaction, comme je l’ai toujours donnée
pendant 22 ans où j’étais dans vos services et que j’ai
toujours fait mon travail avec conscience et amour-propre. J’ai écrit au
Père de Lorgues: il m’a répondu et me dit que vous ne comptiez pas me
reprendre. Je vous écris et vous demande comme une grâce de me reprendre.
Vous n’aurez jamais à regretter votre bonne action. Depuis l’âge de
18 ans que je suis parmi vous, j’ai su apprécier vos bontés et j’espère en
votre clémence et en votre bon cœur pour me sortir de ma triste situation.
Dernièrement la doctoresse m’a fait appeler et m’a dit que si quelqu’un
s’occupe de moi, elle me facilitera la sortie. Dans l’espoir que mon triste
sort vous aura ému et en souvenir des services rendus, je me dis votre
serviteur ».

Religieux de la Province de Lyon.

Une mémoire perdue.

Sylvain Jaillet est né le 13 juillet 1895 à Saint- Laurent de Muret (Lozère). On sait qu’il a fait son école communale dans son village. Le 31 décembre 1912, il est admis au noviciat des frères coadjuteurs à Louvain par le P. Xavier Legrand. Le 14 octobre 1913, il reçoit l’habit religieux des mains du P. Possidius Dauby, sous le nom de Frère Sylvain. Sa première profession annuelle est retardée jusqu’au Il février 1920. Entre temps, le Frère Sylvain a connu les résidences de Gempe et Louvain (1913-1917), de Luxembourg (1917-1919), de Louvain (1919- 1921). Il y remplit les services de jardinier. C’est alors qu’il est envoyé à l’alumnat de Scy-Chazelles (Moselle) où il prononce ses vœux perpétuels le 3 avril 1927, après avoir obtenu d’être affilié à la Province de Lyon en 1926. On en trouve l’affirmation très nette dans une lettre du 22 mars 1927 du P. Possidius Dauby au P. Gausbert Broha, supérieur à Scy et au P. Elie Bicquemard, Provincial de Lyon: « je vous transmets la décision du Conseil général, l’admission du Frère Sylvain Jaillet aux vœux perpétuels. La notification vous en parviendra avec retard puisque les vœux annuels du Frère vont expirer dans quelques jours. Vous voudrez donc bien faire en sorte qu’il puisse prononcer le plus vite possible sa profession perpétuelle. Le Conseil a prêté toute son attention à la suggestion qui tendait à soumettre le Frère à une nouvelle profession temporaire pendant laquelle il eût été envoyé au noviciat ou dans une autre maison régulière pour y recevoir un complément d’instruction ascétique. Le Bon Dieu l’agréera tel qu’il est. Il a bonne volonté et s’il continue d’être bien gardé et bien soutenu comme il l’a été jusqu’ici, il viendra à bout des obligations de la vie religieuse ».

La suite de l’histoire personnelle de Frère Sylvain permet de comprendre l’incertitude encore émise en 1968 sur le caractère religieux ou non de ses engagements définitifs dans la Congrégation. En 1928, le Frère Sylvain est retiré de l’alumnat de Scy-Chazelles à cause de son comportement ambigu à l’égard d’enfants. Il est alors placé en qualité de familier à Lorgues (Var), de 1928 à 1935, avant d’être soigné dans un hôpital psychiatrique du Var, à Pierrefeu, de 1935 à 1949. S’il est inscrit décédé le 19 octobre 1960, par contre on mentionne différemment le lieu et la date de son inhumation (1). Encore en 1968, soit huit ans après son décès, on s’interroge sur la ‘disparition’ de ce religieux sur toute liste officielle de la Congrégation (2). Le P. Rogatien Pellicier écrit à un religieux de la Curie en juin 1968: « Il me parait difficile de vous donner les renseignements que vous demandez, car je n’ai pas trouvé dans le dossier du Frère Sylvain Jaillet les renseignements que je cherchais. Voici cependant l’explication de sa non-inscription parmi les défunts de lordo. Le Frère Sylvain était considéré dans la Province [de Lyon] non pas comme Frère, mais comme familier, mais est-ce à tort ou à raison? J’ai retrouvé sa profession perpétuelle dûment signée par lui et prononcée à l’alumnat de Scy. Par contre, il n’y a rien sur certaines affaires de mœurs qui l’ont conduit en prison et qui auraient provoqué une décision de Rome le relevant de ses vœux. Aussi après vérification de son dossier, je me demande maintenant s’il était resté religieux ou non. Voyez donc son dossier romain. S’il y a eu un document de la Congrégation des Religieux, vous devez le retrouver. S’il n’y a rien, c’est que vraisemblablement les ‘on dit’ étaient faux ». Somme toute, c’est sur un sentiment de tristesse que nous devons fermer l’évocation d’une vie malheureuse et d’une mémoire sinon oubliée, du moins largement occultée. Au moins est-elle toujours ouverte à la prière puisque depuis 1968, le nom de ce religieux qui a passé pour un familier pendant 30 ans, figure au Nécrologe de l’Assomption.

(1) Ainsi Rhin-Guinée, octobre 1960, n° 26, page 2 publie laconiquement le communiqué: A Vellexon, Sylvain Jaillet (Fr. Sylvain), familier, décédé subitement, le 23 octobre 1960 (sic). Le B.O.A. ignore purement et simplement le décès du Frère Sylvain (cf n° 6 d’octobre 1961). La collection de l’Écho de l’alumnat de Vellexon Etienne Pernet étant incomplète dans les ACR, nous n’avons pu vérifier si l’annonce du décès de Frère Sylvain a été publiée ou non, et sous quelle forme, dans ses colonnes.

(2) Le Frère Sylvain sort de l’hôpital psychiatrique de Pierrefeu en octobre 1949. Il est affecté provisoirement à Valpré (Rhône) et arrive à Scherwiller (Bas-Rhin) le 10 mai 1950. On le fait passer pour un ‘familier’, qualificatif qui lui reste. En 1954, il est affecté à Vellexon (Haute- Saône) où il reste jusqu’à sa mort en octobre 1960.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Dossier personnel, ACR. Lettre du Frère Sylvain Jaillet, Pierrefeu-du-Var, 5 mars 1936 au P. Provincial de Lyon. Rapport sur l’admission du Frère Sylvain Jaillet aux vœux perpétuels: P. Gausbert Broha, 9 mars 1927. Lettre du P. Possidius Dauby aux PP. Broha et Bicquemard, Rome, 22 mars 1927. Lettre du P. Rogatien Pellicier, Lyon, 22 juin 1968.