Trudo (Marcel-Albert) JONIAUX – 1916-1988

Guerre linguistique.
« Excusez-moi, mais je ne peux pas accepter ce texte français. Je suis
Flamand et j’espère le rester jusqu’à mon dernier soupir. Nous avons et
nous souffrons assez de cette minorité francophone dans notre pays, car
elle veut dominer éternellement. Il
suffit qu’un francophone se trouve parmi 10 Flamands et alors les Flamands
sont obligés de parler français pour ces ‘Seigneurs’ du vingtième siècle
qui parlent toujours et encore de la charité
fraternelle, mais pour les autres, au lieu de commencer par la vivre
eux-mêmes. Nous vivons par la force des choses dans un pays trilingue et
seuls les francophones sont unilingues, d’où le synonyme d’unilinguisme =
Wallon. Ces francophones pensent-ils être des ‘Übermenschen’?
Napoléon a pensé cela aussi et Hilter a fait de même. Le premier a connu
Waterloo et
le deuxième Stalingrad. Tel sera un jour le sort des francophones, car nous
n’acceptons plus leurs méthodes. C’est pourquoi je veux que l’on s’adresse
à moi dans ma langue. Elle a autant de valeur que le français. Si la
Belgique vaut quelque chose au point de vue artistique, elle le doit
seulement aux
flamands ». P. Trudo.

Religieux de la Province de Belgique-Nord.

Formation.

Marcel-Albert Joniaux est né le 5 janvier 1916 à Kesseit, près de Vlijtingen (Limbourg belge) au diocèse de Liège. Il accomplit ses humanités à Zepperen (1927-1931) et à Kapelle-op-den-Bos (1931-1933). Le 1er octobre 1933, il prend l’habit au noviciat de Taintegnies, sous le nom de Frère Trudo. Au lendemain de sa première profession, le 2 octobre 1934, il commence ses études de philosophie à Saint-Gérard (1934-1936). De 1936 à 1940, il est en théologie à Louvain, mais le scolasticat est incendié par les bombardements allemands en mai 1940. Profès perpétuel à Louvain, le 1er octobre 1938, il revient à Saint-Gérard pour achever ses études de théologie. Sensible, poète, plutôt timide, il passe parfois pour peu sociable auprès de ses compagnons et trop têtu pour se laisser plier à leurs idées. Il est ordonné prêtre à Namur, le 27 juillet 1941.

Responsabilités et mouvements.

Le P. Trudo, de septembre 1941 à juin 1945, est d’abord affecté au service de l’enseignement du néerlandais à Kapelle-op-den-Bos. C’est là qu’il publie déjà son premier recueil de textes poétiques: Mist en Licht. De 1946 à 1953, il est missionnaire au Congo: il travaille successivement à Butembo, à Mulo et au petit séminaire de Musienene. Malade, accablé de maux de tête dont il va souffrir toute sa vie, il rentre en Belgique. Cette période est pour lui très difficile. Il songe même à quitter la Congrégation et à demander une sécularisation complète, suite à un certain nombre de problèmes personnels. Ses supérieurs reçoivent même des lettres-mercuriales où l’intéressé cherche à régler un compte avec le passé. Mais avec le temps, les tensions s’apaisent. On commence par lui octroyer une période de convalescence en Suisse.

Son espoir de pouvoir retourner au Congo est aussi déçu dans l’immédiat. On lui propose alors une mission à Athènes. Sa santé une nouvelle fois le trahit. C’est donc en Belgique qu’il trouve de l’emploi. Simultanément professeur et secrétaire à Zepperen, il prend la peine de publier trois nouveaux recueils de poésies. Fin lettré, le P. Trudo a contribué, partout où il est passé, à rehausser le niveau des études. Réellement doué, d’une sensibilité très forte, il met tout son c?ur et toute son énergie à parfaire son enseignement à un niveau supérieur. Mais son c?ur est resté attaché à l’Afrique. En 1963, il est même question pour lui d’être affilié à la Province d’Amérique du Sud. En fait il est très difficile de trouver au P. Trudo un point de chute qui lui convienne et un lieu où il soit heureux dans une forme de vie communautaire. C’est la raison pour laquelle seul un cadre de vie plus ou moins solitaire peut lui permettre de garder ou de retrouver un certain équilibre personnel. Cependant il peut encore consacrer 20 années de vie active au profit du Zaïre. S’ingéniant à faire aboutir des projets de développement, il oeuvre avec compétence au bien-être matériel, spirituel et social de la population du diocèse de Béni- Butembo. Avec le P. Lieven Bergmans, il écrit le livre ‘Onder de zon van de vrees’et il est responsable de la revue missionnaire, De Groeiende Kerk. Il travaille au bénéfice de la Procure de Bruxelles qui a en charge la mission du Zaïre. Son talent de poète continue à s’épanouir, il se concrétise par la publication de quatre nouveaux recueils. En 1986, le P. Trudo prend sa retraite. Le 8 novembre 1988, il meurt à Alost. La cérémonie des obsèques est organisée le 12 novembre suivant. Le P. Trudo est inhumé à Louvain, au cimetière de l’Abbaye de Park.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 38-39. Onder-Ons, december 1988, p. 5-6. (La page 7 recense les publicationsdu P. Trudo Joniaux, de 1942 à 1980). Marc Champion, Province du Zaïre, religieux défunts 1929-1994, Butembo, 1994, p. 73-74. Dans les ACR, lettres du P. Trudo Joniaux (1958-1972). Lettre du P. Trudo Joniaux aux membres de la Curie, Bruxelles, 14 février 1972. Le P. Trudo Joniaux a écrit plusieurs livrets poétiques dont De Mazen Van Het Net Net, s. d. (non paginé), Onder de zon van de vrees (Sous le soleil de la peur); il publie la revue missionnaire: De Groeiende Kerk (L’Eglise en croissance).