Sylvestre TROUSSARD – 1887-1965

Soisy-sur-Seine, 1961.
« C’est un pauvre mendiant qui vient solliciter de votre bonté et surtout
de votre grande charité, avec l’autorisation du Père Provincial [Paul
Charpentier] et du P. Supérieur [David Laurent] une prolongation de
repos en Bourgogne, car en ce moment je suis handicapé par un rhumatisme à
l’épaule et au bras droit. Je n’ai pu travailler durant tout le mois de
mai, mais maintenant cela va un
peu mieux, mais je reste passablement fatigué. Enfin je m’en remets à vous
en toute obéissance pour la décision finale. Les travaux de la nouvelle
construction à Soisy sont commencés, mais cela traîne, cela n’a pas le
caractère expéditif des entreprises d’Amérique dont j’ai gardé un si bon
souvenir. Recevez mon religieux et sincère dévouement. A quand votre visite
dans nos murs ? ». Frère Sylvestre.
Post-scriptum du P. David Laurent: « Je suis très favorable à une
prolongation des vacances du cher Frère Sylvestre qui s’est dépensé avec
tant de dévouement pendant toute l’année, afin
qu’il puisse récupérer vraiment toutes ses forces dans sa Bourgogne
bien-aimée. Deux mois lui permettraient de retrouver toute sa vitalité
d’antan».

Religieux de la Province de Paris. Une vie religieuse dans le nouveau monde. Sylvestre Troussard est né le 28 décembre 1887 à Cissey-lès-Merceuil en Côte d’Or. On sait de sa vie, antérieurement à son entrée à l’Assomption, qu’il fait deux ans d’armée à Dijon (Côte d’Or), de 1908 à 1910. Le 29 avril 1913, il est reçu comme novice coadjuteur au noviciat de Louvain par le P. Possidius Dauby qui lui donne l’habit, sous le nom de Frère Sylvestre, après un postulat de cinq mois. Son projet de vie religieuse se poursuit au collège de Worcester (Massachusetts, aux U.S.A.) où il se rend de mai à août 1914, mais d’où il est rappelé par ses obligations militaires sur le front occidental, qui le maintiennent sous les drapeaux jusqu’en mars 1919. Il peut enfin rejoindre la communauté de Worcester, de 1919 à 1922. Il est rappelé à Saint- Gérard en Belgique où il fait ses premiers vœux le ler novembre 1923. L’obédience le fixe à nouveau à Worcester où il réside de 1923 à 1939. Il y prononce ses vœux perpétuels, le 6 août 1927. A l’aube de la seconde guerre mondiale, il revient en France, à la communauté de Soisy-sur-Seine, sa dernière résidence (19391965). Il meurt à l’Hôtel-Dieu de Beaune (Côte d’Or), le 9 mai 1965, à l’âge de 78 ans. Ses obsèques ont lieu le mercredi 12 mai dans l’église de la paroisse de Merceuil, son pays natal. Son corps est inhumé dans le caveau familial, au cimetière de Merceuil. Le vendredi 13 mai est célébré un office à sa mémoire en l’église paroissiale de Soisy-sur-Seine avec la participation de l’alumnat de l’Ermitage. Témoignage du P. David Laurent. « Le Frère Sylvestre était une âme très humble, sous des apparences un peu rudes, avec un cœur d’or. Il bougonnait souvent, non pas par manque de dévouement, Page :117/117 car il accomplissait toujours avec un soin méticuleux les travaux les plus durs comme les plus obscurs, mais par tempérament de bourguignon peut-être, etje crois surtout parce que son esprit de pauvreté qu’il avait très grand, s’offusquait des moindres manquements à cette vertu. J’aimais beaucoup le Frère Sylvestre à cause de sa grande franchise et pour sa profonde piété. La Vierge est venue le prendre au mois de mai. Pour lui., j’en suis sûr, ce fut une grâce, car il avait une dévotion mariale si fervente que c’est là, me semble-t-il, le trait le plus caractéristique de sa vie religieuse. On savait que tous les samedis, il prenait sa douche et faisait sa toilette spirituelle, réglé en cela comme une horloge! Ces habitudes de propreté et d’ordre étaient connues de tous. Gare à celui qui aurait déplacé un de ses outils à son atelier de chaussures ou à la chaufferie! Avec le même soin et la même ponctualité, il assura de longues années la charge de vaguemestre à l’Ermitage. Si par hasard la maladie l’empêchait de se rendre à la poste, toute la ville était en émoi. Son triporteur à la corne antique était le réveille-matin de nos plus proches voisins. Je me souviens encore de sa profonde émotion jusqu’aux larmes le jour où il le brisa devant le monument aux morts en manquant un virage! Il regrettait sa maladresse comme un manquement à la pauvreté, lui qui en prenait un soin jaloux pourtant! Tout le monde sait aussi combien il aimait causer Verdun et la guerre de 1914-1918 étaient ses sujets favoris, mais la vie des saints et l’histoire de France étaient ses lectures favorites, les plus assidues, et ses connaissances étaient étonnantes. Il aimait beaucoup ses frères. On le cajolait aussi comme font les enfants avec un grand-père, un peu bourru peut-être, mais si bon, si rempli d’esprit surnaturel. Au bout des années, une mauvaise sciatique à la jambe droite lui rendit la marche difficile, mais c’est seulement en novembre 1964 qu’apparurent les premiers symptômes de la paralysie. Sa jambe perdait de la vigueur et sa main droite commençait à s’ankyloser. Il dut abandonner sa dernière fonction de vaguemestre. Il devint clair qu’il s’agissait d’une hémiplégie, lente mais irrémédiable. Il fut hospitalisé en janvier 1965 à l’hôpital de Corbeil (Essonne). Grâce à sa sœur et à son neveu de Verdun-sur-le-Doubs, l’Hôtel-Dieu de Beaune accepta de le recevoir le ler février 1965. Revenu dans sa Bourgogne natale, le Frère Sylvestre retrouva le moral. De Soisy on allait le voir de temps en temps. C’est là qu’il mourut le dimanche 9 mai 1965 ». Page :118/118

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1966, p. 120-121. Paris-Assomption, juin 1965, n° 94, p. 49-51. Lettre du Frère Sylvestre Troussard au P. Wilfrid Dufault, Soisy-sur-Seine. Dans les ACR, du Frère Sylvestre T’roussard, correspondances (1915-1962), 14 juin 1961.