Thomas (Edouard-Jules) DARBOIS – 1863-1939

Une mercuriale.
« Vous avez agi avec cruauté envers moi, je souffre jour et nuit, j’avais
compté sur un soulagement par le Dr Savignac: vous m’avez refusé
l’autorisation de me présenter à lui et je reviens avec toutes mes misères.
Je me plains de la dureté de vos procédés. On s’est aperçu aussi de votre
injustice: c’est pour m’empêcher de rencontrer le P. Merklen à Paris que
vous avez été inflexible. J’avais cru cette question terminée. Je
pensais que pour l’apaisement, on ne faisait pas de faveurs et qu’on ne
prendrait pas de mesures d’exception contre
lui. C’est une mesure d’exception odieuse, celle qui l’empêche de venir
voir ceux qui n’ont jamais fait, en lui manifestant beaucoup d’affection,
que de l’exhorter à la patience, à l’énergie, à la ferveur dans la vie
religieuse. J’ajoute un mot sur la marche de la Congrégation: elle a une
doctrine, les PP. d’Alzon, Picard et Bailly nous l’ont
assez répété. Je proteste contre votre acte personnel d’appeler des O.P. et
des S.J. à La Croix. Vous êtes jeune encore et
devez agir d’accord avec les assistants dont trois sont plus âgés que vous
».
P. Thomas au P. Gervais, 14
nov. 1923.

Thomas (Edouard-Jules) DARBOIS

1863-1939

Religieux français, assistant général (1923-1929), affilié à la Province de Paris.

Un premier parcours, parallèle à celui du P. Gunfrid son frère jumeau. Edouard-Jules est né comme son frère à Champignelles (Yonne) le 28 août 1863, jour de la fête de Saint Augustin. Ensemble ils sont alumnistes à Clairmarais (Pas-de-Calais) de 1877 à 1881, optent pour l’Assomption et prennent l’habit à Osma (Espagne) le 2 octobre 1881. Sous le nom de Thomas, Edouard-Jules prononce avec son frère ses premiers vœux à Osma qui sont aussi ses vœux perpétuels selon la coutume de l’époque le 2 octobre 1883. Le soir même il s’embarque pour Constantinople (Turquie) et devient professeur à l’école séminaire de KoumKapou. Avec son frère, il vient à Rome pour ses études de théologie (1883-1889). Le Frère Thomas est ordonné prêtre à Livry le 24 septembre 1887 par Mgr Duboin. Inséparables jusqu’en 1889, les deux frères reçoivent alors des affectations différentes et ne seront plus que rarement réunis. Le P. Thomas est doublement docteur, en philosophie et en théologie. Il maîtrise l’espagnol, l’anglais et l’italien.

Fondateur au Chili, aux U.S.A. et au Mexique.

En 1889, le P. Thomas est nommé professeur de théologie au Breuil (Deux-Sèvres) et en septembre 1890 il s’embarque avec l’équipe fondatrice de la mission au Chili où il reste de 1890 à 1901. Il est ensuite envoyé à New York, premier curé de la paroisse hispanophone de la 14ème rue. En 1904, il fonde encore un embryon d’alumnat à Worcester qui deviendra collège. En 1907, il part pour le Mexique, mais la fondation projetée d’un poste à Monterrey n’a pas de suite (1907-1908). C’est alors qu’il rentre en France et doit prendre du repos, à San Remo (Italie) de 1908-1909. En 1912, il lui est demandé de prendre la direction de la résidence nouvelle de Montpellier, rue Bonnard.

Pendant la première guerre mondiale, il s’offre à Mgr. de Cabrières pour le ministère de paroisses privées de prêtres, à cause de la mobilisation générale et il reçoit en charge la cure de Saint-Jean-de-Fos (Hérault). En 1918, le P. Maubon lui demande de rejoindre le noviciat établi à Notre-Dame de Lumières (Vaucluse) et de desservir la paroisse voisine de Gouit (1918- 1919). Il est ensuite nommé aumônier du pensionnat des Oblates à Jalesnes (1920-1923). C’est là que vient le surprendre le décret de sa nomination par le Saint-Siège comme premier assistant général de la Congrégation dans cette période troublée de son existence (janvier 1923).

Un ‘Assistant’ de fort tempérament.

De 1923 à 1929, le P. Thomas réside habituellement à Rome, à cause de sa charge. Il s’y montre soucieux des traditions et même gardien sourcilleux du passé. Ses relations avec le P. Merkien et les Mères Franck, son caractère énergique ne facilitent pas toujours le ‘nouveau cours’ inauguré par le P. Gervais, nommé lui-aussi dans les circonstances que l’on sait, qui entend diriger l’Assomption sur la voie nouvelle de son présent et de son avenir. En 1929, le mandat du P. Thomas n’est pas renouvelé. Pendant deux ans, il devient aumônier d’une communauté de Sœurs de Sainte Jeanne d’Arc à Beaulieu-les-Fontaines dans l’Oise (1930- 1932), puis préfet spirituel au scolasticat de Louvain en Belgique (1932-1934). Il fait encore un court séjour au collège de Pontlevoy (Loire-et-Cher) en 1934, avant de gagner la maison de repos de Lorgues (Var) le 22 février 1934. Son organisme est usé et il souffre de plaies variqueuses aux jambes.

Le temps d’une retraite encore active.

Le ‘vieux missionnaire’ de 71 ans rêve encore, de façon nostalgique, à sa vie apostolique d’antan et croit pouvoir rendre des services ponctuels de prédication. Entre-temps, il écrit des biographies de fondateurs et fondatrices de congrégations nouvelles. De nombreuses opérations le soulagent temporairement. Il devient infirme (1937). Une nouvelle crise d’urémie l’emporte le 11 juillet 1939 à Lorgues. Ses obsèques sont célébrées le jeudi 13 par le P. Broussaieux et son corps inhumé au cimetière de Lorgues.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la Dispersion 1939, n° 797 p. 425-426; n° 799, p. 442-444; n° 803, p. 474-475. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Une énorme correspondance du P. Thomas Darbois (1889-1924) est conservée dans les ACR. On lui doit des souvenirs sur la fondation de Worcester, des notes biographiques sur le P. Picard (jusqu’en 1864), une vie sur la Mère Joaquina de Vedruna de Mas (non éditée). Notices Biographiques