Tugdual (Jean-Marie) PINSON – 1893-1912

Portrait. « A une intelligence sinon profonde, du moins vive et alerte, le
cher enfant
joignait une exquise sensibilité, un cœur tendre et affectueux. Je me
rappelle qu’une fois je le vis pleurer en classe. Pensant qu’il se
décourageait, je lui demandai la cause de son chagrin. Il me répondit que
c’était le jour anniversaire de la mort de son petit frère Denis. Cette
tendresse affectueuse, il la manifestait envers son
prochain. Je ne crois pas avoir entendu de sa bouche une parole de
médisance ou de calomnie contre l’un de ses camarades. Il était envers eux
plutôt réservé, peu expansif de caractère. Au point de vue surnaturel, on
pouvait tout lui demander pour l’amour de Notre-Seigneur, de la Sainte
Vierge. N’importe quel acte, n’importe quel sacrifice, il les accomplissait
joyeusement quand ils lui étaient demandés pour faire plaisir à Notre-
Seigneur. Si jeune qu’il fût, il rêvait de se donner à Notre- Seigneur. Le
19 mars 1906, après une neuvaine à saint Joseph, il fit son règlement de
vie, rédigea ses projets d’avenir. Il y prit la résolution d’entrer en
religion. Il sentait, disait-il, le besoin de s’unir à Dieu intimement et
pour toujours. Il fut, tel que je le connus, toujours humble ». Gustave
Ranson.

Notices Biographiques A.A

Religieux français, profès in articulo mortes. Mort à la fleur de l’âge. Jean-Marie Pinson est né le 6 janvier 1893 à Merdrignac, commune du diocèse de Saint- Brieuc, près de Dinan (Côtes-d’Armor). Il vient à l’alumnat du Bizet en Belgique (1) en 1904 pour commencer ses études secondaires. On discerne en lui une force d’âme surnaturelle, humble, innocente, timide. Après Le Bizet (1904-1907), c’est la découverte d’Elorrio en Espagne (1907-1909). Le 15 août 1909, il prend l’habit à 16 ans et demi au noviciat de Gempe en Belgique, sous le nom de Frère Tugdual (2). Profès annuel en août 1910, au sortir des deux années de noviciat, le Frère Tugdual est envoyé comme professeur au Bizet (1911-1912) où lui- même a reçu sa propre formation. D’un grand dévouement, d’un sens pratique développé, il se donne beaucoup de peine pour accomplir sa fonction et organiser les chants à la chapelle. Il prodigue sa voix outre mesure et peut-être cela occasionne-t-il la précipitation du mal qui l’atteint, la tuberculose. Des premiers vomissements de sang annoncent l’atteinte de cette maladie alors implacable. Il relit avec attention ses notes de noviciat prises avec soin, concernant les dispositions morales de l’âme selon saint Thomas. Son père, alerté de son état, M. Désiré Pinson, vient l’assister les derniers jours. Le Frère Tugdual est autorisé le 30 septembre 1912 à prononcer ses vœux perpétuels in articulo mortes. Il offre généreusement sa vie pour l’Assomption et meurt un mois plus tard, le 19 octobre 1912, n’ayant pas encore achevé ses 20 ans. Son corps repose dans le cimetière de la commune de Ploegsteert, dont dépend Le Bizet. Témoignage du P. Gustave Ranson. « Vers la fin de juillet [1912], le Frère Tugdual fut pris d’un gros rhume qui n’inspirait cependant pas d’inquiétude sérieuse. A.A Mais, dès les premiers jours d’août, à la suite d’un excès de fatigues et de dévouement, il se mit à vomir le sang avec abondance. Le médecin appelé aussitôt ne cacha pas la gravité du mal. A la fin du même mois, le Frère avait eu sept hémorragies. On profita d’une légère accalmie au début de septembre pour faire analyser les vomissements. Le résultat ne laissa aucun doute: c’était la tuberculose, et le docteur constata bien vite que, du pas où elle allait, il serait difficile de l’arrêter. Le 15 septembre, tout le poumon gauche et une partie du poumon droit étaient infectés. La fièvre montait toujours et la faiblesse augmentait d’un jour à l’autre. Alors le médecin se déclara nettement impuissant et avertit que le Frère n’avait plus guère qu’une quinzaine de jours à vivre. Malgré tout, le malade gardait une confiance incroyable dans sa guérison et faisait même des projets en vue de sa convalescence. Cependant le 17 septembre, il demanda lui-même l’extrême-Onction, ajoutant d’ailleurs que la réception de ce sacrement ne prouvait pas qu’on allait mourir. Il la reçut le lendemain 18 avec le plus grand calme. Son père, averti de la gravité de son état, vint le voir le 19 et assista le 20 à sa profession in articulo mortis. Cette visite et une très affectueuse bénédiction que le P. Général, Emmanuel Bailly, voulut bien lui envoyer par télégramme rendirent un peu de gaieté au Frère Tugdual. Mais la maladie n’en continuait pas moins sa marche implacable. Et Le Frère, absolument épuisé, s’éteignit un mois plus tard, sous le regard bienveillant de la Sainte Vierge, un samedi, sans souffrance, après avoir offert généreusement à Dieu le sacrifice de sa vie pour lAssomption et toutes ses oeuvres. Il allait achever sa vingtième année ». (1) Rappelons que cette localité du Bizet est frontalière entre la France et la Belgique, de l’autre côté d’Armentières (France), sur la commune de Ploegsteert (Belgique). (2) Tugdual ou encore Tudwal est le nom d’un moine gallois, émigré en Bretagne au VIème siècle, qui devint évêque de Tréguier où sont conservées ses reliques. Ce saint, mort vers 564, est également vénéré dans le pays de Galles.

Bibliographies

Bibliographie et documentation,- L’Assomption, 1913, n° 196, p. 72-76. Circulaire du P. Gustave Ranson, 21 octobre 1912. Lettres du P. Gustave Ranson, supérieur du Bizet, au P. Emmanuel Bailly, octobre 1912. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques