Tranquille (M.-Tranquille) PESSOZ – 1873-1940

Worcester, 1920.
« Voici le rapport général annoncé. Je suis resté trois semaines à
Worcester, la plupart des religieux sont venus me parler. Chez tous, sans
exception, il y a à l’égard du Supérieur [Marie-Louis Deydier] une grande
gêne qui engendre de la lassitude et du découragement. On n’ose pas lui
parler, lui soumettre une idée sur les études, la discipline, sur n’importe
quoi.
Si cette idée ne cadre pas avec sa manière de voir, il la rejette
à priori, s’emporte et souvent traite le professeur qui la lui soumet de
mauvais religieux. Chaque jour voit éclore un nouveau grand projet souvent
oublié le lendemain. Les réunions pédagogiques n’aboutissent à rien, sinon
à des disputes et à des emportements malheureux à
cause de cet état d’esprit. De la sorte les professeurs en sont réduits à
se tirer d’affaire eux- mêmes comme ils peuvent; ils suivent ou ne suivent
pas les programmes dans leur classe, personne ne contrôle. Le P.
Marie-Louis manque de délicatesse, de tact, de doigté dans le gouvernement
de la maison. les élèves le fuient et
le détestent. Vis-à-vis des religieux, les observations intempestives et
non motivées pleuvent à chaque instant.
Trop jaloux de son autorité, on dirait qu’il veut tout dominer
».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Paris. De l’orient jusqu’en Amérique. Marie-Tranquille Pessoz (1) est né le 1er novembre 1873 à Saint-Jean de Belleville (Savoie) en Tarentaise. Après des études primaires très complètes, il est admis à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (Savoie) en 1888 et y passe deux ans (1888-1890), puis à Villecomtesse (Yonne), de 1890 à 1891, enfin une année à Clairmarais (Pas-de- Calais), de 1891 à 1892. Il prend l’habit à Livry (Seine-Saint-Denis), le 25 décembre 1892 et s’embarque pour Phanaraki (Turquie) où s’écoulent les deux années de noviciat. Il prononce ses vœux annuels le 25 décembre 1893 et ses vœux perpétuels le 28 septembre 1895. Il commence ses études philosophiques à Phanaraki, tout en s’occupant de la petite école publique du quartier en 1896. En septembre 1896, il devient étudiant à la maison d’études de Kadi-Keuï jusqu’en 1900. Il est ordonné prêtre le 2 septembre 1900. Nommé supérieur de la maison d’Ismidt (Turquie), il y reste cinq ans (1900- 1905). Il est envoyé ensuite en Amérique du Nord et pendant quatre ans s’attelle à la fondation du collège de Worcester dont il est supérieur (1905-1909). Il fait partie ensuite de la communauté de New York, 14ème rue où il réside 12 ans (1910-1924), si on excepte les deux années de guerre qui le retiennent à Lyon (Rhône) comme infirmier, puis au contrôle postal. Revenu aux U.S.A, il est envoyé en 1924 comme supérieur du noviciat de Bergerville au Québec qui est en voie de formation. Une fin de vie diminuée par la maladie. C’est en 1930 qu’il quitte l’Amérique pour rentrer en France. Sa santé, jadis robuste, est ébranlée par de légères atteintes de congestions cérébrales qui demandent le repos complet. La Répartition des religieux le signale en 1931 A.A aux Essarts (Seine-Maritime), en 1932 à Lille (Nord), de 1933 à 1935 à Montpellier (Hérault), en 1936 à Davézieux (Ardèche) et en octobre 1930 à Lorgues (Var). Le Père Tranquille souffre en fait de l’inaction qui lui est imposée par son état de santé. Il cherche à lutter aussi longtemps que possible contre un déclin graduel de sa santé qu’il sait inéluctable. En octobre 1936, il lui faut renoncer à tout apostolat actif. Une longue maladie de quatre ans l’éprouve à l’école de la souffrance quotidienne. Et pourtant chez lui, la gaieté, même au milieu des souffrances, ne perd jamais ses droits. Brillant causeur, il perd peu à peu l’usage de la parole et ne peut émettre que des mots inarticulés. L’expression de sa physionomie et de ses gestes, parfois comiques, supplée à l’impuissance de ses lèvres. Sa maladie l’oblige aussi à manger fréquemment, par petites portions. Son appétit est insatiable, aussi doit-il employer de petites ruses pour tromper la vigilance du réfectorier qui lui rationne le pain. Jusqu’aux derniers mois de sa vie, on le voit déambuler en s’appuyant sur sa canne. Quand il juge le temps et le parcours de sa promenade insuffisants, il ne faut pas moins de deux infirmiers pour le contraindre à rebrousser chemin, parce qu’il sait opposer une résistance passive et même menacer de sa canne. Traîné jusqu’à son lit, il ne tarde pas à tomber de sommeil, vaincu par l’effort. Son infirmier, le P. Ignace Ignadossian le prépare tout doucement à l’échéance finale: « Quand vous arriverez à la porte du paradis, près de saint Pierre, vous lui demanderez de ne pas oublier un vieil Arménien qui voudrait bien y être introduit ». Pendant les sept derniers mois de son existence, le P. Tranquille ne mène plus qu’une vie végétative. A la suite d’une dernière attaque cérébrale, le jeudi 30 mai 1940, il est de nouveau extrémisé. Il meurt dans la nuit du dimanche 2 juin 1940, à l’âge de 67 ans. Le P. Tranquille est inhumé à Lorgues. (1) C’est de lui-même qu’en Amérique, le P. Tranquille a supprimé la terminaison typiquement savoyarde de son nom. Il garde son prénom de baptême, Tranquille, qui sied bien à son caractère et à son comportement de jeunesse. En 1923, quand il est question de faire le choix de son affectation par province, le P. Tranquille fait valoir ses années de service en Amérique du Nord, relevant alors de la Province de Paris.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, juin 1940, n° 826, p. 97-98. Bulletin des archives de Tarentaise, 1993. Lettre du P. Tranquille Pessoz au P. Joseph Maubon, 30 janvier 1920. Du P. Tranquille Pessoz, dans les ACR, rapports sur Worcester (1905-1909), sur New-York (1920-1923), correspondances (l900-1928).. Notices Biographiques