Tharcisius (Raphael Edgar) RETAUD – 1879-1916

Paris, 1913.
«Vous serait-il possible, mon bien cher ami, de collaborer, dans la mesure
où vos occupations professionnelles vous laisseraient la liberté et où vos
supérieurs le permettraient, à notre petite revue Les Conférences que
certainement vous estimez? Il y a deux mois environ, notre ami Faustin
[Gerbet], se rendant dans les Pyrénées, m’avait dit: ‘Je crois avoir laissé
à Louvain les notes que j’ai déjà ébauchées pour une conférence que je lui
avais
demandée sur ledit de Milan et la paix de Constantin’. Auriez- vous encore
ces notes? En les mettant à jour, pourriez-vous me rédiger une conférence?
Les vues de Le Sablais dont j’ai envoyé la description à Faustin, faute
d’images, devraient être utilisées pour cette conférence. Au prochain
Congrès de la B.P., je compte
montrer ces vues préparées par
Le Sablais et j’aimerais pouvoir annoncer une conférence à paraître sur le
sujet aux congressistes. Ici c’est la rentrée, autant dire le feu. Le
Liboux va arriver avec les pèlerins de l’Etoile et avec Bardet. Vous pouvez
lire la relation du pèlerinage à Jérusalem dans La Croix. Le P. Seraf.
[Protin?] vient de recevoir l’ordre de partir pour Buenos-Aires ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français, mort à la guerre. Un religieux délicat, distingué, proie vain. Raphaël Edgar Rétaud est né le 30 juillet 1879 au Gua, en Charente-Maritime, dans le diocèse de La Rochelle. D’une famille de cinq enfants qui perdent leur mère en 1902, R.-Edgar fait toutes ses études classiques au petit séminaire de Pons (Charente- Maritime), à partir de l’année 1892. On y remarque son caractère joyeux, affable, plein d’entrain et les signes d’une piété solide. C’est lors d’une visite en 1897 au séminaire du P. Eutrope Chardavoine, ancien élève de l’institution, visite suivie d’une conversation personnelle, qu’est attiré le jeune Raphaël-Edgard vers la vie religieuse à l’Assomption. Edgar est bachelier en 1898. L’année suivante, il quitte le grand séminaire de La Rochelle où ü est en philosophie pour se rendre au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis). Il y reçoit l’habit des mains du P. Vincent de Paul Bailly, le 8 septembre 1899, sous le nom de Frère Tharcisius. L’année suivante, en raison des perquisitions puis des procès qui perturbent en France la vie de l’Assomption, le Frère Tharcisius gagne d’abord Gemert (Pays-Bas), puis Louvain (Belgique) où il prononce ses premiers vœux, le 8 septembre 1905. Il écrit au P. Chardavoine le 5 octobre: « je n’ai pas besoin de vous dire combien ma joie est grande. Oui, m:y voilà enfin, et j’ai sur ma poitrine le grand crucifix de cuivre, symbole bien expressif de ce qui est devenu et doit devenir chaque jour davantage pour moi une réalité ». Après une année à la caserne, il peut prononcer ses voeux perpétuels à Louvain, le 28 septembre 1902. Il reste à Louvain, au scolasticiat Saint-Augustin, pour compléter ses études de philosophie et entreprendre ses études de théologie. Il est ordonné prêtre à Malines le 22 décembre 1906 par Mgr Van Der Stappen. Ensuite, pendant trois ans, A.A il est nommé professeur à la maison d’études de Louvain où ü enseigne principalement l’histoire de la philosophie et les lieux théologiques. Il collabore à la Revue Augustinienne et publie sous le pseudonyme de Jules Simier un ouvrage très apprécié par les canonistes sur la Curie romaine, à propos de sa réforme décidée par la Constitution Sapienti Consilio. En 1906, il inaugure à Louvain un cycle d’enseignement sur trois ans. pour les deux premières années, les sciences exactes; pour la troisième année, l’histoire de la philosophie. En 1909, le corps professoral de Louvain, plus ou moins suspecté de sympathie avec les idées nouvelles, commence à être démantelé. Le P. Tharcisius est envoyé à la maison de la Bonne Presse à Paris. Il y est chargé plus particulièrement de la revue Les Conférences qu’il dirige avec succès jusqu’à la déclaration de guerre en 1914. Victime de la guerre. Mobilisé dès l’ouverture des hostilités, le P. Tharcisius part au front comme brancardier au 216ème régiment d’infanterie. Il gagne facilement la sympathie et l’affection de tous ses camarades par ses grandes qualités humaines et spirituelles, par un dévouement inlassable. Il est par excellence l’apôtre du Rosaire. Dans tous les cantonnements, malgré une santé délicate et la fatigue de sa charge, il trouve le temps de prier personnellement et de réunir des soldats pour des temps de prière en commun, adressant des paroles bien senties à ses confrères d’armes. Alors qu’il transporte un blessé, aux abords de Verdun, entre le fort de Souville et le bois de Vaux-Chapitre, il est tué par un éclat d’obus à la tête, le 30 août 1916. Son corps ne peut être relevé sur le moment et ne reçoit une sépulture que plusieurs semaines plus tard. Le P. Tharcisius n’a que 37 ans. Il repose au Champ d’Honneur. En 1922 il reçoit la Médaille militaire à titre posthume. Un de ses camarades de tranchée peut écrire au lendemain de sa mort« je le revois encore, tout boueux comme un poilu du front, pâle et l’air fatigué. Les larmes aux yeux, il paria des fatigues supportées par ses camarades, des dangers quels affrontaient. Mais de ses propres fatigues, du surmenage qui brisait son corps frêle, des périls de son rôle de brancardier, il n:y fit pas allusion. Y songeait-il seulement? ». Le nom du P. Tharcisius Rétaud figure sur le monument élevé au Panthéon à la mémoire des écrivains morts pour la France et inauguré le 16 octobre 1927. Il est en compagnie de celui du P. Gildas Le Liboux (Jean Laurec), autre religieux assomptionniste de la Bonne Presse sacrifié dans les mêmes conditions.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1919, n° 568, p. 241-251; n° 569, p. 271; 1925, n° 128, p. 419. Polyeucte Guissard, Portraits Assomptionistes, p. 329-342. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du P. Tharcisius Rétaud au Frère Gonzalve Welès, Paris, 28 septembre 1913. Dans les ACR, du P. Tharcisius Rétaud, correspondances (1902-1916). Le P. Thar- cisius Rétaud a publié dans la revue de la Bonne Presse, Les Conférences, un texte de 20 pages sur Frédéric Ozanam (Causeries du Dimanche, n° 765), sous le pseudonyme A. Pierrey. On trouve aussi un article de lui dans La Croix du 23 janvier 1913: ‘Les origines des Conférences de Saint-Vincent de Paul’. On trouve de lui des articles dans la Revue Augustinienne (Louvain) et on lui doit l’ouvrage sur la réforme de la Curie romaine. Notices Biographiques