Thierry (Charles-Félix) MORELLE – 1885-1966

Miribel-les-Echelles.
« La reconnaissance me fait une douce obligation de venir vers vous par la
pensée et le cœur. Quelle agréable surprise en effet vous m’avez procurée
par l’envoi si délicat de la précieuse brochure à laquelle je m’attendais
si peu! Car je vous savais bien occupé et par conséquent presque dans
l’impossibilité de me rendre ce grand service. Combien je suis touché de
vos délicates attentions à mon égard et avec quel cœur reconnaissant il me
plaît de vous remercier de toutes vos démarches pour me faire admettre dans
cette pieuse association qui me confère de si appréciables privilèges! …
Depuis que moi- même j’ai le bonheur de vivre dans cette maison qui est la
vôtre, j’y retrouve partout l’empreinte de votre génial dévouement à la
cause de
Dieu et comme un doux reflet des inlassables ardeurs de votre cœur
d’apôtre. Tout m’y parle de vous, ces imposantes constructions que vos
ingénieux et fructueux appels
à la charité ont peu à peu fait jaillir pour ainsi dire du rocher et
transformées en une source intarissable de bénédictions célestes, cette
superbe chapelle bâtie par vos soins sertie comme un diamant au milieu des
montagnes dauphinoises, le délicieux
Petit Alumniste, votre benjamin ».

Religieux de la Province de Lyon.

Chronologie.

Charles-Félix Morelle est un enfant des Vosges, né le 18 février 1885 à Midrevaux. Il fait ses études à Sainghin-en Weppes (Nord) de 1898 à 1901, puis à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1901 à 1902, enfin à Taintegnies en Belgique (1902-1903). Il prend l’habit le 16 octobre 1903 à Louvain, sous le nom de Frère Thierry, prononce ses premiers voeux en octobre 1905 à Jérusalem et ses vœux perpétuels au même lieu le 14 juin 1906. Il étudie la philosophie et la théologie à Notre-Dame de France, de 1905 à 1910. Il est ordonné prêtre le 10 juillet 1910. La liste de ses différents postes est nombreuse, principalement dans le professorat, puis dans le ministère paroissial: Le Bizet (1910-1911), professeur; Elorrio en Espagne (1911-1912), professeur, Ismidt (1912-1914), professeur; Nîmes (Gard), professeur de 1915 à 1922; Miribel-les- Echelles (Isère), professeur de 1922 à 1925, Lorgues «Var), professeur de 1925 à 1926); Douvaine (Haute-Savoie), professeur de 1926 à 1932; Corbières de 1932 à 1933; Marseille (Bouches-du-Rhônes), de 1933 à 1934, Miribel à nouveau comme vicaire (1934-1938), Maranville (Haute-Marne) de 1938 à 1952, comme curé de Lavilleneuve-au-Roi et de Montheries, Villette près de Saint-Laurent du Pont (Isère), de 1952 à 1956 comme aumônier; Entre-Deux-Guiers (1957-1962) comme aumônier et enfin Lorgues, au repos (1962- 1966) où il meurt le 24 avril 1966. Il est inhumé le mardi 26 suivant.

Portrait par le P. Walbert Renaud.

« On est en droit de voir dans le P. Thierry une figure quelque peu hors cadre et donc auréolée d’une teinte d’originalité de bon aloi. Elle ne dessert pas sa personne et ne déplaît n ullemen t à son entourage.

Malgré une allure un peu fruste et une conversation simple et joviale, le Père Thierry sait rester toujours digne dans son comportement, très fidèle aux exigences de sa vocation religieuse et il sait mettre sa piété au diapason de l’esprit de la Congrégation. En somme le P. Thierry est un confrère aimable et très aimé dans sa communauté, un prêtre estimé par le clergé diocésain. Il se sait pourtant d’un tempérament plutôt vif qui s’extériorise aux heures d’énervement par des jugements directs, dépouillés de toute nuance, au point de devenir comiques pour des auditeurs avertis. Sa finesse naturelle le fait alors revenir de ses embardées et les mettre sur le compte de son caractère de Lorrain. La bonté de son cœur est grande, mais desservie par un charisme débordant qui lui donne une plume à la Sévigné. Maître épistolier, il écrit beaucoup et change souvent d’adresse. Par décision de ses supérieurs, le P. Thierry doit ajouter à son travail de vicaire de la paroisse de Miribel la tâche de surveillant à l’alumnat. Cette noble servitude limite son besoin de grand air. Un autre charisme perturbe sa stabilité, c’est son talent de sourcier. Emporté par le mouvement de son cœur, il arpente les champs de la région, la baguette de coudrier à la main,, à la recherche de sources cachées. Bientôt la canne fait place à la bicyclette, devenue à 6 vitesses, enfin à une fameuse mobylette qui viennent soulager des jarrets engourdis avec les années. On connaît du P. Thierry sa discrétion. Une fois, il est invité en 1940 à Colombey-les-deux-Eglises, à la Boisserie, chez le général de Gaulle. Le Père Thierry interroge et désire avoir un avis autorisé sur les événements, mais le général ne se compromet pas: « Il faut compter avec les impondérables! ». Le P. Thierry, gentiment loquace à la table de la Boisserie, se réfugie lui quand on l’interroge à son tour dans des réponses sobres pour évoquer cette période de sa vie « Le grand Charles? Ca va, passons ». Toujours serviable, le P. Thierry a accepté de calligraphier les 18 pages du factum écrit par le P. Toussaint Chazalon, grand monarchiste, qui s’était mis en tête de convertir Maurras! A Lorgues, la marche lui devient pénible et il accepte la petite voiturette et les soins du bon Père Christo ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1967, p. 174-175. Lyon-Assomption, 1966, no 1, p. 8-11. Le Petit Aluministe (Miribel-les-Echelles), juillet 1966, no 762, p. 15-16. Lettre du P. Thierry Morelle au P. Alype Pétrement, Miribel-les-Echelles, 21 janvier 1925. Dans les ACR, du P. Thierry Morelle, quelques correspondances (1906-1935).