Théodore (Jean) DEKRUYFF – 1877-1946

Une présentation sympathique.
« Le Frère Théodore De Kruyff est libre de toute obligation de service
familial ou militaire. Son père et sa mère sont morts, tous ses frères et
sœurs sont établis et n’ont aucunement besoin de lui. L’un d’entre eux est
religieux Frère de Saint Jean de Dieu. Le Frère Théodore a certainement
beaucoup d’aptitudes. Il est bon
jardinier, soignant bien les arbres, il connaît tout ce qui concerne la
ferme en général
et sait au besoin faire le maçon et le menuisier, C’est un homme qui
n’épargne pas sa
peine et partout où il est passé, à Louvain, à Gempe à Limpertsberg et à
Boxtel, il a travaillé beaucoup. Il est aussi un excellent religieux tenant
à
la vie de prière et y portant les autres. Son malheur et encore n’est-il
pas responsable de cette situation – c’est d’être entré au couvent à un âge
où il est très difficile, sinon impossible, de recevoir une véritable
formation. Ceci explique parfois son étroitesse d’esprit et des jugements
un peu hâtifs de sa part, sa propension à voir le mal partout. Mais ce sont
là de petits côté s. Il n’a pas encore fait de vœux à cause de la guerre ».
Rapports de présentation,
1913-1920.

Théodore (Jean) DEKRUYFF

1877-1946

Religieux de la Province de Belgique-Hollande.

Un projet de vie différé, à cause de la guerre.

Né à Schalkwijk en Hollande au diocèse d’Utrecht le 19 septembre 1877, le jeune Jean De Kruyff ne connaît au départ de sa vie que la loi d’un travail précoce. C’est le 15 octobre 1913, à Louvain, qu’il reçoit l’habit religieux des mains du P. Possidius Dauby, à 26 ans passés. Il s’est consacré généreusement à pourvoir à l’établissement de ses frères et sœurs. Il demande la vie religieuse de frère, sous le nom de Théodore. Sa première initiation à la vie religieuse est dirigée par le P. François-Xavier Legrand, pour un long temps de postulat. Il passe de maison en maison et de supérieur en supérieur, en ces années d’instabilité dues à la guerre: Louvain (1913- 1917), Gempe (1917), Limperstberg (1917-1919) et enfin Boxtel où, le 16 avril 1920, il est enfin reçu à la première profession et le 21 novembre 1922 à la profession perpétuelle. Après cette étape décisive à Boxtel (1919-1925), le Frère Théodore est envoyé à l’alumnat de Bure (1925-1946) où il est unanimement apprécié sur le plan professionnel comme jardinier et fermier, pour des qualités d’ardeur et de savoir-faire, et personnellement en communauté comme un bon et solideconfrère. Atteint d’une forte bronchite en 1943, le Frère Théodore se remet, mais son moral en est atteint et il a tendance à grossir les douleurs ou petits malaises qu’il peut éprouver. En janvier 1946, il doit être conduit dans un hôpital tenu par des Frères pour recevoir des soins appropriés. Mais il est usé et il meurt à l’hôpital le 25 avril 1946, à 69 ans. Son corps est ramené à Bure où ses obsèques sont célébrées le vendredi 26 avril et où il est inhumé. On peut souligner la vie particulièrement méritante de ce Frère qui, ne parlant que difficilement le français, a vécu une longue période de sa vie active en milieu francophone,

assez isolé, sans jamais oublier les obligations de son état religieux et sans négliger les parfaites ordonnances et organisations de son travail quotidien.

Des qualités de vie reconnues.

Ses confrères reconnaissent au Frère Théodore une grande piété. Penché à longueur de journée sur ses planches et semis, on entend le ‘Broeder’ murmurer sans arrêt des Ave et des invocations, prières simples et confiantes en la présence permanente de Dieu dans sa vie, à l’adresse de la Vierge Marie. En communauté, on ne peut se méprendre sur quelques rares réflexions qui attestent de cette communication constante avec Dieu par la prière. Eté comme hiver, premier levé, il sert toutes les messes individuelles des religieux. D’une grande pitié mariale, il ne tait pas sa joie de pouvoir se rendre régulièrement au pèlerinage voisin de Notre- Dame de Haurt. On assure que la mule qui tire sa charrette s’arrête d’elle-même à chacune des stations de Notre-Dame des Sept Douleurs jalonnant la route menant au sommet de la colline. ce qui marque à son contact, c’est également son humilité, l’humilité d’être commandé par de jeunes supérieurs qu’il a même parfois connus comme alumnistes et de les respecter profondément en raison de leur consécration sacerdotale. Le Il février 1943, pour fêter le trentième anniversaire de vie religieuse du Frère Théodore, le P. Jean-Marie Decorte organise une petite séance en son honneur et le voit pleurer comme un enfant, à la pensée voir des alumnistes si bien disposés ne jamais accéder à la grâce du sacerdoce. A la récréation, il sert le café aux religieux, mais ne peut participer ni à la conversation ni aux jeux se contentant de lire les journaux et les bulletins de Congrégation, ‘après tout le monde’. Sensible aux marques d’intérêt portées à sa personne et à son travail, il ne sait en ces occasions comment témoigner sa reconnaissance. Ses deux dernières années sont assez pénibles (1944-1946), étant travaillé par des ferments d’angoisse et des périodes de sécheresse spirituelle. Sur le plan de sa vie personnelle, le Frère Théodore cherche à vivre une réalité de pauvreté, dans la dépendance et dans l’utilisation prolongée de ce qui est mis à sa disposition. Grand travailleur, à lui seul il suffit à toute la besogne d’une ferme et à la production du jardin, occupé aussi bien aux travaux de la morte saison (écossage, tri des pommes de terre, entretien du matériel, confection de paniers) qu’à ceux de la saison pleine et de la production potagère. Quand de telles personnes disparaissent, c’est un peu l’allure du monde quotidien qui change pour leurs familiers: ils se rendent alors compte eux-mêmes davantage qu’un peu de leur vie s’en est allée.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1946, n° 17, p. 75-76. Notices Biographiques