Toussaint (Albert, Joseph, Léon) BOUILLOT – 1915-1969

Le sens d’une vie.

« Le P. Toussaint a axé son existence sur le bonheur paradoxal promis par
le Christ. Dans le monde où nous vivons, quelles sont les bases d’une vie
réussie et heureuse ? L’amour, l’argent, l’indépendance… Le P. Toussaint
n’a rien connu de tout cela. Humainement, il n’était pas un homme
remarquable. Il n’était pas de ces prêtres qui s’imposent par leur
intelligence, leur allant, leurs dons d’organisation… Simplement, avec
ses moyens à lui, il a pris au sérieux sa vie religieuse. Non seulement Il
se voulait pauvre, mais il consacrait sa vie à ceux que tout le monde
oublie: les pauvres, les malades, les
‘anciens’. Il s’y consacrait, non parce qu’il en avait pitié, mais parce
quels les aimait, sachant visiter, écouter, comprendre et aider. Dans sa
communauté, il ne s’imposait pas, il se serait fait oublier s’il n’avait
pas toujours été là dès qu’il y avait un coup de main à donner ou un
service à rendre. Homme de discrétion de service, de prière, nous ne le
verrons plus passer sur son solex pour aller de l’un à l’autre. C’est un
grand vide dans le quartier. Il est de ces pierres de fondation dans une
mission en banlieue ouvrière ». Paroles prononcées aux obsèques du P.
Toussaint.

Religieux de la Province de Paris.

Ardéchois, cœur fidèle.

Albert naît le 19 février 1913 à Annonay (Ardèche). Il commence sa scolarité à l’école Ste Elisabeth dirigée par les F.E.C. en 1923 et les poursuit d’abord à l’alumnat Sainte-Marguerite de Davézieux qu’il inaugure (1927-1930), avec son ami le P. Régis Fontenat, puis à Poussan (Hérault) de 1930 à 1932: « Ce qui me frappe en lui, c’est sa piété toute simple, pas du tout alambiquée qu’il conserve toute sa vie. Dès son plus jeune âge, il témoigne d’un grand dévouement, le plus souvent dans un rôle effacé. Ses moy,ens intellectuels ne le placent pas parmi les premiers de classe, mais il se montre studieux et appliqué ». Il demande l’entrée au noviciat le 2 octobre 1932, y reçoit l’habit aux Essarts (Seine-Maritime) et le nom de Toussaint, celui de son père prématurément décédé. Son maître des novices, le P. Léonide Guyo l’apprécie: « jeune, surnaturel, édifiant, à la piété personnelle, régulier et ouvert de cœur, il éprouve quelque ,difficulté dans les études, mais a trois grands atouts: le sens du travail, le jugement et la docilité ». Fr. Toussaint est admis à la première profession le 3 octobre 1933. Ayant été accidenté dans son jeune âge il lui manque trois doigts au pied exempté des obligations militaires, Toussaint peut continuer sans interruption le régime des études: une année complémentaire (1933-1934), 2 ans de philosophie à Scy-Chazelles (1934-1936) et 4 ans de théologie à Lormoy (1936-1940). Profès perpétuel le 30 octobre 1937, il est ordonné prêtre le 19 novembre 1939 à Lormoy par Mgr. Pie Neveu.

Chanac et Lormoy.

Dès 1940, le P. Toussaint est envoyé à Chanac (Lozère), à l’alumnat du Christ-Roi pour enseigner en classe de 7èrne.

En ces temps de guerre, cet alumnat, mieux ravitaillé que Vérargues (Hérault), reçoit toutes les classes de la 7ème à la seconde. Le P. Falcon se souvient des grandes qualités du P. Toussaint: effacé, très fraternel, aimable et dévoué, supportant courageusement les privations et les fatigues, le ‘bon Père’ n’est pas toujours maître de ses troupes, En 1943, il est envoyé à Lormoy pour y tenir le rôle de sous-économe: c’est préjuger quelque peu de son sens pratique, de ses dons d’administration et d’autorité, mais la fonction est remplie avec dévouement et grande disponibilité.

De Saint-Denis à Pierrefitte.

Le 6 janvier 1946, le P. Toussaint est donné comme adjoint au P. Didier Nègre, administrateur de la chapelle St Gabriel à Saint-Denis au nord de Paris depuis 1926. Les bombardements de l’été 1944 ont gravement atteint maison et chapelle, cependant le P. Toussaint assure les œuvres paroissiales: patronages, catéchisation, chorale, théâtre, Tiers-Ordre, conférence Saint-Vincent de Paul. Il trouve là un ministère à la mesure de son dévouement et de son amour des milieux populaires. Il s’impose pour entraîner son monde des séances de jeux, de promenade dont il rentre, le pied endolori, sans se plaindre ni se décourager. Il assure également l’aumônerie de l’Asile Saint-Joseph où travaillent des Sœurs de la Charité. Pendant 12 ans (1946-1958), dans ce milieu de grande indifférence religieuse, il seconde avec grande disponibilité le P. Nègre jusqu’en 1953, puis son remplaçant le P. Lalenet. En 1958, il est muté aux Joncherolles où en 1927 le P. Honoré Brochet a planté en pleine banlieue rouge la chapelle de Notre-Dame de Salut ‘Hors-les-Murs’. Il rejoint le P. Marius Reynaud, constructeur de l’église Sainte Thérèse des Joncherolles. Pendant 11 ans (1958-1969), il se livre à un ministère de proximité, n’oubliant pas de faire fleurir dans cet univers de béton des parterres de fleurs. Fatigué du cœur, il meurt dans sa chambre le mardi 16 décembre 1969, un départ silencieux à l’image de sa vie. Les obsèques sont célébrées le 20 décembre 1969 à Pierrefitte, présidées par Mgr. Le Cordier, premier évêque de Saint-Denis.

Bibliographies

Bibliographie: B.O.A. novembre 1970, p. 141. Paris-Assomption, 1970, n° 120 (article du P. M. Vandepitte).