Sylvain (Louis) BARTHASSAT – 1876-1917

Evocation d’un confrère insolite par le P.Claudien.
« J’ai connu le P. Sylvain à Constantinople où il était directeur du
séminaire de Koum-Kapou. Il a appartenu à cette maison plus de vingt ans:
il avait les qualités d’un véritable apôtre, piété, dévouement, patience,
humilité. C’est l’homme de l’œuvre grecque. C’était un homme universel,
peintre, menuisier, horloger, sculpteur, plombier.. d’une voix savante,
souple, infatigable. Artiste- photographe avec des idées et des moyens très
personnels, on lui doit les portraits de
toute l’Assomption, sauf le sien. Il avait une qualité rare: les misères du
passé n’avaient sur lui aucune prise pour les espérances du présent. Après
une défection qu’il avait pleurée de toutes ses larmes, il se montrait un
guide aussi ardent que pour sa première
conquête. Je l’entends raconter en riant son fameux voyage de Bruxelles à
Constantinople en
3ème classe, avec son costume oriental, son étrange chapeau, ses larges
manches et sa tête à chignon. Pendant les haltes, il avisait une petite
auberge à l’enseigne menteuse et en était réduit à dessiner le maigre menu.
Il célébra la grande liturgie orientale à la
cathédrale de Westminster lors du Congrès eucharistique de Londres … »

Religieux français.

Toute une vie au service de l’œuvre grecque.

Louis naît le 18 septembre 1875 à Cruseilles en Haute-Savoie. Il fait l’alumnat des Châteaux (1888-1890), puis celui de Villecomtesse dans l’Yonne (1890-1892) et achève ses humanités à Clairmarais (Pas-de-Calais) de 1892 à 1894. Il entre au noviciat de Livry-Gargan le 9 août 1894 et termine à Phanaraki en Turquie le 15 août 1894 par la profession des vœux perpétuels. Sa formation théologique se poursuit en Orient: à Kadi-Keuï (1896-1902). Il est ordonné prêtre le 29 mai 1902 à Constantinople.

Il a choisi le rite et l’œuvre grecs pour servir l’Assomption en Orient. Dès 1896, il enseigne au séminaire grec de Koum-Kapou, il en devient directeur ‘inamovible’ de 1905 à 1915. Mobilisé en août 14, il est réformé: la Turquie lui ferme ses portes quand il veut reprendre son poste (1915). A Athènes, Mgr Petit l’accueille, mais son état de santé requiert son rapatriement. Il est envoyé pour se soigner à la résidence de San Remo (Italie) où il meurt prématurément le 3 mai 1917. Il n’a pas encore quarante-deux ans! Il est inhumé le 8 mai dans le caveau neuf, auprès du Fr. Victor Planté.

Des témoignages unanimes.

Une vie si courte mais si pleine a suscité, au moment du décès subit du P. Sylvain, un concert d’éloges et de souvenirs dont le religieux en question n’était guère coutumier. Mais plus que la chronique détaillée de ses jours, ces souvenirs sans apprêt dessinent fort bien sa physionomie humaine et spirituelle, au point qu’ils ne sont nullement défraîchis à cent ans de distance. Nous en donnons quelques échos ici, tous inédits:

« On sait en Orient le zèle, l’entrain, l’ardeur,

Notices Biographiques A.A Page : 165/165 les succès du P. Barthassat auprès de jeunes enfants qu’il dirigeait avec tant de tact, et auprès des néophytes et nouveaux convertis de la jeune église grecque. Qui dira aussi son œuvre pour les belles cérémonies de la liturgie de St Jean-Chrysostome et de St Basile? C’était un charme que de l’entendre à l’ambon ou au lutrin redire ces mélopées antiques, art dans lequel il était vraiment passé maître et dans lequel sa compétence faisait loi même pour les Orthodoxes … » du P. Michel des Saints, 24 mai 1917.

Le P.E. Bailly, supérieur général, écrit aux religieux en mai 1917.

« Nous avons un protecteur de plus au ciel. Le Père Sylvain était un religieux d’une vertu exceptionnelle. Sa foi égalait sa piété et sa piété égalait son obéissance. Il a édifié la Mission d’Orient: il a fait un grand bien aux séminaristes dont il a été chargé. Son zèle pour l’union des Eglises, aussi humble qu’ardent, aussi dévoué que docile, ne s’est jamais démenti. Vrai missionnaire et vrai religieux, ses supérieurs disaient de lui: ‘c’est une perle’! Sans attacher à cette recommandation le sens d’une formule banale, je vous demande expressément de faire à sa tombe en mon nom des pèlerinages comme on en fait aux tombes des saints. Je crois que nous pouvons obtenir de lui des grâces précieuses pour la Congrégation si éprouvée, pour les Missions d’Orient si terriblement frappées, pour la France si incertaine de son avenir au dedans et au dehors… ».

L’infirmier de San Remo utilisa bien toute sa science et la pharmacopée de son temps pour aider le malade à surmonter son mal, ce fut en vain:

« Le 3 mai, le Dr. à sa visite découvrit que la pneumonie a gagné les deux poumons. Il a ordonné une potion dégageante. De mon côté, je lui appliquai ventouses sur ventouses, rigollots sur rigollots. Je n’épargnai pas les badigeonnages d’iode mêlée de gaïacol. A ces moyens humains, nous ajoutions la prière, un triduum à Gabriel de l’Addolorata pour faire violence au ciel. Le 5 mai des piqûres d’huile camphrée et de spartéal administrées alternativement toutes les trois heures procurèrent momentanément un soulagement au cœur. Le mal finit par l’emporter … ».

Page : 166/166

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la dispersion 1917, n° 454, p. 388. Echo paroissial de Cruzeilles, juin 1917. Circulaire du P. Emanuel Bailly n° 99, août 1917, p. 193-210. Notes sur le P. Sylvain Barthassat par le P. Claudien, Nlmes 12 mai 1917, 7 pages manuscrites. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Lettre du P. Michel des Saints Cauliez, 24 mai 1917, à bord du croiseur cuirassé ‘Victor Hugo’ Détails sur les derniers moments du P. Sylvain Barthassat, s.d., s. 1., 9 p. manuscrites. Lettre du P. E. Bailly, Rome, 7 mai 1917. Sont conservées une quarantaine de correspondances du P. Sylvain ainsi ses rapports sur l’couvre grecque à Constantinople et Héraclée.