Valérien (Pierre-Victorin) LATHUILE – 1887-1939

‘Il ne perd pas la lumière, celui qui conserve l’amour’.
« C’était le 5 mai 1915, au piton de Metzéral, la côte 850, en Alsace.
Ordre avait été donné aux troupes françaises de reprendre cette importante
position. En vertu du plan d’attaque, allait échoir à la compagnie du P.
Valérien la réduction difficlle d’un fortin
de mitrailleuses, situé sur la gauche et dont le tir en flanquement
défendait efficacement le piton. L’opération débuta par le classique
pilonnage d’artillerie. Lorsque celui-ci
fut jugé suffisant, la marche en avant fut déc1enchée. La progression se
faisait comme d’habitude, par bonds successifs, sous le feu de l’artillerie
allemande, dont la tranchée se trouvait perpendiculaire à l’axe du combat.
Au cri soudain ‘en avant’ poussé par son capitaine, situé sur sa droite, le
P. Lathuile regarde son chef et pour ce faire détourne légèrement la tête.
Au même instant, sur ses yeux, un petit choc, sans douleur, qu’il a à peine
ressenti dans ce vacarme d’enfer. Il fait un pas ou deux, regarde le ciel,
mais le ciel a disparu, la terre qui le soutient
s’est dérobée dans les ténèbres. Il porte la main sur sa tête, du sang
voile ses yeux, le long de sa joue descend une chaleur liquide. Aveugle! ».

Religieux de la Province de Lyon.

Curriculum vitae.

Pierre-Victorin Lathuile est né à Saint-Jean-de- Belleville en Savoie, le 20 février 1887. Il est alumniste de grammaire à Notre-Dame des Châteaux (Savoie) de 1900 à 1903. Au temps des fois Combes, les maisons de l’Assomption confisquées, la Congrégation elle-même contrainte à l’exil puisque dissoute sur le sol français, tout est à reconstruire sous d’autres cieux. C’est ainsi que les alumnistes des Châteaux passent la frontière italienne pour s’installer au Piémont, à Mongreno où le jeune Pierre-Victorin continue ses études (1903- 1904), avant de passer en Espagne, à Calahorra (1904-1905). Ayant opté pour la vie religieuse à l’Assomption, il entre en septembre 1905 au noviciat à Louvain en Belgique qui est alors dirigé par le P. Benjamin Laurès. Il prend l’habit le 13 septembre, sous le nom de Frère Valérien. Profès temporaire en 1906, il prononce ses v?ux perpétuels le 13 septembre 1907. Il passe ensuite à la maison d’études de Louvain qui est établie dans le même couvent à Louvain et y étudie la philosophie de 1907 à 1909. Selon la coutume de l’époque, il interrompt ensuite les études pour être employé dans l’enseignement, au Bizet, de 1909 à 1911, comme professeur de sciences et d’histoire. Pour la théologie, il est envoyé à Notre-Dame de France à Jérusalem (1911-1914). Il y est ordonné prêtre le 17 mai 1914. La déclaration de la première guerre mondiale le ramène en France. Il est mobilisé sur le front des Vosges et gravement blessé au visage le 5 mai 1915. Bien que soigné et opéré à Chaumont, non pas sans anesthésie comme le bruit s’en répand, mais endormi à l’éther. Couvert de décorations et de médailles pour son courage, il devient aveugle. A titre d’ancien combattant, il fait partie du mouvement du D.R.A.C.

qui milite en faveur des droits des religieux qui n’entendent plus être évincés du territoire national et est choisi pour ranimer la flamme à l’Etoite du soldat inconnu, aux grandes manifestations patriotiques de 1919.

Dans la nuit.

Réformé après cette terrible épreuve, le P. Valérien passe la fin des années de guerre à Ascona et Locarno en Suisse (1915-1918). Courageusement, il apprend la lecture et l’écriture en Braille, il s’habitue à se diriger tout seul dans les couloirs des maisons où il est nommé, rend le service de la confession et de la direction spirituelle au noviciat de Lumières (Vaucluse) de 1918 à 1919, puis à Saint-Gérard (1920-1924) et Louvain (1924-1930). Homme cultivé, il aime la compagnie des jeunes religieux, apprend la reliure et garde un c?ur d’apôtre. Assisté par un confrère, il peut célébrer l’Eucharistie quotidienne et bien que dispensé de l’office canonial, il ne manque pour rien au monde la psalmodie au ch?ur. En 1925, le P. Olivier Dabescat, lui remet la Croix de la Légion d’Honneur. En 1930, le P. Valérien est conduit à l’alumnat de Notre-Dame à Saint-Sigismond pour le même apostolat auprès des jeunes alumnistes. Il a la joie d’y célébrer ses noces d’argent sacerdotales en mai 1939: « J’ai eu la joie de célébrer une de mes premières messes à l’autel de la Crucifixion au Saint-Sépulcre à Jérusalem, là où le Christ s’est offert comme victime pour notre salut. Ce fut une grande grâce. Notre-Seigneur voulait sans doute prépa,rer l’avenir. Ce que je ne soupçonnais pas alors, je devais le comprendre un an plus tard, quand mes yeux se fermèrent brusquement et irrévocablement à la lumière du jour. J’ai dit simplement mon fiat. Si j’avais su, j’aurais tout aussi bien pû dire Deo gratias ». En septembre 1939, devant la menace d’une nouvelle guerre, le P. Valérien est conduit à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère) où il accompagne les alumnistes de Saint-Sigismond. Il n’y passe que dix jours puisqu’il meurt le vendredi 22 septembre 1939. Il est enterré dans le caveau de l’Assomption au cimetière du village.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1939, no 807, p. 494-495; no 811, p. 527-528; 1940, n° 824, p. 84- 86. L’Echo de Notre-Dame (Saint-Sigismond), 1931, no 56, p. 4-6. Le Petit Alumniste, 1930, no 505, p. 187-189. La Croix de Poussan, 1932, no 55, p. 123-125. Missions des Augustins de l’Assomption, janvier 1940, no 445, p. 4-5. Notice biographique dans Bulletin des archives diocésaines de Tarentaise, 1993. Dans les ACR, correspondances du P. Valérien Lathuile (1909-1939) [A partir de 1917, le P. Valérien utilise les services d’un secrétaire].